« Le festival n’existe que grâce à vos adhésions partagées. » Le président d’Ôrizons, Alain Monteil, choisit ses mots avec soin face aux partenaires réunis pour la présentation de la nouvelle édition. Des « partenariats renforcés » et des actions coorganisées viennent confirmer l’ancrage territorial d’un festival qui, année après année, creuse son sillon.
Dans leurs interventions, les représentantes de la Ville, Frédérique Weber ; du Département, Mireille Volpato ; et de la Région, Delphine Labails, ont souligné l’importance de cette invitation à découvrir la pluralité des cultures du Proche-Orient… Quelques jours seulement après l’embrasement d’un nouveau front, avec l’entrée en guerre des États-Unis et d’Israël contre l’Iran.
« Les crises ne s’arrêtent jamais dans cette région du monde », confie Rébecca Devine. « Cela a forcément des conséquences : sur la vie des artistes, sur leur venue… On ne sait plus toujours quoi leur dire. Mais eux ont des choses à dire, et trouvent encore des chemins d’espoir. »
Parmi ces voix, le Liban et les femmes occupent une place centrale dans la programmation.
Une affiche comme une mise en abîme

Pas de hasard dans l’affiche, conçue pour la deuxième année consécutive par la graphiste Solène Guibert. Deux jeunes femmes y conversent, attablées dans l’espace public, dans une scène à la fois familière et solaire. Derrière elles, des images au format « cartes postales de vacances dépaysantes », qui cachent des éléments familiers : le pont et le château de Bourdeilles, le portail du Sîlot à Coulounieix-Chamiers… autant de clins d’œil aux événements “hors cadre” co-produits avec deux autres festivals, Paratge, le samedi 23 mai, et La Vallée le samedi suivant, 30 mai.
Au premier plan, un détail attire l’œil : les personnages sont assis sur une chaise en plastique blanche. Objet banal, qui devient ici le cœur d’une exposition collective de photographie, en partenariat avec B’sarya for Arts (Égypte), présentée du 10 juin au 10 juillet à l’espace culturel François Mitterrand de Périgueux, et labellisée temps fort de la Saison Méditerranée 2026.*
Le journaliste Benjamin Barthe la décrivait en 2021, dans Le Monde, comme « l’amie fidèle des journalistes » et un « composant clé du paysage urbain arabe ». À partir de cet article, les photographes Tanya Traboulsi, Fatem Hassona et Denis Dailleux croisent leurs regards, tandis qu’Ahmed El Shaer imagine un espace immersif autour des cafés arabes, entre intelligence artificielle et réalité virtuelle.
« L’idée est de montrer la complexité de ces sociétés, loin des représentations simplifiées », explique Rébecca Devine. L’émotion affleure lorsqu’elle évoque une seconde exposition, en partenariat avec le CCFD-Terre Solidaire : Beyond the Sky and the Sea, du photojournaliste Ismail Abu Hatab, visible du 9 au 20 juin à la galerie L’App’art. « Il fait partie des journalistes tués à Gaza. Sa mort, à 33 ans, a été un peu plus médiatisée… » Une phrase suspendue, comme un fil fragile entre mémoire et présent.
Des voix de femmes pour dire, transmettre, réparer
Au Palace, cœur battant du festival du 11 au 13 juin, les spectacles et concerts prolongent cette même nécessité de dire le monde.

Dans Je suis Shéhérazade, vendredi 12 juin, Najoua Darwiche convoque des figures féminines de résistance, de la conteuse des Mille et une nuits à Germaine Tillion ou Nice Nailantei Leng’ete. Samedi 13 juin, une autre artiste libanaise, Hiba Najem, propose une performance culinaire sensible et partagée autour des fayayers bi banadoura, ces chaussons à la tomate aux accents de “chagrin d’amour”.
Enfin, la chanteuse belgo-tunisienne Ghalia Benali, connue pour ses interprétations du répertoire d’Oum Kalthoum, viendra chauffer le plancher du théâtre le jeudi 11 juin.
*Placée sous l’égide de l’Institut Français, cette programmation culturelle annuelle a permis, depuis les années 80, de représenter environ 70 pays. « Le fait de mettre en avant tout un bassin de population (Maroc, Algérie, Tunisie, Égypte et Liban), n’était pas arrivé depuis 2020 avec la Saison Africa 20/20 », précise Rébecca Devine.









