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Plus de 80 ans après la rafle du Vel d’Hiv, Irène Sapir continue de témoigner

© C-H.Y.
RÉSISTANCE(S). À presque 89 ans, Irène Sapir est l’une des dernières rescapées du Vel d’Hiv et infatigable militante pour la mémoire. Ce que l’on sait beaucoup moins, c’est que cette enseignante retraitée a beaucoup œuvré pour la scolarisation des élèves en situation de handicap.

La Bergeracoise Irène Sapir est l’une des dernières habitantes de Dordogne rescapée du Vel d’Hiv. Dans la nuit du 16 au 17 juillet 1942, près de 13 000 hommes, femmes et enfants juifs sont arrêtés par la police française. Ils seront presque tous déportés à Auschwitz et exterminés par les nazis. Celle qui n’était qu’une enfant de cinq ans n’a rien oublié : « Ce 16 juillet 1942, maman m’a réveillée tôt. Il faisait déjà chaud et j’ai entendu frapper durement à la porte. C’était la police française ». Inlassablement, depuis plus de cinquante ans, Irène Sapir continue de témoigner sur les premières années de sa vie.
Fille de juifs immigrés, avec un père d’origine russe et une maman polonaise, Irène Sapir est née à Belleville en 1937. Son père s’engage volontairement en 1939 dans l’armée française pour mener le combat face à l’Allemagne. Irène Sapir a alors deux ans. Alors que l’armée allemande pénètre dans Paris, le 14 juillet 1940, il est fait prisonnier et envoyé en Allemagne où il est détenu cinq ans. À partir de juin 1942, les conditions de vie des juifs en France se durcissent terriblement.

Odeurs et gémissements

Les souvenirs du Vel d’Hiv d’Irène sont encore présents : « il n’y avait pas de toilettes, je me souviens des odeurs affreuses, des gémissements de gens malades, pas de nourriture et il faisait très chaud. C’est grâce aux lettres de mon père, prisonnier de Guerre, que maman a sur elle, que nous avons pu obtenir in extrémis notre libération, deux jours après être entrées dans cet enfer. À la sortie, maman a rapidement pris la décision de me confier à une famille catholique, des ouvriers de Nanterre ».

Le répit sera de courte durée pour la mère d’Irène. Quelques semaines plus tard, elle sera arrêtée et déportée à Auschwitz. Sur 1 000 personnes de son convoi, seulement six reviendront, dont deux femmes. « Je débute souvent mes interventions en montrant une photo de maman à son retour des camps. Elle est miraculeusement revenue, le 10 mai 1945. J’ai eu beaucoup de chance car, deux jours plus tôt, j’ai aussi eu le bonheur de retrouver mon père. »

La cause des élèves en situation de handicap

La famille s’installera ensuite en Dordogne, où elle a des amis, et Irène y fera sa scolarité. Devenue adulte, Irène va exercer le métier d’enseignante, d’abord dans deux classes uniques à Clermont-de-Beauregard, puis à Conne-de-Labarde. À l’occasion d’un remplacement à la Fondation John Bost, elle va s’investir auprès de jeunes handicapés. « Je me suis formée pour accompagner des élèves en situation de handicap. À cette époque, à la fin des années soixante, il n’y a avait rien, ou presque. À cette période, on disait “débiles légers”, puis après on a dit ”handicapés mentaux”. Puis en 1969, j’ai pris un poste de responsable de section d’éducation spécialisée (SES) dans un collège de Bergerac, la première de ce type en Dordogne. L’essentiel de mon travail consistait à trouver des débouchés professionnels à ces gamins. Cette mission m’a passionnée, car il fallait tout créer, tout inventer. Au départ, il a fallu acheter des matériels pour rendre les ateliers efficaces », souligne l’enseignante retraitée.

Parmi ces jeunes en situation de handicap, il y a eu pourtant de belles réussites. « Certains ont pu me témoigner une grande reconnaissance. À la fin des années 80 et avec la situation de crise économique, j’ai eu de plus en plus de difficulté à accomplir mes missions, et j’ai donc décidé d’arrêter ma carrière à 50 ans : je le pouvais car j’avais eu trois enfants. »

Engagée depuis de nombreuses années au sein du parti communiste, Irène Sapir a siégé au conseil municipal de Bergerac de 1971 à 2002, dont deux fois au poste d’adjoint. Aujourd’hui encore, elle souhaite continuer à témoigner d’une période sombre de notre histoire, au nom du devoir de mémoire, si on la sollicite. « C’est de moins en moins fréquent. Cette prise de paroles, plus difficile, est importante dans le contexte géopolitique actuel, à un moment où l’on voit ressurgir l’antisémitisme et se développer des haines. »

• Jusqu’au 3 octobre, le musée de la Résistance et de la déportation, à Toulouse, propose une exposition qui retrace le parcours de 16 rescapés de l’arrestation, de la déportation, de la survie, et aussi investis dans l’engagement de la transmission, dont celui de la mère d’Irène.