Professeur d’occitan à l’Université de Toulouse, Yann Lespoux reste ancré dans le Médoc, du moins sa bande de pins entre lacs et océan, là où perdurent, à l’écart de la ville, les pratiques, comme en Périgord, de la chasse ou de la cueillette de champignons, et c’est là que se déroule toute l’intrigue. La narratrice tient en compagnie de sa mère âgée le dernier bar du village, dont la lumière est la seule à rester allumée les soirs d’hiver.
Un sujet inattendu va alimenter les conversations des autochtones : l’échouage sur la plage de pains de cocaïne dans du papier plastique. Dès lors, cette découverte va réveiller les appétits des plus jeunes ou de ceux qui déjà font pousser des herbes interdites à la vente, et les entraîner dans un jeu dangereux où viendront s’immiscer des sbires venus de loin pour récupérer la marchandise. L’événement agrémentera l’hiver de la narratrice et le récit qu’elle en fait sur la base des paroles recueillies auprès de ses clients du bar lui permettra à coup sûr, selon son propre aveu, de lutter contre l’ennui et la sénilité.
Tranchant et attachant
On tourne vite les pages de ce roman noir pour savoir comment l’affaire va finir mais on se délecte à chaque chapitre des portraits faits ou des scènes croquignolesques racontées. Tous les personnages sauf ceux venus s’installer sur la côte, les néo-ruraux, sont nommés par leur surnom tant, en Médoc, on aime en attribuer, aussi tranchant que le couteau qu’on porte dans la poche.
Le style de l’ouvrage est donc lui aussi incisif comme un couteau médoquin (écrire le mot avec un q, a précisé par ailleurs le professeur d’occitan), l’attention portée aux détails, la marque de la recherche d’une écriture réaliste, la construction judicieuse qui, selon un procédé choral, passe d’un personnage à l’autre. L’ensemble s’étire comme un texte attachant qui fait souhaiter longue vie à la mère de la narratrice assise toute la journée sous une tête de sanglier empaillée accrochée au mur du bar.
François BURBAUD
• Yann Lespoux, Les amateurs, éditions Agullo, août 2026, 226 p., 21,50 euros.









