« Notre vie a changé, chacun progresse à son rythme » : ce titre fait référence au discours d’un des résidents lors de l’inauguration de ce nouvel ensemble de 25 appartements de type T2 avec cuisine ouverte, disposés dans trois bâtiments, qui accueille des travailleurs de l’Esat, anciens résidents du foyer d’hébergement voisin. Chaque résident-locataire bénéficie d’autonomie dans un appartement qu’il équipe et meuble lui-même. Le cadre collectif en plus, avec une salle commune et le bureau d’un référent.
Un projet longuement réfléchi

Le président de l’Apei Périgueux, Hervé Mazière est revenu sur la genèse du projet longtemps porté par son prédécesseur, Alain Faure, auquel la résidence rend aujourd’hui hommage (lire plus bas).
«Nous envisagions une ouverture en 2022, mais le Covid, la hausse du prix des matériaux, les interruptions de chantier ont retardé l’ensemble. Malgré tout, les locataires sont contents d’y être depuis une dizaine de mois.» Et il insiste sur ce point : «La vie sociale qui s’y est créée est remarquable. Les résidents covoiturent, s’entraident pour des travaux de bricolage, s’invitent pour des moments de convivialité. L’autre jour, j’ai appris qu’ils recevaient même leur famille chez eux, puisque désormais ils ont, ici, leur chez-eux.»
Accompagner vers plus d’autonomie
Le projet a été réalisé par Périgord Habitat, propriétaire de la résidence, tandis que l’accompagnement relève des Résidences de l’Isle, structure de l’Apei qui assure un accompagnement quotidien grâce aux quatre personnes présentes à tour de rôle : Cassandra, Sylvie, Virginie et Cédric. C’est l’Apei qui gère les locations, en intermédiation. Le site dispose d’un accès avec parking depuis la rue Georges Brassens et d’un accès piéton depuis l’Esat d’Antonne.

Antoine Santiago le directeur a présenté ce type d’hébergement nommé SAVS* dans le vocabulaire professionnel. La volonté d’offrir aux travailleurs de l’Esat d’Antonne une nouvelle forme d’autonomie est réelle : «Nous avons pu accompagner nos travailleurs dans le changement en quittant le foyer d’hébergement, avec un espace dédié de 15 à 20m², pour un appartement deux fois plus grand où ils vont gérer l’aménagement, la décoration et l’organisation de leur vie personnelle. Cette autonomie les dynamise, un projet d’amicale des locataires est même à l’étude.»
Un dispositif locatif adapté

Le directeur de l’Apei, Olivier Martin, explique que ces appartements sont en intermédiation locative. «Dans les faits, les logements de cette résidence sont loués par l’Apei à Périgord habitat. Après sélection des profils, les candidats sont bénéficiaires d’un appartement de ce SAVS. Chacun d’entre eux règle son loyer et bénéficie des APL. Au final, cela leur revient à environ 200 euros par mois, toutes aides déduites.»
Les locataires apportent tout le soin possible à leur appartement et ce sont les différents ateliers de l’Esat qui s’occupent des parties communes.
Home, sweet home
Les visiteurs ont pu découvrir quelques-uns des 25 appartements lors de l’inauguration. Damien les a accueillis avec fierté dans son duplex de 50m², entièrement équipé au fil des mois.

« J’ai pu tout acheter au fur et à mesure grâce à ma bonne gestion. Mon prochain objectif, c’est d’acheter ma voiture.»
Damien est passé par le foyer d’hébergement de Trélissac et celui de Lysander avant d’arriver à l’Esat. Dès qu’il a eu connaissance du projet de cette résidence, il a postulé.

Autre ambiance dans le cocon de Benjamin, 26 ans, qui a habité dans le foyer durant six ans et qui travaille pour l’atelier espaces verts. Son appartement de 40m², de plain-pied, ouvre sur une terrasse, à proximité du potager qu’il a créé et aménagé avec ses voisins Jean-Luc, Yohan et Christophe. «Depuis l’an dernier, nous y avons planté des fraisiers, groseilliers, framboisiers et attendons la fin des Saints de glace pour ajouter les tomates.»
Bien entendu, ils se sont approvisionnés juste à côté : les serres de l’Esat sont aussi ouvertes au public, le lieu idéal pour acheter des plants de toutes sortes en ce printemps.
J’habite donc j’apprends !

La résidence dispose aussi d’un espace commun baptisé “Parenthèse”. On s’y retrouve pour des activités, des moments partagés ou simplement pour échanger. Depuis les grandes baies, on aperçoit l’Esat, accessible par un chemin paysager. Les résidents ont fait un choix symbolique : pas de clôture entre le travail et le lieu de vie. Une manière de garder un lien, tout en affirmant une nouvelle liberté.
* Apei Périgueux : l’association des parents d’enfants inadaptés est devenu Association de parents et amis de personnes en situation de handicap
* SAVS : Service d’accompagnement à la vie sociale
* Esat : établissement et service d’accompagnement par le travail
Hommage à Alain Faure

Alain Faure s’est engagé très tôt auprès des personnes handicapées, c’était sa seconde famille. Président de l’Apei Périgueux pendant 26 ans, il a occupé des fonctions nationales à Unapei et le poste de président du Conseil français des personnes handicapées pour les questions européennes. Il est décédé en mars 2020. La résidence qui vient d’être inaugurée était un projet qui lui tenait à cœur. Une sculpture installée au sein de la résidence a été réalisée par les artisans savignacois, Laëtitia et Benjamin. Elle a été conçue en hommage à ce qui motivait Alain Faure.









