Durant des années, les visiteurs de la forteresse de Biron ont gardé le souvenir d’une énorme coquille presque vide en dehors des expositions temporaires.

Sébastien Cailler, le gardien passionné des lieux, recueillait leurs déceptions de traverser des salles aux murs vides, non meublées. Ce monument, dépouillé par ses anciens propriétaires et en piteux état, a été acheté il y a cinquante ans par le Département de la Dordogne. Il a été sauvé et remis en valeur après de lourds travaux. Des expositions d’art contemporain de belle qualité ne suffisaient pas pour attirer les foules. La fréquentation stagnait alors à 35 000 entrées.
Biron a bien changé grâce à un plan de mise en valeur original. Plusieurs salles de l’immense bâtisse ont retrouvé des meubles de différentes époques, originaux ou copies. Cet ameublement décoratif évoque l’histoire des lieux et les personnages qui y sont liés. On y apprend beaucoup de choses sur la famille des Gontaut-Biron qui a traversé les péripéties de l’histoire de France, de la guerre de Cent ans puis des guerres de Religion, jusqu’à la Révolution française. Ses transformations de forteresse médiévale, évoquée dès le XIe siècle, en château de la Renaissance se retrouvent mieux expliquées au public.
De l’Élysée et du fort de Brégançon
La transformation a été apportée par un travail entamé entre le Département propriétaire, la société d’économie mixte Semitour gestionnaire et l’établissement public Mobilier national. Vincent Marabout-Chambon, responsable des sites patrimoniaux du conseil départemental, explique ce fructueux travail de collaboration. « Nous avons choisi des pièces qui s’adaptent bien, comme une chambre Renaissance du XVIe siècle qui aurait pu accueillir le passage de Jeanne d’Albret, la mère d’Henri IV. Le coffre, des chandeliers et des rideaux sont passés par l’Élysée, des fauteuils des ministères de l’Intérieur ou des Affaires étrangères, le lit du Fort de Brégançon le lieu de vacances des présidents…» Un salon et une salle à manger d’apparat du XVIIIe siècle ont été décorés à partir de fonds similaires.

Hélène Cavailé, directrice adjointe du Mobilier national explique les richesses de son institution qui « gère une collection de 140 000 meubles qui servent pour les lieux de pouvoirs en France et à l’étranger : ministères, ambassades, Sénat…» Tous ne sont pas des originaux, mais les copies sont d’une fidélité à toute épreuve, l’entretien et les rénovations sont assurés par les artisans du service. À Biron, ils font l’objet de prêts de longue durée. De la vaisselle chinée, des accessoires et même une reproduction de tapisserie ancienne réalisée par les ateliers des fac-similés de Montignac, complètent le décor et donnent vie à cet ensemble qui était désert il y a peu. Sébastien Cailler évoque une « machine à remonter le temps ».
Les meubles aliénés revisités

Cette collaboration ne s’est pas arrêtée à ces reconstitutions historiques. Elle a aussi renoué avec la création contemporaine qui a longtemps été associée à Biron. Mais au lieu de faire intervenir les œuvres prestigieuses et coûteuses de la célèbre fondation Maeght, c’est le Mobilier national qui participe désormais à des expositions temporaires. Depuis le Covid, l’établissement public met à disposition d’artistes français des meubles et objets déclassés inutilisables (aliénés selon leur terminologie), pour leur commander des œuvres d’art originales. Elles circulent ensuite dans divers lieux, comme à Biron en Périgord ou au château de Cadillac en Gironde.

L’exposition intitulée ”Les aliénés du mobilier national“ a donné carte blanche à des plasticiens qui se sont réellement éclatés sur ces meubles. Myriam Mechita a transpercé une table de desserte avec 71 clous géants en fonte, Jane Kleis et Cédric Matet ont découpé et écartelé un secrétaire Louis Philippe, Jean-Pierre Auxiètre et son collectif ont décoré une commode en jouant sur les questions de genre, Héléna Guy Lhomme a transformé un tapis en chewing-gum vanille-fraise, et bien d’autres encore. La déambulation est plutôt réjouissante, entre le jeu de retrouver la pièce d’origine et la découverte de ces délires créatifs.

Cette métamorphose de Biron, alliée à d’autres opérations comme la remise en valeur de l’immense chapelle, avec la reproduction des statues vendues par les précédents propriétaires aux États-Unis et exposées au MET de New-York, donne envie de faire le déplacement. La fréquentation est en constante augmentation et approche les 90 000 visiteurs.
Un parcours Terra Aventura
Il n’existait pas encore à Biron de géocaching régional du circuit Terra Aventura. Voilà qui est fait avec la création de Zétoulu, le Poï’z, petit personnage qui fait découvrir un coin de Nouvelle Aquitaine.
Ces chasses au trésor numériques créées il y a 15 ans sont désormais 650 dans la région. On y joue en famille sur son smartphone en répondant à des énigmes sur le terrain pour réaliser un parcours. Le cadeau est d’abord de trouver un badge aux couleurs du Poï’z local qui ravit les collectionneurs.
À Biron, ceux qui arrivent au bout et trouvent le mot mystère bénéficient ensuite d’un prix spécial pour visiter le château.









