Accueil BIEN aimé Hier, pour aujourd’hui : elles ont résisté

Hier, pour aujourd’hui : elles ont résisté

© Louise Mézel - Éditions Fanlac
RÉSISTANTES. Elles sont neuf, certaines restées dans la mémoire collective locale et nationale, d'autres injustement oubliées. La journaliste, scénariste et autrice Catherine Monroy fait revivre le combat silencieux de ces femmes de l'ombre, bien souvent malgré elles, parce qu'enfants en temps de guerre.

Catherine Monroy ramène à nous le souvenir de ces femmes de l’ombre en apprivoisant leur destin par le « je » : elle nous plonge à chaque fois dans une trempe de caractère, dans la capacité à agir dans la réalité de la guerre et de l’occupation en Périgord. Bien sûr, cette Histoire est essentiellement traversée par les hommes, mais elle tient souvent au courage de ces femmes qui ne sont pas seulement « les petites mains » de la Résistance. Elles aussi ont refusé de subir, en insufflant une autre énergie, un supplément d’âme. Dans sa postface, l’historien Daniel-Antoine Charbonnel souligne toute l’importance de « la part des femmes ».

Elles étaient des enfants, propulsées dans l’âge adulte (Betty, Nancette). Des femmes de divers horizons, âges et conditions. On entend leur voix, comme dans le spectacle qui a donné corps à ces souvenirs avant que les Éditions Fanlac publient ce concentré de vies, avec d’émouvantes photos de famille. Le livre s’ouvre étrangement sur le sort d’Yvette Marie Martinot-Lamartinie, jeune maman morte d’une balle perdue en juillet 44, comme « zappée » par l’Histoire et cependant inscrite sur le monument aux morts de sa commune. Suivent des histoire d’engagement, de décisions prises sur l’instant ou mûries par une éducation. Il faut passer par l’année 1915, année doublement terrible pour Marie-Hélène Chauvit, pour mieux saisir les passages clandestins que l’institutrice accompagnait, en plus de prêter sa plume au maquis. Les yeux de Noëlle arrêtent le regard, on y lit toute la détermination de l’aubergiste Noëla Malard, prenant le relai de résistants cheminots infiltrés par un traître pour cacher une valise « explosive »… elle saura que ce qu’elle contenait était arrivé à bon port lors du bombardement de Saint-Nazaire en 1942.

La violence du retour

« Il est là ton papa ? » : redoutable question d’un milicien à une enfant. Ne pas se laisser piéger, résister à sa façon, serrer l’entrejambe du type du haut de ses 6 ans. Le papa fuit, la mère est emmenée, mais la ferme risque d’être incendiée et les ouvriers exécutés… alors le père se rend. Il mourra en déportation, laissant une épouse suicidaire. Nancette Blanchou sera orpheline à 14 ans.

Si l’histoire de Michelle Puyrigaud et Roger Ranoux, Claude et Hercule pour la Résistance, est la plus connue, elle est moins souvent contée avec son regard à elle. Celle de Tamara Wolkonsky, Russe blanche devenue princesse rouge, figure aventurière de la Résistance prise pour une espionne a aussi été plus médiatisée. Et l’histoire de Betty Wieder, qu’on croit connaître, dont elle a longtemps témoigné avec son mari dans les salles de classe, est criante d’injustice une fois racontée à hauteur de la petite fille qu’elle était. Celle qui dit avoir « mangé du chat pour survivre » assure avoir de la chance ; elle la doit en grande partie à son institutrice et aux fermiers qui les ont cachés, elle et son frère, enfants perdus dans la nuit d’une fuite sans fin.

Fernande Daguin, “passeuse” de la ligne de démarcation dès l’automne 40, protège son réseau OCM lors de son arrestation en juillet 43 : mais ce secret sera percé lors d’un séjour au fort du Hâ à Bordeaux et elle sera déportée à Ravensbrück en janvier 44, survivante des marches de la mort au printemps 45. Le matricule 27 816, de retour à Montpon en juin 45, essuie des remarques assassines, presque aussi violentes que l’inhumanité des camps. Surtout, ne pas oublier.

Une combattante qui chante

Des messages passent entre les lignes, sur le « réarmement démographique » ou la discrimination… « J’aurais pu être maire si j’étais un homme », à une époque où les femmes ne votaient pas encore. On s’attache à chacun de ces destins, qui ne se sont pas croisés mais forment une vision inédite de cette période, avec des prises de risques frappés d’une trop grande humilité, on ne saurait distinguer l’exploit le plus marquant. On fait avec ces femmes un tour de la Dordogne, de Sainte-Croix de Mareuil à Verteillac, de la Coquille à Rouffignac, de Négrondes et Thiviers à Beaupouyet en passant par les Milandes, avec l’incontournable star de toutes ces intrépides, qui cachait des documents dans ses partitions et ses sous-vêtements : qui oserait fouiller Joséphine Baker,? Elle devra attendre plus de 15 ans pour recevoir Légion d’Honneur à titre civil (et non pas militaire comme initialement promis) et Croix de Guerre avec palmes. Et 60 ans de plus pour entrer au Panthéon. D’où l’autrice de cet ouvrage lui fait envoyer un message à Yvette Martinot, pour boucler la boucle entre la plus célèbre et la plus tristement méconnue des victimes de la folie des hommes.

• Les femmes de l’ombre, Catherine Monroy, Éditions Fanlac, 15 €