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L’histoire se raconte sur des cartes

Patrick Ranoux et Bernard Reviriego ont mis des mois à réaliser cet atlas inédit © H.C.
RÉFÉRENCE. Le géographe Patrick Ranoux et l’archiviste historien Bernard Reviriego ont publié un atlas original qui met en lumière les événements de la Seconde Guerre mondiale en Dordogne.

Les innombrables livres sur la Seconde Guerre mondiale en Dordogne se résument désormais à travers les 130 pages d’un atlas inédit signé Patrick Ranoux et Bernard Reviriego. Durant des mois, ils ont parcouru l’imposante bibliographie sur le sujet et des milliers d’archives pour les synthétiser sur 130 pages dont 52 cartes. Ils retracent chronologiquement les événements en Périgord entre 1939 et 1944.

Une page sur l’atlas en 1940-1941 © Pierrefiche

L’ouvrage conjugue une grande rigueur historique avec des témoignages de la vie à cette époque. En couverture, le portrait de Madeleine Bleygeat en 1944 l’incarne bien : elle a parcouru des centaines de kilomètres sur son vélo pour porter des messages de la Résistance. Le rôle des femmes a trop souvent été oublié dans les récits de la guerre.

Le géographe et l’archiviste ont replacé cette histoire dans le temps et dans l’espace pour en donner une lecture lumineuse. « Ils ont réussi à ordonner les choses qui ont tellement marqué notre histoire », témoigne Germinal Peiro le président du Conseil départemental, né après-guerre, en 1953, très attaché au devoir de mémoire. Il a soutenu avec enthousiasme ce projet dans sa réalisation et sa diffusion : 250 exemplaires ont été achetés pour les distribuer dans les établissements scolaires du département.

Des évacués alsaciens à la division Das Reich

Les auteurs ont passé des heures à revérifier chaque information pour en faire un ouvrage de référence fiable. La richesse de cet atlas vient autant des cartes claires et très fouillées de Patrick Ranoux, que des pages d’explications qui les accompagnent, avec de nombreuses références et de nombreuses photos d’époque puisées aux meilleures sources. Elles proviennent des archives départementales, des collectes de Bernard Reviriego auprès de familles ou de la collection d’historiens comme Patrice Rolli.

Une page sur 1942 © Pierrefiche

À l’échelle de la Dordogne située essentiellement en zone libre, on peut suivre la ligne de démarcation qui constituait une frontière difficile à franchir depuis la zone occupée où se trouvaient Bordeaux, la côte atlantique et la moitié nord du pays (entre 1940 et 1942). L’arrivée des évacués d’Alsace en septembre 1939, des réfugiés de régions envahies et d’étrangers traqués est très bien documentée (ils ont représenté 271 000 personnes supplémentaires en Dordogne en 1940).

Les nombreuses rafles de Juifs à partir de 1942 et bien après sont signalées et quantifiées. Bernard Reviriego a, depuis des années, documenté les arrestations et déportations des réfugiés en Périgord.

L’atlas permet aussi de se retrouver dans le maquis des groupes de résistants de différentes obédiences. Ils sont recensés et leur développement est expliqué par l’afflux de jeunes gens lors de la création du travail obligatoire. Côté répression, les différents services utilisés par les occupants allemands et les différentes colonnes militaires venues pour réprimer les maquis et traquer les Juifs, souvent mélangées dans les ouvrages de témoignages, sont bien identifiées.

Des pistes d’études pour les historiens

Dans ce département vaste, boisé et très rural, la résistance s’est développée au point de faire partie des régions où elle était parmi les plus actives de France. L’occupant a multiplié ses opérations de répression. Dans leur bilan, les auteurs rappellent que « le total des déportés, des fusillés et des morts au combat peut être évalué à 2768 personnes, soit 1755 non-juifs et 1013 juifs ». À la libération, les exécutions de collaborateurs sont estimées à 351 personnes.

Les massacre de la colonne Das Reich en 1944 ©Pierrefiche

Avec cette somme de données et la mise en perspective des événements rassemblés sur les cartes, Bernard Reviriego souligne que les pistes d’études pour les historiens sont nombreuses : « Il y a eu beaucoup de livres, mais l’histoire est loin d’être écrite, nous pouvons avoir un regard nouveau ». Cet atlas composé de sources et de références solides, doit être « un outil contre les fake news et doit empêcher le passé de nous rattraper ».

Jacques Ranoux, conseiller départemental chargé de la citoyenneté et de la mémoire (frère du géographe Patrick Ranoux et fils de l’ancien résistant Roger Ranoux ), se devait de souligner « l’essentielle transmission de cette histoire aux jeunes générations ». Une histoire de la Résistance en Dordogne en bande dessinée est aussi en préparation pour sortir au festival de la BD de Bassillac. Personne ne pourra oublier ce lourd passé qui a contribué à forger l’âme du Périgord d’aujourd’hui avec son esprit de résistance.

Un éditeur local déjà distingué

Une carte sur 1943 ©Pierrefiche

Pour éditer ce travail, les deux auteurs, l’ancien professeur agrégé de géographie à Bordeaux et l’ancien conservateur du patrimoine aux Archives départementales à Périgueux, ont décidé de créer leur propre maison d’édition, répertoriée à la Bibliothèque nationale de France. 

Ils l’ont baptisée Pierrefiche, du nom d’un village près de Thiviers, lieu de rencontre de résistants d’où était originaire Michèle Puyrigaud alias Claude, la mère de Patrick Ranoux.

Le livre est diffusé dans les librairies et maisons de la presse de Dordogne au prix de 25 euros. En commande par mail : editionspierrefiche@orange.fr

Ce livre a reçu le prix Périgord par le jury du festival Joséphine Baker, reporté du mois de juin au 24 et 25 octobre, où les auteurs seront présents. La qualité documentaire de cet ouvrage sur la Résistance à laquelle l’artiste a apporté son concours depuis le château des Milandes et lors de ses tournées est à saluer.