Accueil BIEN aimé Que restera-t-il du Périgord dans 2000 ans ?

Que restera-t-il du Périgord dans 2000 ans ?

Le nain de jardin du XXIe siècle est vu comme un grand prêtre 20 siècles plus tard
Le nain de jardin du XXIe siècle est vu comme un grand prêtre, 20 siècles plus tard © H.C.
ARCHÉOLOGIE DU FUTUR. Aux Eyzies, une exposition imagine le regard de nos descendants à travers les objets qu’ils découvriront en 4026.

L’affiche interpelle déjà. Un nain de jardin ébréché, tenant un pot entre ses mains, regarde le visiteur. Dès l’entrée, l’ambiance est installée : nous sommes en 4026. Les archéologues tentent de reconstituer la vie au XXIe siècle après Jésus-Christ à partir des rares objets retrouvés dans les strates d’une civilisation disparue depuis vingt siècles. La nôtre. On ne saura ni pourquoi ni comment elle a disparu; ni par quoi et par qui elle a été remplacée. La nouvelle exposition que présente le pôle d’interprétation de la préhistoire, le PIP basé aux Eyzies, offre ce passionnant postulat pour réfléchir avec humour à notre regard sur le passé en général et sur l’archéologie en particulier.

Des nains de jardin devenus objets de musée
Des nains de jardin devenus objets de musée © H.C.

« Portant une longue barbe et coiffé d’un bonnet, l’homme est sans doute un haut personnage, notable ou plus vraisemblablement prêtre, dont la physionomie bienveillante souligne la fonction protectrice… » Ainsi est décrit savamment le nain de jardin emblème de l’exposition créée par le musée romain de Lausanne en Suisse.

Créée par son ancien directeur et conservateur Laurent Flutsch, l’exposition est arrivée en Périgord après avoir tourné durant près de 25 ans à travers l’Europe. A chaque étape, elle a été adaptée par le musée ou le centre scientifique l’accueillant. Elle se devait d’être accueillie un jour en Périgord, notamment dans la vallée de la Vézère, capitale de la Préhistoire, où le public a une grande appétence pour l’étude du passé.

Réflexion sur les musées

Laurent Flusch créateur de cette exposition insolite il y a 25 ans
Laurent Flusch créateur de cette exposition insolite il y a 25 ans © H.C.

Sous le titre “Futur antérieur”, elle se présente comme un petit musée avec des pièces venant de Lausanne, et d’autres trouvée en Périgord, qui sont autant de clins d’œil à l’interprétation de l’archéologie. Laurent Flutsch a eu cette idée géniale en adaptant le scénario qu’avait créé le dessinateur David Macaulay en 1981 sous le titre Civilisation perdue. Il reconstituait un monde disparu à partir d’un motel englouti découvert au bout de milliers d’années.

L’archéologue suisse a développé son imagination fertile à partir de pièces collectées par son équipe dans des brocantes et des décharges, avant de les présenter à la manière des musées. « Nous avons voulu mettre en valeur l’absurdité muséale qui muséifie et sacralise parfois des objets usuels.» Avec un regard amusé, il interroge les approximations et les erreurs que produisent forcément ceux qui cherchent à faire parler un passé dont le mode d’emploi est perdu.

Laurent Flutsch explique son métier de manière didactique : « L’archéologie a pour but la connaissance des hommes du passé à travers les témoignages matériels et leur contexte. L’archéologue cherche des informations, non des objets. Les informations résident dans les vestiges, les objets, leur contexte et leurs diverses relations. C’est cet ensemble qui constitue le patrimoine archéologique. L’archéologue ne se limite pas à la conservation, à la documentation et à l’archivage des vestiges, mais les interprète dans une perspective historique au sens le plus large du terme ».

Les traces derrière nous

Des vestiges disparates issus de fouilles aux interprétations imaginées par des archéologues du futur
Des vestiges disparates issus de fouilles aux interprétations imaginées par des archéologues du futur © H.C.

Les objets présentés n’ont un réel intérêt qu’avec la lecture des cartels, ces panneaux d’explications qui les accompagnent. L’humour des commissaires d’exposition y prend toute son importance. « Un vase d’apparat (en alliage métallique) doté d’un long bec coudé à son extrémité et d’une anse semi-circulaire, en métal finement ouvragé était probablement réservé au service de boissons de prix lors de fêtes ou de cérémonies particulière », n’est autre qu’un arrosoir en tôle. Une carte graphique d’un vieil ordinateur est vue comme une maquette de ville. Plus provoquant, « des figurines de sports », décrivent des personnages « en petite tenue, jambes et bras nus, bras écartés et dressés au-dessus de la tête penchée à droite… Les pieds des personnages sont posés sur une sorte de support ». Le visiteur du XXIe siècle n’y verra que les restes de crucifix !

Que sera ce vieil arrosoir en 4026 ?
Que sera ce vieil arrosoir en 4026 ? © H.C.

Des pièces de monnaie, des capsules de bière, une carcasse de machine à écrire, des douilles, des outils et toujours des nains de jardin qui se retrouvent au milieu de ce joyeux bric-à-brac comme autant de clins d’œil. Que deviendront nos traces dans 2000 ans, telle est la question. Des lycéens de Sarlat ont été associés à cette exposition pour réfléchir à ce futur qui parle tellement de notre présent. Mais on ne pensera jamais assez au rôle crucial des nains de jardin pour évoquer notre civilisation.

Les visiteurs peuvent exercer leur imagination sur des objets
Les visiteurs peuvent exercer leur imagination sur des objets © H.C.

Rendez-vous au PIP, infos pratiques

L’exposition Futur antérieur est présentée aux Eyzies jusqu’en janvier 2028. Entrée libre et gratuite. Le Pôle d’interprétation de la Préhistoire qui l’accueille, est un établissement public porté par le Conseil départemental de Dordogne, le Conseil régional de Nouvelle Aquitaine et l’État. Il est en charge du Grand site de France Vallée Vézère.

• Ouvert tous les jours de 9 h 30 à 12 h 30 et de 13 h 30 à 18 heures, sauf le samedi.