Accueil BIEN aimé L’appel du feu

L’appel du feu

GRAND AIR. Avec Coyotte, un formidable récit, on avait laissé Sylvain Prudhomme au bord de la frontière entre États-Unis et Mexique. Il revient, pour la rentrée littéraire, avec une sorte de polar de portée existentielle intitulé De l’autre côté du lac, dont l’intrigue semble se dérouler dans un massif alpin. Le livre de l’auteur fait bien sûr partie de la première liste pour le Goncourt.

Aucun lien de Sylvain Prud’homme a priori avec le Périgord, même si l’exercice d’écriture auquel il se livre brillamment dans son dernier livre aurait tout aussi bien pu avoir lieu, avalanches ou faune et flore mises à part, sur l’une de ces collines du Périgord Noir où l’on expérimente une sorte d’appel.
La protagoniste de De l’autre côté du lac, Paula, est une photographe rêvant de prises de vue argentiques qui exprimeront véritablement ce qu’elle ressent. Et ce n’est pas le moindre intérêt de l’ouvrage de présenter ainsi la photographie comme une allégorie de la quête de soi.

Le narrateur a croisé Paula alors qu’elle descendait de la montagne et, sous l’emprise d’un coup de foudre non-dit, ne va cesser d’essayer de la retrouver alors même qu’on a perdu sa trace au-dessus du lac au bord duquel elle était repartie seule séjourner.

Il reconstitue ce qui a pu se passer, prenant des pistes aléatoires comme ces vires vertigineuses où s’aventure Paula et où se sont risqués d’autres qui ont mal tourné et dont le but du cheminement était aussi de pénétrer dans cette réserve naturelle située au-dessus du lac, toute grenue d’arbres, aux pentes abruptes.

Feu sacré

Qui épie Paula, qui s’approche la nuit de sa cabane, qui l’appelle ? Différents personnages du roman ont pu le faire. Et parce qu’elle a distingué une fumée, Paola restera jusqu’au bout, même après qu’un hélicoptère soit monté après l’avalanche déclenchée par les coups de fusil de chasseurs-pêcheurs.
Le feu est ainsi un élément métaphorique, celui que devinera Paola mais aussi celui qui brûle en elle.

Tout est fluidité dans la manière d’écrire de Prudhomme. Foin même des guillemets qui ralentiraient le rythme du langage oral. Foin aussi de toute psychologie. On ne saura rien de l’enfance de Paola, on apprendra seulement des choses de son récent passé et d’une rupture amoureuse.
Comme d’autres auteurs importants, Céline Minard, pour Le grand jeu, 2015, ou Maylis de Kerangal, tentées aussi par la vie en extérieur, Prudhomme est un écrivain de l’expérience, soit de la manière dont on se confronte au monde, en toute conscience, avec les gestes de l’instant.
Un ouvrage pour imaginer son propre horizon.

François BURBAUD

• Sylvain Prudhomme, De l’autre côté du lac, Éditions de Minuit, 2026, 280 p., 22 €.