L’idée est née il y a quatre ans chez Didier Sourisseau, un Périgordin qui a fait une belle carrière dans la multinationale Crown, leader des fabricants de boîtes métalliques. Ce mélomane a eu envie d’aider de jeunes musiciens venus des plus grandes écoles de musique classique d’Europe, en les invitant à des masterclass encadrées par les meilleurs professeurs. Pas question de faire payer ces jeunes talents, il veut les aider à progresser. « Quand on a eu une belle carrière, vient un jour le temps de la restitution. Certains s’achètent des montres, des yachts ou des voitures. Ce temps où l’on rend ce que la vie vous a donné. Je m’étais dit : le jour où tu partiras à la retraite, tu aideras des jeunes. Les jeunes musiciens sont des exemples pour les autres ».

Ainsi est née l’association Ad Manaurem 1762. Le nom vient de Manaurie, sa maison familiale de Saint-Martin-de-Fressengeas où ses pas l’ont toujours ramené. La date jointe étant à la fois celle de sa probable construction, mais également l’année des premiers morceaux composés par le jeune Mozart, à l’âge de six ans. Unité de lieu et de temps pour ce projet autour duquel Didier Sourisseau a fédéré du monde et des moyens pour mettre en valeur le Périgord vert. Saint-Jean-de-Côle est le lieu d’accueil pour les répétitions, dans le château de la Marthonie. Les concerts de restitution se déroulent dans l’église voisine.
Six pianistes et trois quatuors à cordes
La troisième édition de ces masterclass internationales se déroule du 27 juin au 4 juillet. Les pianistes ouvrent le bal pour une semaine avec Christopher Hinterhuber, professeur réputé de l’université de musique de Vienne, qui officie durant une semaine avec bienveillance et talent auprès de six jeunes solistes.
Chez les pianistes, on rencontre la Polonaise Joanna Goranko de l’université de Zurich, le Roumain Dominique Illisz et la Japonaise Riko Imai de l’université de Vienne, Arthur Kokerai originaire du Zimbabwe de l’Académie royale de Londres, le Taïwannais Darren Sheng et la Franco-Croate Mila Gostijanovic du conservatoire national supérieur de Paris.
En août, pour la deuxième année, trois quatuors à cordes viendront étudier du 22 au 29 août avec le professeur Johanes Meissi de l’Université de Vienne. Le quatuor Aiolos (Chine, Autriche et États-Unis) basé à Vienne, le quatuor Galilée (Palestine) basé à Paris, le quatuor Sostenuto (Norvège) basé à Londres.

Tous ces élèves ont été choisis par leurs professeurs après des appels à candidatures. Le directeur artistique des masterclass valide la cohérence du groupe. Les cours individuels vont dans le détail de l’exécution d’un morceau choisi jusqu’à la posture de l’instrumentiste. Ils se déroulent dans un grand salon de l’étage du château de la Marthonie, du XVe siècle, mis à disposition par le propriétaire Thierry de Beaumont-Beynac.
Ils ne sont pas ouverts au public, seulement aux autres élèves qui profitent des conseils. Deux pianos trois-quart de queue trônent au centre de la pièce. Il a fallu un transporteur à chenilles pour faire gravir les escaliers à ces imposants instruments !
Un financement de 45 000 euros
L’opération a demandé un fort investissement de son fondateur Didier Sourisseau. « Elle nécessite de trouver de l’argent. Je me suis engagé à trouver durant cinq ans comment financer l’association avec des membres, des subventions, des partenariats, du mécénat… Elle est devenue d’utilité publique. » Le budget annuel est de 45 000 euros pour les deux masterclass. Les jeunes musiciens sélectionnés sont totalement pris en charge par Ad Manorem 1762 : voyage, hébergement et restauration, pédagogie. Cette belle expérience professionnelle pourra figurer dans leur curriculum vitae grâce à la réputation des enseignants.

