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Musique et clé des “chants” à la campagne

Plaisir de la scène, devant un public © Emba
PAROLES ET MUSIQUES. Sous l'impulsion de Sylvain Phelip, l'école de musique EMBA, à Bassillac et Auberoche, s'attache d'abord à donner le goût d'une pratique pour mieux la partager avec d'autres musiciens et chanteurs, pour se faire plaisir, sans volonté de performance. Avec un développement en cours en milieu rural.

La période Covid a malmené le monde de la culture et certaines écoles de musique n’ont pas réussi à s’en remettre. Deux ont dû fermer leurs portes à Périgueux, dont celle dans laquelle œuvrait Sylvain Phelip, dans le quartier Clos-Chassaing. Elle revit en quelque sorte depuis 2023, à Bassillac, dans les locaux mis à disposition par la mairie, avec une nouvelle association porteuse présidée par Olivier Torrens, avec le concours d’élèves de l’école impliqués bénévolement parmi la cinquantaine d’adhérents. « Notre gestion est collégiale, on s’entend bien », apprécie Sylvain Phelip.

Sylvain et Antoine © SBT

L’ancienne équipe s’est en partie reformée avec EMBA (École de musique Bassillac et Auberoche) autour du responsable pédagogique, des élèves ont suivi, de nouveaux sont arrivés, « et on en attend encore, les inscriptions sont ouvertes pour la rentrée prochaine » s’enthousiasme Sylvain Phelip, qui prône une approche vivante de la musique, le format associatif contribuant à la dynamique d’ensemble et à l’ambiance conviviale. « L’école est encore fragile », souligne celui qui en est le seul salarié et s’attache à poursuivre son développement, bien au-delà des cours, en la faisant connaître par une visibilité sur les réseaux et dans les communes environnantes. Des cours sont déjà proposés à Coulaures, dont la maire, Corinne Ducrocq, est élève de Sylvain pour le chant.

Pérenniser et consolider

L’école se produit devant les résidents de la maison de retraite de la commune © Emba

L’ouverture de l’école passe par des soirées ouvertes au public, à l’auditorium de Bassillac, avec repas : les élèves monteront ainsi sur scène vendredi 19 juin, comme ils l’ont déjà fait en décembre et mars. Un temps fort qui leur permet d’échanger et de se voir en dehors de leurs cours particuliers. Six élèves se produisent régulièrement devant les résidents de l’Ehpad, pour des séquences d’animation bienvenues pour ces aînés. « J’aimerais aller vers les centres de loisirs, pour faire découvrir les instruments aux enfants. C’est en projet. » La dynamique créée passe aussi par des événements grand public, comme l’installation dans la galerie commerciale Le Feuilleraie pour arrêter le temps d’un ou plusieurs morceaux les pas des familles pressées. Le prochain rendez-vous est prévu le 19 septembre.

Matière vivante

Étape musicale dans la galerie commerciale © Emba

Sylvain est d’abord professeur de chant, piano et solfège, et d’éveil instrumental pour les Primaires, il travaille avec Antoine Gueillet, professeur de batterie et Philippe Pouchard pour la guitare. Son credo : personnaliser les cours particuliers le plus possible, s’adapter pour faire entrer l’élève dans une pratique en s’épanouissant sur le long terme, en évitant de décourager par des débuts trop techniques. « Nous composons avec l’humain : autant d’expressions différentes que de personnes. Nous proposons les mêmes bases qu’un conservatoire, dans un esprit différents. Il faut calmer les impatiences, rester présent pour accompagner la progression, au rythme de chacun. » Pas de compétition, de performance ni de notes… sinon celles de musique ! « La vraie validation, c’est la prestation qu’ils parviennent à réaliser, en y prenant plaisir. »

Alicia, en route vers The Voice ? © Emba

Dans sa spécialité du chant, il s’attache à déconstruire quelques idées reçues : tout le monde ne va pas sortir vainqueur de The Voice. Même si un élève d’EMBA a été candidat au pré-casting à Bordeaux et si Alicia, jeune élève de 16 ans, va tenter l’aventure en se testant à travers des concours régionaux, dont une finale prévue le 21 juin, avant une sélection pour The Voice à Moissac avec Bruno Berberes. « Douze élèves pratiquent le chant, mais nous ne formons pas de chorale », indique celui qui va pourtant bientôt diriger celle de la cité administrative de Périgueux, composée d’une quinzaine de personnes.

S’accorder, vibrer

Donner de la voix pour les aînés © Emba

Pour le travail rythmique, il invite à se laisser porter. « Ça s’apprend, ça se ressent. C’est une question de précision. » Il écoute du classique, il fait du rock : le professeur s’attache à ouvrir les horizons, à faire découvrir des voix et des styles, à éduquer l’oreille, de Freddie Mercury (lire plus bas) à Barbara Streisand, « pour faire passer l’émotion : la technique est avant tout au service de cela ». Le corps s’exprime par la voix, mais c’est un instrument dans sa globalité, que certains font jouer par ailleurs en pratiquant aussi le théâtre. « C’est ce que l’on attend aussi à l’opéra, dans les comédies musicales, de vibrer tout entier. » Expérimenter, se découvrir, pour faire sonner, signer une intention.

Sylvain et Antoine © SBT

Sylvain Phelip a appris le piano sur le tard, il y applique la même sensibilité qu’au chant, s’applique à montrer qu’il est possible d’apprendre et de jouer à tout âge. « Et je n’ai pas honte de transmettre un élève a un autre professeur quand j’ai atteint mes limites. » Entre temps, il aura fait naître le bonheur de jouer, de s’accorder aux autres et à soi.

Artiste à part entière

Sylvain et Antoine © SBT

Sylvain Phelip se produit également au sein du groupe Back to Queen Tribute, qui reprend le répertoire de Queen, dont le producteur est basé à Limoges. Il sera en tournée cet été. Fan du groupe de Freddie Mercury depuis son adolescence, Sylvain a fait ce qu’il conseille à ses élèves : être polyvalent, digérer toutes sortes de styles pour imprimer le sien à un répertoire. « Cela fait écho en moi, ma voix s’est mise en place », confie celui qui a trouvé sa liberté dans le chant. Un art dans lequel il est arrivé par un tout autre chemin : celui du folklore périgourdin. De la musique traditionnelle et la vielle à roue, il est passé au rock et son oreille s’est éveillée avec un don de mimétisme. « Il y a sûrement une prédisposition, mais surtout une connexion, puis une déconstruction née de l’expérience. » Et il insiste sur l’importance de rester humble, de préserver ce que l’on est. Ce qui revient au sens d’un seul mot : interpréter.