
En 2019, Olivier Maillet s’est absenté du monde des vivants pendant 35 minutes de mort clinique et cinq semaines de coma. Au terme d’un combat acharné, d’abord trois personnes à son chevet pour un massage cardiaque désespéré avant la prise en charge médicale, puis la réanimation obstinée entre interventions et lourd appareillage, et trois mois d’hôpital pour reprendre allure et fonctionnement humains, il a repris le cours de sa vie.
De cette incroyable traversée, l’homme aux multiples talents — pédagogue, musicien, comédien, plasticien, auteur, animateur d’ateliers d’écriture théâtrale… il vient chaque été en Dordogne avec ses stagiaires pour créer un spectacle — a tiré un spectacle et un livre. Il était sur scène le 19 août dans le petit théâtre du Jardin d’hélys-œuvre, avec son indispensable et discrète compagne Gaëlle, chaque jour à ses côtés à Bichat pour surmonter les épreuves et dans l’ombre de la régie lors de ses tournées.

LO-renzo, coanimateur du lieu de culture à Saint-Médard-d’Excideuil, et Olivier Maillet se sont rencontrés en 2000 à l’exposition de jeune création de La grande halle de La Villette, où ils avaient tous deux postulé, « il y avait recréé son appartement et les soirées qu’il passait avec ses amis ». Amis qui ont compté au moins autant que les médecins et sa ténacité dans sa guérison. « Je me souviens d’être allé le voir au moment où il réapprenait à respirer et à faire travailler ses poumons, une séquence décrite dans le spectacle. C’était éprouvant pour lui… et pour nous de le voir s’étouffer ainsi, sous surveillance infirmière. »
Plus fort qu’avant
Il faut un sacré élan vital, ajouté aux bienfaits de la science, pour apparaître tel le commun des mortels aux yeux de ceux qui ne sauraient rien de son aventure de « coma des mortels ». À voir ainsi Olivier Maillet sur scène, on lui donnerait volontiers du “beau gosse” sans concession ; ce qu’il raconte entre cruelle lucidité et humour mordant pourrait relever d’une fiction sortie d’un esprit malade si l’exploit n’était certifié de source sûre.

35 minutes de mort clinique 100 % reconnue par la médecine. Ça vous fait peur ? Ses ”vacances au bord de la mort“ ont pourtant généré un spectacle à la fois cocasse et émouvant, une bouffée d’optimisme et de surnaturel. Il s’inflige des jeux de mots pour mettre à distance ce périlleux périple, préférant prendre la situation du côté d’une tragédie drôle plutôt que de cette drôle de tragédie, pour mieux cacher la peur et encaisser le supplice. Le voyage initiatique s’échappe bien au-delà du ticket de validité d’existence terrestre (12 minutes d’arrêt cardiaque c’est déjà la mort assurée, alors 35 minutes !), ni long fleuve tranquille ni traversée du Styx.
« Ça biche pas à la réa de Bichat »
Trois mois durant « aux frais du contribuable », contredisant tous les pronostics, entre Elephant Man et portrait de Bacon, l’homme se voyait “re-mourir” à chaque effort, et il en fit beaucoup, d’abord malgré lui puis en engageant tout son capital vital, et les intérêts.

Suivons le miraculé — on peut user du mot sans abuser puisque seulement 0,1 % des victimes d’un tel choc en sortent indemnes — dans sa rédemption sous acide : les poisons administrés ont coloré ses souvenirs, défiguré les soignants, zappé les êtres chers pourtant fidèles à ses côtés ; partons à la rencontre de la belle Gaëlle, plus que jamais vivante pour eux deux, partageant ce parcours du combattant, avec deux enfants à préserver du pire. Ça commence par le début de la fin. Et puis la fin devient un début.









