Accueil BIEN aimé Daniel L’Homond, un artiste qui « contera » toujours

Daniel L’Homond, un artiste qui « contera » toujours

© Archives SBT
ADIEU L'ARTISTE. Cette grande voix du Périgord à rejoint l'espace du silence. Le 22 avril, Daniel L'Homond nous a brusquement quittés, sur son coin de terre de Saint-Julien-de-Lampon où son esprit faisait fleurir de savoureuses histoires, qu'il contait de son phrasé si singulier, dans une rondeur occitane.

Reconnaissable entre toutes, la voix de Daniel L’Homond embarquait d’emblée son auditoire pour le faire voyager loin, vers des contrées imaginaires et de fantastiques histoires conçues à l’orée du réel, pour qu’on puisse y croire vraiment. Les Périgourdins, en tout cas, faisaient à coup sûr confiance à son accent, à l’occitan qui certifiait ses récits.

Son talent de conteur était la partie sonore d’un tout qui plongeait profondément dans le formidable pouvoir des mots, avec lesquels il jouait avec délice, malice, gourmandise, et nous succombions au sortilège, à la magie de situations invraisemblables et pourtant follement crédibles. Par la force de l’humour, de leur portée symbolique, de la poésie.

Dire et écrire

Les mots, domestiqués sur scène (Tokyo Blues Express, Parfois les arbres, Contes de Lascaux….) et à la radio (au moins dix milliers de contes) pour des générations d’auditeurs de “Radio Périgord”, étaient aussi couchés sur le papier : Les lieux disent, toponymie contée chez Fédérop ou Sacré quotidien aux éditions Fanlac, Le Bestiaire et Dernières nouvelles (chez le même éditeur, ce dernier avec les complices Bonnefon, Salinié, Chavaroche et Pajot), Légendaire du Périgord aux édition de La Lauze, sans oublier des parutions en occitan à l’IEO.

Daniel L’Homond apprivoisait l’indicible, il réconciliait racines locales et universalisme. Il savait raviver les légendes populaires d’hier avec des mots d’aujourd’hui, et inventer des envoûtements qu’on pensait venus du fond des âges. Précis dans ses descriptions de pure invention, tendre dans ses portraits, il parlait à bout touchant à son public. Pour ce conteur, « les mythes et légendes portent les langues parlées, les images cachées, les saveurs révélées, et les costumes de cette parcelle de Terre. En cela – en cela seulement – ils appartiennent au patrimoine du Périgord. Pour le reste, leurs âmes ne diffèrent pas des âmes des contes inuits, ni des âmes des contes zoulous ». De son séjour au Japon, il conservait une affection pour le haïku, quelques syllabes ciselées pour un maximum d’émotions.

Une voix inimitable

© Archives Daniel L’Homond

Après une jeunesse de grand voyageur, façon ”Sur la route” de Kerouac où il chantait et enchantait les curieux de tous les continents, il s’était solidement ancré à Saint-Julien-de-Lampon, d’où il laissait voguer et divaguer son esprit sur les rives de la Dordogne et bien au-delà. Il y avait fondé une maison des contes, polymorphe et mobile, dans une partie de l’auberge de la Gabare, avec son exposition Contémythélégendes du Périgord. Et le festival de contes Le Lébérou.

On ne se lassera pas d’entendre, parce que sa voix lui survivra, la fantaisie du Rémouleur de mots usés ou les péripéties de ses voisins de Saint-Paganoul. Mais avant de retrouver le plaisir de la compagnie, désormais virtuelle, qu’il vient de nous fausser si brutalement, l’heure est à la tristesse et aux nombreux hommages qui décrivent l’ami (Jean Bonnefon, compagnon d’antenne à France bleu et Aqui TV), et l’ambassadeur du Périgord qui « portait avec une rare intensité la culture occitane, dont il faisait vivre la langue, les récits et l’esprit à travers chacune de ses prises de parole » souligne Germinal Peiro. « Artiste libre, il avait su transmettre, avec générosité et passion, un patrimoine vivant et une mémoire collective précieuse. »

