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Un roman qui fait force d’Éloi

© Les Presses de la Cité
MAQUIS BLANC. C'est une histoire méconnue de la Libération : les dernières forces collaborationnistes jetées dans le projet de supprimer le général de Gaulle, en faisant accuser les communistes. Le roman de Jean-Luc Aubarbier, dans sa dernière partie, nous place dans le sillage de ces miliciens.

Mais avant d’en arriver à l’ultime traque, le lecteur s’attache au destin d’Éloi Joubert, jeune homme de Saint-Geniès. Attacher n’est pas précisément le mot, au début de son parcours, car on suit avec un rien d’agacement cet idéaliste de l’engagement patriotique qui passe à côté de la boucherie de 14-18 parce que son père forgeron a fait jouer ses relations pour le « planquer » à l’arrière. Quelques incursions sur le front lui laisseront la frustration de l’imposteur.

De retour en Périgord, portant beau l’uniforme, il se perd en aventures féminines, mais aussi le jeu et l’alcool, parvient à conquérir une jeune pianiste parisienne, belle et rebelle Lucienne… qui se perdra aux côtés d’un mari volage, indolent et flambeur. La petite fortune paternelle sera vite engloutie, seule sa sœur tentera encore de le soutenir. Voilà pour le contexte familial de ce père qui négligera aussi ses trois filles.

Exaltation et imprudences

Côtoyant un jeune communiste croisé pendant la guerre, il se libère de la tradition républicaine et chrétienne familiale sans pour autant épouser la cause, soucieux de rester un électron libre, portant le cœur à gauche tendance SFIO et Front Populaire, prêt à partir en Espagne soutenir les Républicains avec l’ami Guy, démissionnaire des papeteries Progil de Condat.

Comment un être faible, voire lâche, parmi les siens peut-il se révéler héroïque et engagé au plus sombre des pages d’Histoire ? Le livre donne à Éloi une admirable consistance à partir de la deuxième partie, lorsqu’on le retrouve prisonnier du sinistre camp d’internement de Saint-Paul-d’Eyjeaux, en Limousin, en avril 1943, avec le récit de la naissance des maquis entre les deux, sur fond d’arrivée de réfugiés alsaciens et d’exilés espagnols. Éloi, résistant légal (il fait office de vétérinaire sans en avoir le diplôme), et ses amis clandestins, rejoints par les réfractaires au STO, prennent des risques.

Révolution fasciste

Le voici arrêté, sur dénonciation, et jeté dans le cauchemar d’un camp qu’il contribuera à transformer en horizon plus supportable jusqu’à ce que le sadisme de Pastre, le directeur, impose une terreur constante.

La traversée de ces périodes, troubles et rudes, dessine des nuances de gris et de brun où le résistant peut compter sur son beau-frère pétainiste et l’amant volage oublier de se méfier d’une femme meurtrie. D’évasion manquée en sauvetage in extremis, de la cité sanitaire de Clairvivre où il traîne sa maladie au massacre du camp d’Eysses où périt son ami Guy, l’indiscipliné Éloi s’interroge sur la place des salauds et des héros, jusqu’à la traque ultime d’un commando Hagen parachuté en Limousin en décembre 1944, dans la zone de La Porcherie, avec pour objectif l’assassinat de de Gaulle à Limoges, en mars 1945. On plonge alors dans une autre histoire au fil des 150 pages restantes : Éloi agit au service de la sûreté de l’État, à la poursuite d’un dangereux terroriste qui est aussi son pire souvenir.

• Comme toujours avec Jean-Luc Aubarbier, la réalité n’est jamais très loin de la fiction. Il s’inspire de faits réels pour y inscrire son intrigue, et rend hommage à son grand-père, Éloi Jardel, l’un des premiers résistants de Dordogne au sein du maquis FTP Jacquou le Croquant, arrêté et détenu dans le camp de Vichy. « Je crois que je me serais bien entendu avec lui », glisse l’auteur en fin d’ouvrage.

• Maquis blanc, Jean-Luc Aubarbier, Les Presses de la Cité, 392 pages, 22 euros

L’auteur est présent au Salon de la Licra ce week-end des 24 et 25 octobre, aux Milandes.