Accueil BIEN ensemble « On n’est pas des bêtes sauvages »

« On n’est pas des bêtes sauvages »

Jérôme et Miller © B.R.
QUELLE DIFFÉRENCE ? Samedi 13 juin, Jérôme Mailly et son époux Miller, les propriétaires du restaurant Quai Vézère, au Bugue, organisent une soirée pride pour sensibiliser à l’homophobie.

« Je suis le fils d’un docteur et d’une infirmière, c’est-à-dire des gens qui avaient pignon sur rue. Nous vivions en milieu rural et, adolescent, je devais me cacher pour vivre ma sexualité. Parce que je ne voulais pas que mes parents soient ennuyés avec ça par les gens. C ‘était une façon de les protéger. » Jérôme Mailly a aujourd’hui 45 ans, tient un restaurant au Bugue et est en paix avec son homosexualité.

Les jeunes plus homophobes ?

La preuve, il est marié et Miller, son époux, travaille avec lui, au grand jour. Samedi 13 juin, ils organisent d’ailleurs une soirée pride dans leur établissement, le Quai Vézère. « On ne veut pas faire de politique, assure le patron. Le drapeau LGBT+ flotte 365 jours par an sur la terrasse. L’idée de cette soirée est de se réunir, de partager et de faire tomber les clichés. » Être homo en milieu rural, cela peut ressembler à un défi. Pas pour Jérôme et Miller, enfin, pas autant qu’on pourrait le penser. « Ici, on est assez protégés, estime le patron. On a plutôt été bien intégrés dans la vie du village. On est là depuis deux ans et demi et, je pense qu’on a fait notre place. »

© Quai Vézère

Cela dit, les actes homophobes existent encore. Et, étonnamment, cela vient souvent des plus jeunes. « L’autre jour, Miller est passé sur la place et il y avait un groupe de jeunes, raconte Jérôme Mailly. L’un d’entre eux l’a vu et a dit “oh, t’as vu le pédé !”. Ce n’était pas des gamins d’ici. Mais, oui, aujourd’hui, cela vient plus souvent des jeunes. » Selon lui, tout part de l’éducation, ou du manque d’éducation.

Éduquer pour sensibiliser

« Et, il y a également le problème de la religion, estime le restaurateur. Et, quand je dis la religion, je parle en général. Et, même si le regard des gens évolue dans le bon sens, il y a encore des incivilités à l’égard des homos. Bien sûr, cela n’est pas comparable avec ce qu’il se passe dans certains pays. Mais ça existe. Peut-être faudrait-il mener des campagnes de sensibilisation au niveau national ? »

Quand on lui demande si, 30 ans plus tard, il se cacherait encore pour vivre sa vie amoureuse, il répond sans détour. « Je pense honnêtement que oui, lâche-t-il. Encore une fois pour éviter les commérages et protéger mes parents de tout ça. C’est d’ailleurs pour ça que je suis parti assez jeune de la maison. Pour pouvoir vivre ma vie. » La soirée du 13 s’annonce donc, avant tout, comme un moment de partage et de tolérance. « On veut montrer aux gens qu’on n’est pas des bêtes sauvages, sourit Jérôme. Nous sommes des chefs d’entreprise, qui avons les mêmes problématiques que les autres. Les homos ne sont pas différents, ce sont des gens qui ont un emploi, l’envie d’aimer, de construire une vie à deux, qui ont des joies, des peines, comme tout le monde. »

Cette soirée est, bien entendu, ouverte à tous, surtout aux dubitatifs, histoire de se rendre compte qu’être homo n’est ni une tare, ni une maladie, ni même un choix. Seulement une orientation que l’on assume plus ou moins facilement en raison du regard des autres.

• À voir : le long métrage Pédale rurale, d’Antoine Vazquez, un documentaire tourné en Périgord vert et produit par Novanima (Castels).