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Ferme du Séchoir, le goût d’une nouvelle vie

Laure et Thomas devant le terrain où ils cultivent les aromates @Isabelle BF
Laure et Thomas devant le terrain où ils cultivent les aromates ©IBF
RECONVERSION. Quitter Paris pour réapprendre à vivre au rythme des saisons et de la terre. C’est le pari un peu fou mais profondément sincère, qu’ont choisi de faire Laure et Thomas, à la Ferme du Séchoir.

À Beleymas,  à 15 minutes au nord de Bergerac, loin du tumulte urbain, la nature reprend toute sa place : une faune omniprésente, une flore singulière et surtout une passion immense pour la culture des aromates, plus de 40 variétés différentes . Réduire ce lieu à quelques plantations serait passer à côté de son âme. Car la Ferme du Séchoir, c’est avant tout une histoire de reconversion, de patience et de retour à l’essentiel. Un endroit où chaque senteur raconte un choix de vie, où chaque récolte porte les traces d’un quotidien plus simple, plus vrai.

Le jardin des aromates du séchoir @Isabelle BF
Le jardin des aromates du séchoir © IBF

Ce couple de quadragénaires avait tout d’une vie parisienne bien remplie. Pourtant, derrière le rythme effréné de la capitale, une autre envie grandissait doucement : celle d’une existence plus simple, plus vraie, au plus près de la nature et de la famille. Laure, Toulousaine, grande voyageuse qui a posé ses valises dans plusieurs pays, a choisi Paris en 2013 avec l’ambition de se réaliser dans l’univers exigeant de la restauration bistronomique. Passionnée par la cuisine, elle voyait dans la capitale le terrain de jeu idéal pour exprimer sa créativité et faire grandir son savoir-faire.

Cuisine et journalisme

Laure et Thomas dans la salle de réception du séchoir © IBF

Thomas, enfant des Hauts-de-Seine, parcourait les routes et les événements en tant que journaliste reporter d’images pour France Télévisions, capturant le monde derrière sa caméra. Leurs chemins se sont croisés, leurs cœurs aussi. Très vite, un rêve commun s’est imposé à eux : quitter le tumulte parisien pour s’offrir un autre cadre de vie, un endroit où respirer, ralentir et construire quelque chose qui a du sens. Le couple cherchait alors un territoire à mi-chemin entre Paris et Toulouse pour ne pas être trop loin de leurs familles respectives, un coin de campagne vivant, lumineux, à proximité d’une grande ville et bénéficiant d’une météo agréable. Un lieu capable d’accueillir leur nouveau projet de vie : devenir agriculteurs.

Un projet de vie

Vue du domaine agricole
Vue du domaine agricole © Thomas Buyer

Le Périgord s’est alors imposé comme une évidence. Ils connaissaient déjà le département et, très vite, ils ont compris qu’ils pourraient y écrire une nouvelle histoire. Une histoire devenue encore plus belle avec l’arrivée de leur petite fille. Il y a tout juste quatre ans, ce nouveau bonheur est venu sceller définitivement leur choix : celui d’une vie à la campagne, entourés de nature, de projets et d’amour familial.

Le séchoir
Le séchoir © IBF

En 2020, lorsqu’ils découvrent cette propriété avec un séchoir à tabac, Laure et Thomas savent immédiatement qu’ils tiennent là bien plus qu’une maison : un véritable projet de vie. Mais entre le rêve et la réalité, le chemin s’annonce long. Le plus difficile reste alors à accomplir : convaincre les banques, car miser sur la culture des aromates n’entre pas vraiment dans les cases habituelles. Il faut expliquer, défendre, rassurer. Porter une vision différente de l’agriculture, plus respectueuse de la terre. Pendant des mois, le couple jongle entre le montage du projet, les travaux de la maison, les démarches administratives et un bouleversement aussi immense qu’heureux : l’arrivée de leur bébé. Une période intense, parfois épuisante, mais portée par une même conviction : travailler en agriculture biologique. Non pas pour afficher un label, expliquent-ils, mais pour rester fidèles à leur manière de cultiver : sans brutaliser les sols, en protégeant la biodiversité et en travaillant au rythme de la nature.

Passion commune et audace

Séchage aromates
Séchage aromates © IBF

Depuis toujours, les épices et les aromates occupent une place particulière dans leur quotidien. Laure, grâce à son expérience dans la restauration, a développé un véritable amour des saveurs, des parfums et des associations subtiles. Thomas, lui, partage cette même curiosité pour les produits authentiques. Alors, après des années de travail, leur ambition a finalement vu le jour avec l’ouverture de la ferme l’année dernière. Une aventure née d’un défi audacieux, mais surtout d’une passion commune.

Si Laure a suivi une formation agricole, elle reconnaît avec humilité apprendre encore chaque jour au contact de ses plantes. Observer, comprendre, patienter : un travail minutieux qu’elle ajoute à son passé professionnel. Car pour elle, les aromates ne sont pas un simple accompagnement. « Les plantes aromatiques font l’identité des plats », assure-t-elle. Une conviction forgée derrière les fourneaux et qui guide aujourd’hui chacune de ses créations. Dans le laboratoire du Séchoir, Laure imagine et compose ses propres mélanges. Un travail presque instinctif, où la mémoire des saveurs rencontre l’expérimentation.

