Accueil BIEN ailleurs BIEN aimé Un diagnostic historique

Un diagnostic historique

© Jacques Boireau
PANDÉMIE. En nous entraînant dans le monde médical du Moyen Âge en Périgord, Bernard Fournioux nous permet de relire la crise sanitaire que nous traversons et de la relativiser, même si cela n'efface en rien le nombre de victimes de ces derniers mois.

À la lueur de cette plongée dans des temps d’obscurantisme et de dénuement, on apprécie que mieux le soutien des institutions publiques actuelles, notre Sécurité Sociale et les progrès de la science. Le très discret historien Bernard Fournioux défriche un pan méconnu du Périgord en auscultant le monde médical, du XIIe au XVe siècle. Les sources sont peu nombreuses : il les a traquées et disséquées dans les registres de comptabilité urbaine et fonds ecclésiastiques pour livrer, en plus des statistiques, un aperçu des pratiques thérapeutiques et des lieux de soin, hôpitaux publics et maisons hospitalières pour pèlerins et infortunés, léproseries, maladreries.

© Jacques Boireau

Analyse méthodique

L’auteur détaille les corporations : les barbiers, formés par un mestre, et les chirurgiens sont établis dans les villes et les bastides, et interviennent surtout sur des blessures ; les médecins, formés à l’université, sont des itinérants au service des plus nantis ; les apothicaires, qui fondent leur savoir sur l’apprentissage, ont l’exclusivité de la vente de substances toxiques depuis 1353 et sont épaulés par des épiciers. « On peut observer que les métiers de santé, à l’exception des barbiers, semblent peu représentés et en nombre réduit par comparaison avec d’autres corps de métiers tels les notaires et les marchands. » Désert médical, déjà !

Les onguents et remèdes des apothicaires, issus de l’herboristerie, sont surtout sollicités en période de pandémie. On croise la faucheuse sur le chemin de redoutables épidémies : la lèpre est repérée en 1320, 1454 et 1480, la peste en 1453, le mal des ardents en 1485, la maladie du charbon en 1454…

© Jacques Boireau

Remèdes miracles

L’ouvrage multiplie les exemples dans toutes les régions du Périgord, blessures soignées, impôts acquittés par les professionnels, constructions de centres de soins, quotidien des personnels soignants et des intervenants.

Bernard Fournioux détecte les dérives thérapeutiques et les comportements déviants face à la maladie : les autorités sanctionnent déjà l’exercice illégal de la médecine, incantations et magies populaires. Les sorcières repérées à Montignac ou Coulaures peuvent craindre le mauvais sort de la justice, tandis que les pèlerinages et dévotions aux saints guérisseurs, comme à la chapelle Saint-Rémy d’Auriac (Eugène Le Roy le relate dans Jacquou le Croquant), perdureront jusqu’au XIXe siècle.

En annexe, l’auteur répertorie les praticiens de santé dont il a trouvé la trace, il cartographie les établissements d’accueil et de soins, et multiplie les pages de référence pour cet ouvrage qui en constitue déjà une par l’originalité de ses recherches dans des fonds d’archives longuement explorés sur un sujet délaissé par les historiens locaux. Avec une parution à point nommé.

• Le monde médical périgordin au Moyen Âge, Bernard Fournioux, illustrations Jacques Boireau. 15 euros. En librairie à Périgueux. Contact de l’auteur : bf.arcange@orange.fr