Les 57 artistes qui se retrouvent pour la quatrième édition de la Ruée vers l’art ont dû jouer des coudes pour trouver une place à travers les nombreuses salles d’exposition aménagées pour leurs œuvres. Après l’ancienne Banque de France à Périgueux, le château de Bourdeilles et le cloître de la cathédrale Saint-Front, cette année c’est l’abbaye de Chancelade qui a accueilli cette fête de l’art du 18 au 27 septembre.

Jean-Luc Laville et ses amis de l’association Carpe Diem ont retroussé leurs manches pour créer l’événement une fois de plus. Plusieurs centaines de personnes avaient fait le déplacement pour le vernissage jeudi 17 septembre. Depuis, les salles ne désemplissent pas.
Les œuvres dispersées entre l’église abbatiale et la petite chapelle Saint-Jean, ainsi que dans les étages du logis de l’abbé superbement rénové, offrent un panorama gentiment hétéroclite des créateurs du Périgord invités à présenter des œuvres inédites. À l’image de Marcel Nino Pajot avec un magistral triptyque inspiré par le Golgotha, avec une foule déchaînée et son incontournable Don Quichotte, présentés avec deux intéressants croquis préparatoires. La sculptrice renommée Yvonne Clergerie, dont les personnages de bronze sont connus dans Périgueux et Hautefort, est venue avec une adorable collection de nus pour évoquer cette paix tant désirée.
Images d’anges et laque de Chine

Le photographe Raynald Aubert a ramené de ses voyages des images géantes d’anges accrochées à l’extérieur de l’abbatiale et d’autres plus intimes à l’intérieur. Patricia alias Pym, a perché ses oiseaux origamis et ses femmes aux yeux démesurés pour partager ses émotions, Mathéguy renoue avec l’art de la laque chinoise modernisée par ses expérimentations. François Bresson, inspiré par la mystique des lieux, livre ses peintures à l’imagerie religieuse. Quant à Anne Jaroussie, elle propose ses très grands formats colorés avec une foisonnante mythologie personnelle. Toujours surprenant, Christophe Chassaint transforme depuis des années des os de bovins blanchis en sculptures étonnantes qui font penser à de l’ivoire.

Francis Ringenbach a quitté l’atelier de Lascaux pour revenir à ses premières amours de sculpteur, avec une œuvre sémaphore qui accueille le public et une peinture dans laquelle il continue à jouer avec la matière. Véro et Didou sont descendus de leur colline de Trélissac avec leurs croix totems et leurs luminaires issus de la récupération de bidons, qui les ont fait connaître loin du Périgord. Arno Loth a depuis longtemps transformé son appareil photo en machine à cauchemars pour rire jaune d’un monde réel qu’il préfère oublier.

Hélène Lazowinsky s’interroge sur des vies perdues à travers des visages et des regards. Dans la chapelle, Michel Valeyre a reconstitué le chemin de croix du Christ à partir de bois trouvés. Ze Wang, Chinois installé en Périgord, raconte son Sichuan natal à partir d’images à l’huile. Sans oublier le jardin secret luminescent de Christophe Ossard que l’on ne peut découvrir qu’en poussant une porte fermée au fond de la nef. Il faut savoir être curieux à la Ruée vers l’art.
• Jusqu’au 27 septembre, de 10 heures à 18 heures, entrée gratuite.
Le nouveau logis de l’abbé

Après une vingtaine d’années de réflexions, de recherches de financements et de travaux souvent modifiés, le vaste bâtiment à l’arrière de l’église abbatiale de Chancelade est aujourd’hui totalement rénové et opérationnel. Des hébergements, des salles de réunion, un café associatif et une boutique font vivre ce monument historique sauvé de la ruine.
La ruée vers l’art est l’une de ses premières opérations grand public, mais ce lieu a pour vocation d’être à la fois un centre spirituel et d’accueil. Des conférences, des séminaires et toutes sortes de manifestations peuvent y être organisés. Il est à la fois géré par les frères de congrégation de Saint-Victor autour du prieur Louis de Romanet et par l’association des Amis de l’abbaye que préside Gibert Coudassot.