Identité des plats et construction mentale

Le laboratoire @Isabelle BF
Le laboratoire © IBF

« Élaborer un mélange, ça se construit mentalement. On se fait une idée du produit, puis après il faut tester, trouver la bonne proportion, celle qui nous fait dire : Là, c’est pas mal.» Chaque essai demande du temps, des ajustements, parfois plusieurs tentatives avant d’atteindre l’équilibre recherché. Rien n’est figé. « Je ne dis pas que les mélanges n’évolueront pas. Il y a des choses qui s’affinent avec le temps. Quand un mélange est mis en vente, c’est que nous estimons qu’il mérite d’être découvert, par des personnes curieuses de tester de nouvelles saveurs. »

Derrière chaque pot, il y a ainsi bien plus qu’un assemblage d’herbes séchées : une histoire de patience, de passion et de transmission du goût. Dans le laboratoire, Laure ne se limite pas aux seuls aromates séchés. Elle explore aussi un autre terrain de jeu gustatif : des jus de fruit, des confitures et des pickles, condiments originaux, où les textures, les couleurs et les parfums s’entremêlent avec gourmandise.

le séchoir en été
le séchoir en été © Thomas Buyer

Parmi ses créations, le piment jalapeño tient une place à part. Travaillé avec finesse, il apporte juste ce qu’il faut de piquant, une chaleur maîtrisée qui réveille le palais sans jamais l’agresser. Une façon pour elle de jouer sur l’équilibre, toujours, entre intensité et douceur. Mais au-delà de la recette, ce qui compte surtout c’est que « chacun peut s’approprier nos aromates et nos mélanges. C’est notre création, mais la personne qui utilisera le produit peut en faire ce qu’elle veut. La créativité de chacun n’a pas de limite », confie-t-elle. Derrière ces bocaux colorés et ces saveurs bien pensées, il y a ainsi une invitation discrète à apprivoiser et transformer le goût, à le réinventer au quotidien. L’objectif est de le présenter dans la boutique cette année et, pourquoi pas, dans des épiceries fines, un jour.

Aromates, cuisine et camping : la Ferme du Séchoir invente son modèle

Salle restaurant du Séchoir
Salle restaurant du Séchoir @ Thomas Buyer

Le dernier week-end de juin, la restauration fera son entrée au Séchoir. Le vendredi soir et le samedi midi, les visiteurs pourront s’attabler et découvrir un menu résolument végétal. « Ce choix était évident pour nous : nos cultures sont végétales, et ce que nous voulons mettre à l’honneur sur la table, c’est le végétal que nous produisons », explique Laure. Thomas, lui, insiste sur l’esprit du lieu : « C’est de la dégustation de produits fermiers. Nous ne faisons pas de production animale, sauf les abeilles. Si un jour on ajoute de la viande au menu, on inversera les choses : la viande sera l’accompagnement », dit-il en souriant. Tel que l’indique Laure, la seule viande qui pourrait éventuellement trouver sa place sur leur table serait le sanglier, mais ce n’est pas encore d’actualité.

Menu légumes et fruits du séchoir
Menu légumes et fruits du séchoir © Thomas Buyer

Ici, les plats se construisent autour des aromates et des légumes de saison. Laure affirme que c’est le jardin qui commandera le menu : « il évoluera au fil de l’été, c’est une conversation avec le jardin. J’ai semé ce qui y pousse, et c’est le jardin qui me dit quand c’est prêt ». Des légumes cueillis dans le potager et travaillés au quotidien, un savoir-faire dont Thomas est devenu l’un des principaux artisans. Il a d’ailleurs fallu protéger les cultures des sangliers et des chevreuils en installant des clôtures d’un mètre cinquante. « On profite de la biodiversité environnante, mais il faut aussi apprendre à cohabiter avec la faune », souligne Laure. Dans cet espace gourmand, seules les abeilles trouvent naturellement leur place, précieuses alliées qui permettent de produire le miel des ruches de la ferme.

Au rythme de la nature

Camping dans les bois de la ferme @Isabelle BF
Camping dans les bois de la ferme © IBF

Le mois de juin s’annonce particulièrement riche en nouveautés avec aussi l’ouverture d’un petit camping, une nouvelle étape que Thomas accueille avec enthousiasme : « C’est une diversification permise par le statut d’agriculteur. On a le droit à cinq emplacements ». Au-delà de l’aspect économique, une synergie s’installe déjà. Les vacanciers pourront profiter des légumes de la ferme, dans une continuité naturelle entre le lieu de production et le lieu de vie. Installé dans un pré/clairière d’un hectare, ce camping à taille humaine est abrité du soleil grâce à des toiles d’ombrage tendues au-dessus des 4 places. Ici, tout a été pensé dans le respect du rythme de la nature : une fauche tardive pour préserver les insectes, des chemins pour se promener, ainsi que des équipements essentiels, une douche et des sanitaires afin d’accueillir les visiteurs dans un confort simple mais soigné. Une parenthèse paisible, dans l’esprit de la ferme, où l’on vient surtout chercher le calme, la nature… et un peu de cette vie agricole partagée.

©IBF

À la Ferme du Séchoir, ces nouvelles activités viennent prolonger une même philosophie : faire vivre la terre dans toutes ses dimensions, sans la brusquer, en tissant des liens simples et cohérents entre production, accueil et partage. Entre le potager, les ruches, les tables végétales et désormais le camping, le lieu s’invente pas à pas, au rythme des saisons et des idées qui germent. Tout se construit avec patience, observation et respect du vivant, c’est sans doute là que réside l’essentiel : dans cette façon d’habiter la ferme autant que de la faire vivre, en invitant chacun à en devenir, le temps d’un repas ou d’une nuit sous les pins, un peu partie prenante.

• Écouter le reportage d’Isabelle à La Ferme du Séchoir