C’est une petite église sans prétention, mais étrangement attirante : Tresséroux. Son histoire commence au XIIᵉ siècle, probablement vers 1130. À cette époque, le paysage est bien différent de celui que nous connaissons aujourd’hui. Le prieuré s’élève au milieu d’un territoire largement boisé, sur le chemin reliant Mussidan à Bergerac. Un document médiéval de 1302 évoque encore cette forêt sous le joli nom de : la forêt dite des Trois Sœurs.

La petite chapelle traverse les siècles, les guerres, les bouleversements religieux et la Révolution. Puis vient l’oubli. Le prieuré est vendu comme bien national en 1793. Peu à peu, la vie religieuse disparaît. La chapelle se dégrade. Le temps fait son œuvre. La végétation gagne les pierres. Au XIXᵉ siècle, elle n’est plus qu’une silhouette fragile, presque engloutie par le lierre. On aurait pu croire son histoire terminée.
Pourtant…
Des hommes et des femmes ont refusé de la voir disparaître. Après des années d’abandon, Tresséroux est finalement protégée au titre des Monuments historiques en 1982. Puis, à la fin des années 1990, une formidable mobilisation va permettre d’engager sa restauration. Peu à peu, la petite chapelle renaît. Créée en 1997, l’association Les Amis de la chapelle prieurale de Tresséroux, orchestrée par son fondateur Bernard Lesfargues, a joué un rôle essentiel dans cette renaissance. Après douze années à sa tête, Arlette Dreux-Thouvenin a transmis le relais à Patrick Avril, originaire de Saint-Étienne, désormais installé aux Lèches.

“J’ai un peu bourlingué au fil de la vie : Lyon, Albi, puis Bordeaux pour mes études, explique Patrick Avril. Et il y a bientôt trois ans, je suis arrivé aux Lèches. J’ai été très bien accueilli et j’ai rapidement eu envie de m’investir dans la vie de la commune. J’ai commencé avec le comité de jumelage, puis j’ai rejoint l’équipe municipale et, presque au même moment, les Amis de la chapelle prieurale de Tresséroux, dont je suis aujourd’hui président. Je vis principalement aux Lèches, quatre à cinq jours par semaine. Pour moi, s’investir, c’est avant tout être présent, créer du lien et donner un peu de son temps à la vie locale.”
Engagement patrimonial

Le monde associatif rencontre parfois des difficultés à trouver des personnes prêtes à s’engager. Pour Patrick Avril, la rencontre avec Tresséroux était pourtant presque évidente. Pendant près de deux ans, depuis son arrivée aux Lèches, il avait admiré la chapelle sans pouvoir en franchir la porte. Il en faisait régulièrement le tour à pied, avec ce petit regret de ne pas pouvoir découvrir ce qui se cachait derrière ses murs. Car Tresséroux n’impressionne pas par le spectaculaire. Elle séduit autrement, par sa simplicité, la pureté de ses lignes et son caractère roman, sobre et dépouillé. Une beauté discrète.

Alors, lorsqu’on lui a proposé de s’investir pour la chapelle, Patrick Avril ne s’est finalement pas fait prier. Il reconnaît d’ailleurs avec le sourire : “Je me suis laissé facilement convaincre et je suis strictement respectueux des lieux dans la tradition de ce qui était fait par l’ancienne présidente. C’est une belle expérience qui commence parce que pour ma part je suis amoureux depuis toujours des vieilles pierres, de l’histoire. Et effectivement, là, on a un endroit qui est un petit écrin, un petit monument classé administrativement aux monuments historiques”.
Musique et vieilles pierres

Entre ses murs chargés d’histoire, les beaux rendez-vous estivaux ont fait résonner les notes de concerts baroque et de jazz manouche. La chapelle possède pourtant un petit bémol : la route qui passe à proximité. Le passage des véhicules et le frottement des pneumatiques sur le goudron peuvent parfois se faire entendre. Mais pendant les concerts, cette nuisance reste étonnamment discrète et n’altère pas le confort d’écoute, tant la chapelle offre une acoustique agréable. L’association aimerait néanmoins aller plus loin. Elle souhaiterait pouvoir installer un petit mur antibruit, qui permettrait d’atténuer ceux de la circulation et d’exploiter plus souvent ce lieu exceptionnel dans des conditions sonores encore plus sereines. Car derrière ces vieilles pierres, il y a désormais une belle ambition pour ce lieu où le patrimoine, la musique et les rencontres peuvent continuer à résonner.
Tresséroux a traversé les siècles. Aujourd’hui, grâce à celles et ceux qui la font vivre, cette petite chapelle peut continuer à raconter son histoire, à accueillir des rencontres et à transmettre sa mémoire aux générations qui viennent.
Écouter le podcast du reportage d’Isabelle :
Photos anciennes retrouvées

Cette année, le second thème des Journées européennes du patrimoine est consacré au patrimoine de la photographie. Une belle occasion que l’association Les Amis de la chapelle prieurale de Tresséroux n’a pas laissée passer. Pour faire revivre le visage des Lèches d’autrefois, Patrick Avril est parti à la recherche de photographie anciennes et de cartes postales, notamment celles du début des années 1900. Avec l’aide de la maire Monique Gauffre, des bénévoles et habitants de la commune, il a rassemblé de précieux témoignages du passé. L’exposition dévoilera les 19 et 20 septembre, un village bien différent de celui que connaissent les habitants aujourd’hui : une poste, un hôtel, une perception, mais aussi des métiers disparus, comme celui de charron. Les photographies, agrandies pour mieux en révéler les détails, feront surgir tout un monde en sépia. Les Léchois pourront aussi retrouver des souvenirs plus intimes, avec d’anciennes photos de classe accompagnées des noms des élèves, “certains auront la chance de retrouver leur grand-père ou leur arrière-grand-père “, imagine avec enthousiasme Patrick Avril.

Pour rendre ces 19 et 20 septembre encore plus agréables et conviviaux, une autre association se joint à l’aventure, le Café associatif cœur de village. Une belle façon de prolonger les échanges autour de Tresséroux, de partager un verre, quelques mots et surtout de faire de ces Journées du patrimoine un véritable moment de rencontre entre habitants et visiteurs.









