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« Avec Ôrizons, nous donnons une voix à ceux qui ne sont plus audibles »

Basé à Jérusalem entre 2006 et 2009, Alain Monteil s'est ingénié à créer des ponts entre Israël et les territoires palestiniens via la culture © Coll. A.M.
SANS FRONTIÈRES. À quelques jours de l'ouverture de la 18e édition du festival Ôrizons, nous avons rencontré son président, Alain Monteil. Ancien attaché culturel ayant exercé en Australie, Égypte, Israël et Haïti, il partage sa vision d'une culture comme vecteur de dialogue entre les peuples et son engagement au service des artistes du monde entier.

• Alain Monteil, vous présidez le festival Ôrizons depuis plusieurs années. Pouvez-vous nous rappeler votre rôle ?

– Je suis président du festival depuis cinq, six ou peut-être sept ans, je ne sais plus exactement. Il faut préciser qu’un président reste un président – ce n’est pas lui qui fait et qui dirige. Il y a une directrice, Rebecca Devine, et moi je ne fais que l’accompagner comme je peux, en essayant de me servir de ce que j’ai pu apprendre dans les divers postes culturels que j’ai pu avoir en France et à l’étranger.

• Dans le contexte géopolitique actuel, quelle est la mission du festival Ôrizons ?

– Ce que l’on essaie de faire avec le festival Ôrizons, c’est de dépasser ces problèmes politiques qui sont vraiment totalement horribles. Je veux dire que ce qui est fait actuellement par le gouvernement américain, par Trump, ce qui est fait par Netanyahou, c’est totalement intolérable. Mais on en oublie complètement qu’il y a des êtres humains qui existent, qui vivent, qui continueront à vivre. Et ces gens-là, on n’en entend plus parler. Ce qu’on essaye de faire avec Ôrizons, c’est donner une voix, donner à voir et à entendre des gens qui ne sont plus audibles. C’est important de rester connecté avec les gens. Après les guerres, après les anéantissements, après les destructions, il y aura une vie.

• Vous avez exercé comme attaché culturel dans plusieurs pays. Quelle approche avez-vous développée ?

Avec les rocking diplomats
Les Rocking Diplomats ont joué dans de nombreux endroits comme le Parlement d’Australie © Coll. A.M.

– J’ai exercé en Australie, en Égypte, en Indonésie, en Israël, à Madagascar. Être attaché culturel est un travail extrêmement intéressant car il est totalement différent en fonction du pays et du moment. En Australie – de 1985 à 1991-, à l’époque des essais nucléaires français à Mururoa -entre 1966 et 1996-, nous avions une politique très agressive au niveau culturel pour faire de la communication positive. J’avais aussi monté un groupe de rock qui s’appelait les Rocking Diplomats, pour faire de la communication décalée. J’avais même créé une équipe de France de cricket !

• Et en Israël, quelle était votre approche particulière ?

– À l’époque, entre 2006 et 2009, je faisais quelque chose qui ne s’est plus jamais fait après. Je m’arrangeais pour que tous les artistes qui se produisaient en Israël passent également dans les territoires palestiniens. Comme tout est très petit là-bas, on peut très bien se retrouver à Tel-Aviv un soir et le lendemain matin à Ramallah ou à Naplouse. C’est une forme d’action culturelle et politique : permettre à des gens d’aller dans deux territoires et de se faire des idées au-delà de tous les stéréotypes. La culture, ce n’est pas simplement mettre des gens sur une scène et d’autres sur des chaises. C’est autre chose, cela a un sens profond.

• Comment a évolué la diplomatie culturelle française selon vous ?

– Quand j’ai commencé à travailler dans le réseau culturel français à l’étranger, nous avions beaucoup d’argent. Nous avions encore cette idée que la culture française était universelle et nécessaire à tout le monde. Ce que nous ne pouvons plus tellement faire aujourd’hui, c’est tout simplement parce que nous n’avons plus d’argent. Nous faisons tourner les artistes maintenant surtout dans les pays de marché, là où cela nous rapportera plus que cela nous coûte en privilégiant les industries culturelles et commerciales, les films, les jeux vidéo. Nous sommes dans le monde réel et plus dans le monde magique de la France qui avait beaucoup d’argent et qui se croyait universelle.

• Quels sont vos autres engagements bénévoles ?

Avec Rebecca Devine, directrice du festival Ôrizons © Coll. A.M.

– Je suis trésorier bénévole du Festival des Francophonies en Limousin à Limoges. Depuis plus de 40 ans, ce festival mène un travail de développement et de professionnalisation du théâtre en Afrique, dans les Caraïbes et dans tous les pays francophones. Je suis également président de la compagnie de Raphaëlle Boitel et vice-président des Grandes Fenêtres, le lieu de résidence artistique à Excideuil. Quand Raphaëlle m’a demandé de devenir président, je lui ai demandé pourquoi. Elle m’a répondu : « Pour être heureux et rêver ensemble. » Je n’ai pas pu dire non à une telle proposition.

• Après toutes ces années à l’étranger, qu’est-ce qui vous a ramené en Dordogne ?

– Je suis rentré en 2015 près de Périgueux, où je suis né, en 1953, et où j’ai étudié. J’étais en Haïti à l’époque et je devais reconstruire l’Institut français sur place. Mais mon père est mort et j’ai senti que ma mère allait se retrouver en difficulté toute seule. Tout à coup, cette situation m’a paru nettement plus importante que de reconstruire une structure dont je ne savais pas du tout si elle allait pouvoir exister un jour. Donc j’ai tout abandonné et je suis rentré de mes pérégrinations à l’étranger.

• Comment s’est passé ce retour ?

– Pendant quelque temps, je suis resté seul dans ma campagne à Église-Neuve-de-Vergt. Puis, petit à petit, des amis m’ont proposé de m’engager dans diverses activités. J’ai d’abord résisté puis je me suis dit : « Oui, pourquoi pas ? » D’abord parce que cela me permettait de garder le lien avec ce que j’avais fait pendant toute une vie. Ensuite, parce que les trois ou quatre choses que j’avais apprises dans le réseau culturel pouvaient éventuellement servir en termes de contacts, de liens, de procédures et autres.

• Comment envisagez-vous l’avenir de votre engagement ?

– Je crois que je me donne, mettons, deux ans au maximum pour me dégager des divers boulots de bénévole dans lesquels je suis, pour m’occuper finalement de ce qui est mon travail le plus important : l’accompagnement de ma mère dans les années qui viennent. Je pense qu’il y a un moment où il faut savoir s’arrêter et laisser la place à d’autres. Il ne faut pas devenir un vieux qui radote.