Les jeunes musiciens profitent des enseignements et des conseils personnalisés du maître de musique Christopher Hinterhuber, dans une ambiance à la fois studieuse et décontractée. Un moment rare dans un très beau lieu. En dehors des cours, ils continuent de répéter et se retrouvent entre eux, évidemment avec la musique en partage. Didier Sourrisseau tient à très bien les accueillir et s’en amuse : « Nous n’oublions pas que nous sommes dans le sud-ouest, il est important de bien manger ! Demain, ils seront nos ambassadeurs du Périgord ».
Ces jeunes originaires du monde entier qui viennent de grandes villes, trouvent évidemment magique ce séjour en Périgord vert. Ils sont logés dans des gîtes de caractère et peuvent travailler dans l’Orangerie, un bâtiment restauré à la Manaurie. « Ils sont extraordinaires. L’autre jour, j’ai assisté à la répétition d’une pièce de Bach que je ne connaissais pas, c’était à tomber par terre », témoigne en souriant le président d’Ad Manaurem.
Cette année, pour la première fois, Lara Liu, professeure de piano originaire de Taïwan qui vit à La Chapelle Faucher, donnera un cours de posture devant le piano : « C’est une méthode mise au point dans les années 30 par Moshé Feldenkrais qui évite d’avoir besoin d’un kiné ».
Un coup de cœur
« Toute une microéconomie s’est greffée autour des masterclass. Elles représentent 300 nuitées et 1000 repas », souligne Patrick Spinosa, qui assure la communication. Ils font travailler les restaurants, traiteurs et commerces du coin, mais également les transports depuis les aéroports de Bordeaux ou Limoges : pour les quatuors, il faut louer des vans pour les instruments.

Les pianos de concert sont loués non loin de là, en Haute-Vienne, à Chalus, au Domaine du piano, qui possède un remarquable parc d’instruments anciens. Deux pianos de cours dans le château, des pianos droits pour les répétitions dans les gîtes, et surtout, pour la soirée dans l’église un grand piano de concert Steinway : « la Rolls du piano de concert, comme dans une salle parisienne ».
Les élus du secteur, même s’ils n’ont pas beaucoup de budget, aident au mieux l’opération. Raphaël Chipeaux, maire de Nantheuil et président de la Communauté de commune du Périgord Limousin, Thierry de Beaumont-Beynac, maire de Saint-Jean de Côle, l’un des plus beaux villages de France, sont en première ligne.
Le Conseil départemental apporte aussi son aide dans un secteur géographique où les concerts sont moins fréquents qu’en Périgord noir. Patrick Spinosa défend cette spécificité qui offre une belle affiche non élitiste à Saint-Jean-de-Côle. « Il y a dans le secteur très peu de projets de cette envergure. Le concert de restitution permet à 200 à 300 personnes d’en profiter ».
Ad Manaurem a été remarqué par un coup de cœur au Printemps des dynamiques économiques en Périgord, lors d’une soirée devant de nombreux chefs d’entreprise, le 2 juin, à Périgueux.
Deux concerts dans l’église de Saint-Jean-de-Côle
La restitution de la masterclass des pianistes se déroulera avec un concert dans la belle église Saint-Jean Baptiste, située sur la place de Saint-Jean de Côle, vendredi 3 juillet à 19 heures. Les six concertistes passeront chacun leur tour pour jouer une œuvre choisie et travaillée avec le maître Christopher Hinterhuber. Les titres ne seront connus que le soir du concert. On sait qu’il y aura du Bach, du Brahms et peut-être du Mozart. Ce sera tout le plaisir de la découverte de morceaux plus rares.
Les trois quatuors à cordes donneront leur concert de restitution le 28 août à 19 heures, toujours dans l’église.
Les réservations recommandées se font sur le site et HelloAsso. Les places sont à 20 euros. Voilà une bonne occasion de faire un tour dans le beau village de Saint-Jean-de-Côle un autre jour que pour ses célèbres Floralies du mois de mai.









