Accueil BIEN naturel À Boulazac, les champs des possibles

À Boulazac, les champs des possibles

Un ilot préservé dans un périmètre urbanisé © SBT
LA VILLE À LA CAMPAGNE. Dans le secteur du Pontet, à Boulazac, la propriété Saint-Martin, en sommeil depuis au moins 25 ans, va revivre sous la forme d'une ferme municipale à vocation pédagogique. Tout commence avec une concertation menée avec le collectif La Mitoyenne.

Qui imagine que derrière un rideau d’arbres en retrait de la zone commerciale d’Hyper U, à Boulazac Isle Manoire, par-delà la station service, se trouve un morceau de campagne qui s’étire jusqu’à la rivière ? Figé depuis des années, il attendait de revivre. C’est le projet de l’équipe municipale, qui a racheté la propriété Saint-Martin (950 000 euros) : 23 hectares mêlant pour moitié parcelles naturelles et espaces à vocation agricole (deux agriculteurs travaillent actuellement en fermage) autour d’un corps de trois bâtiments. Une partie, classée à usage économique, sera valorisée comme telle, sur la frange la plus proche de la zone d’activités.

La maire, Fanny Castaignede © SBT

La maire, Fanny Castaignede, et une partie des élus associés à l’avenir du site, ont présenté la vocation de cette ferme municipale et la manière dont les acteurs du territoire seront associés aux futurs usages. « D’autres communes — Champcevinel, Razac-sur-l’Isle — ont déjà une expérience de maraichage. On avait envie de ne pas se limiter à cela. » Le cadre se prête à voir grand. « Il faudra certainement créer des serres, stocker les engins agricoles, loger un ou une agricultrice, mais on peut imaginer bien d’autres perspectives, avec une préoccupation environnementale, sur un site qui n’a pas été altéré. On a envie de préserver cette respiration dans des espaces naturels exceptionnels. » Beaucoup d’entretien en vue — les abords ont déjà été dégagés par un prestataire — et des investissements aussi, avec un budget pluriannuel.

Position stratégique

L’entrée de la ferme municipale © SBT

Il est notamment question, en lien avec le label Territoire Bio Engagé obtenu par la commune en 2024 et renouvelé cette année, « d’alimenter » la cuisine municipale (800 repas par jour, en attente de reconstruction) pour accroître le volume issu de circuits courts et les légumes bios destinés aux scolaires. Autour d’un premier terrain de 1,8 ha certifié Écocert acquis en 2024, le projet de maraichage s’articule maintenant dans un ensemble, pour prendre une nouvelle dimension, sociale et environnementale : au-delà de sa vocation alimentaire, la ferme promet d’être un lieu d’accueil organisé autour d’enjeux de santé et de parentalité, pour favoriser le lien social. « L’objectif est de permettre aux enfants, aux familles de réapprendre comment on fait pousser et on récolte les légumes, et on peut ensuite les manger à la cantine. L’idée n’est pas de venir en concurrence mais en complément des agriculteurs. »

À la campagne et au cœur de la ville, à proximité de la voie verte et près des arrêts Péribus, le lieu est accessible à tous. « La ville est là, on a les activités tout autour, des logements sociaux… »

Cohérence d’ensemble

Dialogue entre élus et Antoine, membre du collectif © SBT

Pour approcher les divers publics appelés à cohabiter et à faire vivre les futurs usages, la Ville a sollicité le collectif d’architectes, paysagistes et designers La Mitoyenne, pour intégrer les intéressés dès la conception : associations, agriculteurs, familles, agents de la collectivité et élus. Des entretiens et des ateliers sont en cours lors de cette première phase de consultation pour identifier les besoins. « La Mitoyenne est née de la résidence Design des mondes ruraux, à Nontron. Il travaille sur des questions d’écologie, de transition sociale et culturelle des territoires. La Ville de Boulazac nous a proposé d’intervenir pour un diagnostic et une concertation globale : rencontre des services de la commune, habitants et associations porteurs de projets… »

Débutée le 21 septembre, elle se poursuivra jusqu’à début décembre, avec une présence par mois. « À partir de janvier, les moyens de la commune seront activés pour faire revivre le site, en attendant les travaux à effectuer sur le bâti. » Le temps d’écoute permettra de phaser ce qui suivra, pour une montée en puissance.

Rationaliser, organiser

Arrêts sur images et collecte d’impressions © SBT

La Mitoyenne accompagne la collectivité, elle recherchera des possibilités d’aides financières et veillera à la cohérence de liens qui existent déjà, avec le Pays de l’Isle pour le Projet alimentaire territorial ou encore Agrobio Périgord. L’état des lieux dressé permettra aux élus de faire des choix au regard des attentes des citoyens. « C’est une approche transversale, on s’appuie sur la maîtrise d’usage qui correspond à l’ensemble des acteurs actuels ou futurs d’un site, et apporte une connaissance pratique d’un territoire », décrivent les jeunes animateurs de La Mitoyenne. De quoi adapter un projet aux outils et savoir-faire déjà présents. En tenant compte des aspirations et des bonnes idées qui s’exprimeront : guinguette, pastoralisme, jardins ouvriers… tout est possible. « Ce site est génial, il offre plein de possibilités, sans souci de rendement », résume la maire.