Matthieu Simon ne regrette pas d’avoir laissé derrière lui une vie d’infographiste en Normandie pour se consacrer au domaine de Combet (ex château Combet), avec un ami et associé, David Notteghem, qui travaillait dans le milieu financier, à Paris. « On s’est rencontrés en 2015 lors d’une reconversion professionnelle : un BTS viticulture œnologie à Blanquefort, qu’on a obtenu. On avait tous les deux le désir de faire notre propre vin. Chacun de son côté c’était compliqué mais on s’en est sentis capables avec un projet commun. On est partis à la recherche d’un domaine. »

D’abord dans le Bordelais, puis ils (et leurs compagnes) sont tombés sous le charme de la Dordogne et de Monbazillac en particulier. 32 hectares, dont ils ont réduit la surface à 21 ha, « plus rationnel et cohérent avec nos projets », et pour lesquels ils ont aussitôt lancé une conversion en bio, en 2019. « Une nouvelle cuvée sort tous les ans, avec des projets qui nous donnent envie d’avancer, dans l’air du temps, des vins légers… » de quoi garder la passion intacte dans un milieu compliqué par la question du climat. « On s’adapte, on s’intéresse à de nouvelles techniques et méthodes. La vigne résiste. Mais c’est compliqué d’obtenir des raisins de qualité. On commence à parler d’irrigation en Dordogne, ça fait partie du cahier des charges. Est-ce que c’est viable ? » Sans parler de la grêle et du gel, du contexte commercial national et international : les sujets d’inquiétude ne manquent pas. « C’est donc une force d’être deux : pour se remettre en question, échanger, trouver des solutions. On se rend compte que c’est essentiel quand on voit des voisins qui sont seuls pour gérer tout cela. »
Renouvellement des genres
Ces vignerons indépendants apprécient de toucher à tout, « de la vigne à la commercialisation ». Les deux associés travaillent avec deux employés en temps plein. Ils ne produisent pas seulement du Monbazillac : en plus de ce « produit noble, incroyable à produire et haut de gamme » (avec une cuvée Exception 2015 ou Muscadelle 2020), ils développent une gamme de blancs – sec, orange, pétillant naturel -, et un rouge depuis deux ans, « à boire un peu frais, sur des grillades ».

Les noms et visuels des vins sont teintés de malice et d’hommage à leur terre d’accueil : un panache, cher à Cyrano, un « blouge » plutôt que rouge, Hespérides et Anthocyanes avec la définition qui va avec, Insolite (Monbazillac léger et fruité)… Ces deux fans de Tintin se sont inspirés d’Objectif lune pour styliser une bouteille-fusée sur l’étiquette de leur Objectif bulles, dont le breuvage pétillant devrait conquérir les soirées d’été : pas d’intrant ni de liqueur, un assemblage de sémillon cépage roi de Monbazillac et merlot pour l’acidité, une vendange précoce pour limiter le taux d’alcool, une petite bulle désaltérante, et sans sulfite… Pas de dégorgement, une fermentation en bouteille, le tout fait à la propriété, avec un prestataire pour la mise en bouteille.
« On a le raisin qu’on mérite, c’est la nature qui décide : on récolte et on s’adapte au chai. » Matthieu Simon
Intégration réussie
Jeunes arrivés dans un milieu qu’ils ne connaissaient pas et où personne ne les connaissait, ils ont été « accueillis, soutenus et encouragés, les gens étaient heureux de voir la reprise de cette propriété familiale, qui n’avait pas de repreneurs et risquait de sombrer dans l’abandon ou être mise en fermage ». Ils ont aussitôt participé à la première édition de Monbazillac en folie et s’y sont créés des liens solides, de s’intégrer en rencontrant des gens hors cadre de travail. Les compagnes sont impliquées sentimentalement dans cette aventure mais ne travaillent pas dans l’affaire, elles ont pu rapidement s’intégrer et s’épanouir professionnellement dans leur domaine (une pédiatre et une communicante au conservatoire de la Dordogne).









