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Olivier Legay, sculpteur de la nature

Chat en noyer © D.R.
DE TOUT BOIS. Olivier Legay, revenu s'installer en Périgord noir, y exerce son art de la sculpture sur bois. Ébéniste de formation, il s'exprime dans toutes sortes d'essences. Le premier prix obtenu à un concours international à New York, en 2000, lui a donné l'élan nécessaire pour s'épanouir dans la sculpture, où son talent est largement reconnu. Rencontre avec un artiste très discret.

• Avez-vous eu une formation qui vous a conduit à la sculpture ?

Olivier dans son atelier © D.R.

Olivier Legay. Oui et non. J’ai passé un CAP de menuisier, puis un CAP d’ébéniste, formations qui m’ont apporté des connaissances techniques appréciables, mais ce n’est pas cela qui m’a dirigé vers la sculpture. Je n’ai pas trouvé mon compte dans une vie de menuisier ébéniste, je n’y trouvais pas ma place et, assez rapidement, j’ai connu la saturation des mêmes gestes et j’ai éprouvé le besoin de faire autre chose.

• Mais vous n’avez pas eu un apprentissage de la sculpture ?

Non, je suis un autodidacte dans ce domaine. J’ai eu dans l’enfance mon premier atelier, bien modeste, dans un placard de ma chambre. Adulte, la sculpture m’a été nécessaire pour me penser vivant, littéralement : exprimer ma vie. Ce sont les autres, le regard des autres, qui m’ont dit que mes bois appartenaient à l’art.

• Vous avez fait autre chose, disiez-vous…

Pinocchio © D.R.

J’ai voyagé un peu et, en même temps, je sculptais. Et puis je suis revenu en Périgord, à Montignac. Enfant, j’ai passé les vacances scolaires à La Chapelle-Aubareil où mes parents avaient une maison. Retrouver le Périgord avait pour moi du sens, c’était le lieu où je voulais reconstruire une autre vie, un havre de paix où je pouvais m’épanouir en travaillant le bois.

J’ai rassemblé des bois de toutes espèces et, pour gagner de quoi vivre, j’ai entretenu les bords de la Vézère, ce qui me convenait. J’ai fait ma première exposition en 1998 à Montignac, Place d’Armes, des sculptures et des tableaux. Le hasard m’a fait voir qu’un concours international de sculpture aurait lieu à New York en 2000 ; je travaillais alors à l’entretien du site de La Madeleine et je baignais dans la préhistoire, dans les œuvres de la préhistoire ; j’ai participé à ce concours et j’ai eu le premier prix pour une Vénus en châtaignier d’un mètre de hauteur — elle a été vendue par un galeriste de Londres.

• Vous pouviez à partir de là vous consacrer entièrement à la sculpture ?

Oui. Les marchands d’art m’ont permis de m’installer, de louer un lieu sur les hauteurs de Montignac et d’aménager une galerie dans la grange. Mon travail salarié était désormais à mi-temps et j’ai pu exposer à Saint-Paul-de-Vence, à Saint-Émilion, dans une galerie en Angleterre. J’ai pu aussi, grâce à un prêt bancaire, acheter une maison à La Chapelle-Aubareil où j’ai aménagé un atelier-galerie de bonne taille. Mais remettre en état la maison s’est vite révélé au-dessus de mes moyens.

Cheval de paix en chêne © D.R.

C’est à cette époque que j’ai rencontré Évelyne et, avec la vente de la maison, nous avons acheté une petite ferme du XVIIe siècle dans le Limousin où tout était à faire ; j’ai aménagé une galerie dans ce qui avait été une étable, j’ai continué à exposer. Mais j’ai eu besoin de retrouver mes repères en Périgord.

• C’est à ce moment-là que vous vous installez tous les deux, et pour longtemps, à Saint-Léon-sur-Vézère…

Oui, mais auparavant, il y a eu une petite période d’auto-destruction de ce que j’avais fait, sculptures, dessins, gravures, peintures, de tout ce qui me ramenait à des recherches auxquelles je ne tenais plus. Il me fallait passer à autre chose après une sorte de burn out, comme on dit aujourd’hui. Ma thérapie a consisté à prendre un chevalet et à peindre à l’extérieur, à retrouver un lien direct avec la nature.

Nous sommes restés 13 ans à Saint-Léon, dans des lieux différents, avec pour moi un retour à la sculpture et beaucoup d’expérimentations. En juin 2026, il y a eu une possibilité d’installer une galerie à Montignac, en face de l’ancien Prieuré. Montignac, pour moi, c’est un retour aux sources, la possibilité de travailler dans la paix, de m’exprimer par la sculpture.

• Aujourd’hui, vous êtes largement reconnu dans le monde de l’art.

fraternel © D.R.
Venus en frêne © D.R.

Ce qui compte avant tout pour moi, c’est l’expérience que je vis avec un morceau d’arbre, quel qu’il soit, châtaignier, chêne, orme, poirier, buis, etc. Chaque fois c’est le lien avec la nature qui importe, le bois m’a permis de m’éveiller, de grandir, de me réconcilier avec la vie, d’exprimer ce que je ne pouvais dire avec des mots. Encore une fois, il n’a pas été question d’art pour moi, cela est venu en dehors de moi.

Ce qui m’intéresse, c’est de faire passer une âme, c’est-à-dire de faire passer quelque chose de subtil qui est dans la nature. Pour beaucoup de marchands, il faut avoir « une ligne », cela n’a pas de sens pour moi : certaines de mes sculptures sont réalistes, d’autres suggèrent ou encore paraissent abstraites, mais malgré cette diversité apparente on m’a souvent dit que l’on reconnaissait l’unité de mes sculptures.

Evelyne Jardel au magasin © D.R.

• Vous sentez-vous proche de tel ou tel de vos prédécesseurs ou d’un de vos contemporains ?

On me situe par rapport à d’autres sculpteurs, mais le processus de création consiste à désapprendre ceux qui ont été à un moment donné une référence. Dans ma jeunesse, Rodin a été une référence et il m’a aussi permis de lire Rilke, dont il était proche, mais il ne l’est plus depuis longtemps, je m’intéresse autant à lui qu’au cubisme ou à l’art brut.

Ce qui m’importe c’est de poursuivre, j’ai le sentiment de ne faire que naître dans ces actes où j’essaie de donner forme à mon imaginaire, où construisant mes propres codes j’acquiers une forme de liberté, et cela n’est jamais acquis.

Tristan HORDÉ

• Olivier Legay travaille aussi sur commande. Il propose par ailleurs de délicats petits bijoux en bois (bagues, pendentifs).