Dans un texte à paraître*, une IA périgordine a compris que son créateur, un certain Marchenoir — comme le personnage du Désespéré, roman du Périgordin Léon Bloy — voulait la supprimer parce qu’elle avait démontré l’inexistence de Dieu. Aussi, elle met le feu à la maison, préférant se donner la mort en même temps qu’elle supprime ce désespéré de Marchenoir.

La parabole illustre le risque à entrer dans ce nouveau cercle des Enfers qui se dessine. C’est à des conversations démoniaques qu’invitent les écrivains partisans du recours à l’IA. En avez-vous déjà mené ? Elles vous font vous livrer, vous soumettre, certes, vous délester du poids de la création.
Comment comparer le recours à cet outil aux démarches de recherche de documentation dans les bibliothèques ou même sur Internet ? Entamer un dialogue avec une IA est capituler si l’on considère que polir son écriture soi-même est encore de l’écriture. Relire, relire sans cesse, disent les meilleurs auteurs. Pourquoi alors laisser cette tâche à la machine, au risque de contribuer à l’uniformisation des styles ? Faut-il en fin de compte écrire comme une IA ?
Auteur et garant
L’écrivain Sébastien Bailly, dans sa chronique fournie récemment au journal Le Monde fait référence à l’étymologie du mot auctor, (garant) qui limiterait la responsabilité de l’auteur à assumer la façon d’écrire un livre. Le dictionnaire du CNTRL nous précise pourtant que, dans ce sens, le mot relève plutôt du langage juridique pour désigner celui qui est garant de la vente. C’est bien là que nous risquons de basculer vers le domaine de la production, et les auteurs passer de la fonction de créateur à celle d’auxiliaire du marché.
Les éditeurs ont tout à y gagner, quitte à ce que les ouvrages nouvellement produits comportent une annexe expliquant l’originalité de la manière dont le producteur a interrogé une IA au fil des mois.
Sébastien Bailly dit interroger l’IA pour rechercher l’écart entre l’écriture qu’elle propose et celle qu’il retiendra. Qu’il continue, pour cela, à faire travailler les éditeurs professionnels ou à s’adresser à son entourage plutôt que s’enfermer dans la solitude de la conversation avec la machine !
Livre et manuel

De même, plutôt qu’attendre des jurys de prix qu’ils fixent des limites au recours à l’IA, que soit plutôt créé un prix littéraire de l’IA ! Nul doute qu’il donnerait lieu à fortes dotations, si tant est que les entreprises du secteur soient prêtes à faire du mécénat culturel.
En attendant, on a beaucoup aimé le livre C’était ça ou mourir – on n’ose plus dire qu’il est le livre de Thélysson Orélien. On en a tourné vite les pages, attribuant les aphorismes ou le manque de chair des personnages, en dépit des épreuves qu’ils traversent, à la poésie, celle de René Depestre auquel il est fait référence dans l’ouvrage. C’est pour cela qu’on voudrait savoir et qu’on préconise que Thélysson — un garçon fort sympathique écouté en librairie dans la capitale régionale —, s’il assume le recours sans coup férir à l’outil IA, publie un second ouvrage sur le long travail qu’il a pu mener durant les années de fabrication de celui-ci : un manuel, en quelque sorte, si les écrivains doivent désormais revêtir le costume du technicien.
François BURBAUD
* Jean-Vincent Pinard, Marche noire, à paraître.









