Le créateur de Serra Paysages, Serra Environnement (entretien) et Infiniflore (funéraire) a constitué depuis ses débuts, en 2011, une équipe de 40 salariés qui contribuent à changer l’approche de l’environnement. « J’ai la chance qu’on me laisse carte blanche et qu’on me confie des projets créatifs, avec des demandes parfois surprenantes, sourit-il. Récemment une jardinière pour une tortue, intégrée dans un jardin. » Résolument optimiste, dans le monde tel qu’il va, il cultive l’adaptation constante et l’apaisement.
Au départ, Franck Serra voulait juste « créer des jardins et être autonome ». Ce qui l’intéressait, c’était d’avoir un motoculteur dans les mains, mais « on me poussait à rester en filière générale au collège, on me disait que je n’allais rien faire de ma vie ». Il tient en quelque sorte sa revanche en intervenant dans les écoles, « comme dans celle où j’ai grandi, au Pizou, pour dire que tout est possible pour ceux qui n’entrent pas dans les cases ». Il constate que si de vieux réflexes demeurent, l’accompagnement des entreprises dans l’accueil d’apprentis a vraiment évolué.
L’éducation qu’il a reçue a développé son sens des responsabilités autour de la valeur travail. Et sa grand-mère lui a transmis l’amour des plantes. À 17 ans, il avait quitté le cocon familial et à 22 ans, en sortie de BTS, l’apprenti n’avait rien à perdre en sautant dans l’inconnu de la création d’entreprise. « Je trouve que ceux qui se lancent plus tard, avec avoirs et famille, sont bien plus audacieux ! » Un coup de tronçonneuse dans la main aurait pu tout faire basculer la 2e année. Mais cette prise de recul forcée s’est révélée salutaire : il a passé ce temps suspendu au contact de clients et en création de projets.
Redécouverte du cadre naturel

L’autre période marquante de son parcours, un arrêt forcé là aussi, c’est la crise sanitaire de 2020 et, surtout, le changement radical qui a suivi, « trois ans de folie : les jardins sont devenus l’indispensable complément d’un intérieur ». Le flux des transactions immobilières et des déménagements a ralenti, et donc les aménagements extérieurs aussi. « Mais quel que soit le projet désormais on végétalise, on désimperméabilise les sols, les politiques publiques sont plus vertueuses. Les mots biodiversité et climat sont beaucoup plus courants, ce métier est en évolution constante.»
Franck Serra a su valoriser ce « métier aux mille métiers » lors des concours au plus haut niveau qu’il a remportés avec ses équipes : Carré des Jardiniers (maître jardinier, coup de cœur des étudiants), Jardins Jardin aux Tuileries, invité d’honneur au festival de Chaumont sur Loire… Un plein de reconnaissances. Il siège maintenant dans des jury, faute d’autres concours à remporter !
La moitié de l’activité se déroule chez les particuliers, dont il traite encore l’essentiel des commandes. « Je tiens à écouter et conseiller les clients, concevoir, faire le lien avec la production et le référent d’équipe sur le terrain. » Si tous ses jardins ne se ressemblent pas, on les reconnaît aux matières premières issues du Périgord, bois et pierre travaillés avec le végétal, pour une transformation plutôt que la pose d’éléments préfabriqués.
Faire pousser son affaire
La moitié du chiffre d’affaires — qui a bien poussé, de 650 000 euros à 5 ans, puis 2 M€ à 10 ans jusqu’à 3,8 M€ en 2025 — concerne les collectivités, avec des projets qui ont du sens, « végétalisation des écoles, une dizaine en 2025, des écoles dont je rêvais quand j’étais enfant ». Et le zéro pesticide a orienté la réflexion sur les espaces publics, « on accueille la nature plutôt que de vouloir la maîtriser », jusque dans les cimetières. Le regard sur la propreté a évolué, l’heure est venue de « faire avec la nature et pas contre elle ».
L’autre talent de Franck Serra, c’est la gestion de son entreprise : efforts sur la structure, organisation au quotidien, réunion mensuelle sur des sujets abordés en collectif, et «management participatif dans l’esprit CJD » même si le dirigeant, après dix ans d’adhésion, s’implique désormais à l’APM.

L’entreprise continue de se développer, avec l’acquisition de terrains autour du siège de Coulounieix-Chamiers, près de l’autoroute, pour du stockage plus efficace. « Et nous allons continuer à nous structurer, à dépasser les croyances limitantes. Nos process nous ont permis de réduire les SAV. La prochaine étape consiste à créer ici des jardins à thème pour accueillir les écoles et les visiteurs, dans une promenade commentée, avec des ateliers interactifs et des animations. » Et depuis ce mois de mars, il accueille des enseignants pour un “vis ma vie” dans cette entreprise du paysage qui prévoit une réciprocité en classe.
Nature et culture
La marque employeur véhiculée par les nombreux concours remportés par Franck Serra attire de jeunes talents. « Leur motivation repose sur des valeurs qui nous réunissent. On est au contact de nouvelles pratiques et ça les intéresse. » Le dernier recrutement portait sur le bureau d’études.
Les conditions matérielles sont attractives et l’équipe est fidèle aussi à un état d’esprit. Une attention particulière est apportée à la formation, avec une trentaine d’apprentis en quinze ans.

Le plus ancien apprenti est devenu bras droit du fondateur. Clément Rouret, qui avait repéré l’entreprise pour son BTS en apprentissage, a rapidement évolué : entretien en autonomie, second de création puis chef d’équipe, il se consacre actuellement à la logistique d’entreprise (gestion des matières premières).
Le plus récent arrivé y parle d’avenir avec foi. Lui aussi conquis par la diversité du métier et la dynamique d’une équipe stable, Théau Lampin est arrivé par l’intérim, quittant l’agroalimentaire pour le travail en extérieur lors du Covid, puis en CDD avec l’envie de rester. Il apprécie le confort de travail dans un métier pourtant physique, et l’harmonie humaine.