(Partage d’un article que j’ai écrit en 2015 pour le magazine Périgord Dordogne du CDT)
© Archives SBT

« Mon accent me permet de bousculer le français, avec une musicalité troubadouresque. Pour le conteur, l’accent enrichit assurément la langue.» Daniel L’Homond

D’abord une présence. Le verbe rond, l’accent assumé et les yeux azurés, Daniel L’Homond est un homme affable et, surtout, un homme qui conte. Toutes sortes d’histoires sorties de son imagination débordant. Ses mots voyagent hors de nos frontières, ils se fixent dans des livres (mais il faut bien distinguer orature et littérature, dit-il) et sur des CD, voguent sur les ondes de France Bleu Périgord et des ateliers de création de Radio France. Mais surtout, Daniel aime les faire jaillir sur scène, au rythme d’un spectacle créé tous les trois ans. « Au fil des ans, je me suis aperçu que c’était un métier de chercheur. » Dans quelle direction ? « Pour le conte scénique, je cherche l’aspect cinéma, séquentiel, avec des flash-back, je travaille sur la forme. Je me considère comme un fabricant d’images, avec la symbolique du conte et le mythe qu’on retrouve, qu’on réinvente. L’âge me rend plus paisible, je me mets toujours en jeu en ayant davantage conscience que je suis en marche, c’est le chemin d’un artiste. »

La réalité, support de l’imagination

Bien conter, selon Daniel, c’est poser son verbe, avoir un souffle en phase avec le public et avec soi, faire démarrer une intrigue, boucler une histoire, animer des personnages, tout cela avec peu de moyens. « Le défi du conteur, c’est l’esquisse, un croquis que les gens colorient à leur guise. Cela tient de l’épure.» Il aime aussi insérer une ou deux chansons dans mes spectacles. «Je dois aussi créer un lien avec le public, que je me trouve au Québec ou en Périgord. » Daniel essaie de tenir un chemin qui, partant du local, tend à l’universel. « Ce qui ne veut pas dire uniforme, loin de là ! ».

« Mes racines me servent de tremplin. » Comme pour mieux revenir en Périgord, sa jeunesse fut vagabonde, sur la route façon Kerouac. « J’ai fait la manche à Sarlat, je suis parti en Grande-Bretagne, aux États-Unis, en Sibérie, au Japon. » Il voyage et tourne régulièrement. « Ma priorité, c’est mon métier. » Récemment invité en Suisse, il a conté dans une distillerie d’absinthe, « là-bas, c’est légal ! », il fréquente l’un ou l’autre des 200 festivals de conte français. Mais il se produit aussi à l’étranger, parfois en anglais ou en espagnol. Et l’occitan toujours en trait d’union. « La langue est une matière première essentielle, la chair de la langue diffère, sa rythmique, sa poétique. »

« Ce qui m’inspire, ce sont les relations humaines, soumises à la géographie et au social. Le Périgord est à ce titre bien particulier. »

Avec 6000 contes au compteur, Daniel se dit maintenant que si une histoire tient la route, il suffit de changer l’habillage et elle peut marcher partout et toujours. « Si un conte est bien bâti, les structures supportent tous les décors. » Si l’atmosphère est la même, les intrigues varient. « Comme un photographe dans un même parc depuis des années ne prend jamais la même photo. » Le fameux village de Saint-Paganoul ressemble fort à son port d’attache de Saint-Julien-de-Lampon, aux confins du Quercy : Daniel y dérive vers d’autres horizons, « avec ma propre fabrique à l’intérieur du cerveau ». Du talent et du travail. « J’écris de moins en moins, je me libère de la peur. J’ai une trame, je la connais par cœur et je l’habille ensuite. » Le conte peut s’adresser aux enfants ou aux vieux à la veillée, mais pour Daniel il concerne tous les publics. « L’imaginaire de chacun tient à son vécu, l’écoute enrichit l’univers que je partage. »

Musique et cinéma nourrissent son inspiration du moment, coïncidences magiques et insolites aussi. De l’émotion et, le plus souvent, un sourire. « Pour se permettre d’imaginer autant de choses, il faut s’attacher à la réalité. »