Comment vivaient les seigneurs de Beynac, des siècles avant que le nom de leur château ne défraye la chronique du Périgord pour d’autres raisons ? Sofiene Leymeregie, un étudiant bordelais de 23 ans originaire de Dordogne, rêve de ces bâtisses médiévales depuis son enfance. À travers les romans et le cinéma, puis dans ses choix d’études et même pour ses jobs d’été comme guide en Périgord noir, les châteaux forts le passionnent.
Arrivé en master d’histoire à l’université de Bordeaux Montaigne, il s’est lancé dans un mémoire sur la seigneurie de Beynac, dirigé par les médiévistes Ezechiel Jean-Courret et Frédéric Boutoulle. Des travaux qui lui ont valu une note flatteuse de 19 sur 20. Voilà qui l’a motivé pour postuler, avec l’encouragement de ses professeurs, au prix du patrimoine en Périgord que décerne chaque année la Société historique et archéologique du Périgord, la Shap.
Une période trouble
Les jeunes historiens ne sont pas très nombreux à choisir de se plonger dans le Moyen Âge, période trouble aux documents rares, qui demande des compétences en paléographie pour déchiffrer les manuscrits. Sofiene qui avait débuté son parcours universitaire en hypokhâgne et khâgne (classes préparatoires aux grandes écoles en filière littéraire) au lycée Montaigne à Bordeaux, avec une deuxième année pour viser l’école des Chartes. Il a continué en licence, puis master d’études médiévales, en s’intéressant aux seigneuries castrales périgordines.

Ces travaux exigeants l’ont amené à fréquenter longuement les archives départementales de la Dordogne, où se trouvent de petits trésors. Depuis 2024, comme le rappelle Maïté Etchéchoury son ancienne conservatrice, l’établissement a acquis un fonds important de la famille des Beaumont-Beynac longtemps inaccessible pour des raisons de successions. L’étudiant chercheur a pu y puiser pour son étude, lui permettant de comprendre les relations entre les seigneurs et leurs vassaux habitant souvent autour du château. Il a ainsi pu créer un cartulaire factice répertoriant avec les éléments disponibles aujourd’hui, chartes, actes de propriété et privilèges des différentes familles concernées, du XIIe au XVIe siècle.
Mangés par les rats
Il a aussi puisé sur les travaux des chercheurs sur Beynac qui l’ont précédé comme Géraud Lavergne en 1959, Françoise Boudon en 1982, Anne Bécheau en 2012… Il a dû déchiffrer des textes anciens parfois mangés par les rats et abîmés par des incendies. Le plus vieux parchemin étudié remonte à 1252. Tout ceci lui a permis de mieux connaître ce petit monde avec cette cour « de chevaliers et damoiseaux » autour du seigneur du grand château. Il lui manque d’ailleurs des données archéologiques pour situer l’habitat des uns et des autres.
Sofiene Leymeregie a apporté sa pierre à la connaissance de cette grande famille du Périgord et de ses rapports de force. Un travail très scientifique qui montre l’évolution des recherches historiques pour déterminer les fonctionnements aristocratiques à partir de documents en s’éloignant des anecdotes. Ce jeune chercheur qui prépare son agrégation pour devenir enseignant espère bien pouvoir ainsi financer sa future thèse. En histoire et sciences humaines, il n’est guère facile de vivre de ses recherches. Et de motiver de jeunes chercheurs.
Un prix en alternance
Depuis son 150e anniversaire, la Société historique et archéologique du Périgord, la Shap, décerne un prix du patrimoine chaque année, en alternance entre des universitaires et des artisans d’art. En 2026, c’est donc le troisième prix qui a été décerné, la deuxième fois pour un chercheur. Il donne un coup de projecteur et offre un petit chèque grâce à des partenariats.
Pour la première fois le prix a été décerné dans les salons du prestigieux hôtel Brou de Laurière à Périgueux mis à disposition de la Shap par le fonds de dotations qui le gère. Le lauréat a pu faire son discours sous les ors de ce très beau lieu.
Le trophée a été réalisé par des apprentis du CFA de Boulazac avec leur professeur d’ébénisterie Sébastien Best. Il a été réalisé en bois du Périgord, chêne et noyer.









