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La méditation de Thalie

Marie-Claire Germanaud et Thalie de Molènes © S.B.T.
DISTINCTION. Thalie de Molènes a reçu samedi 4 décembre les insignes de Chevalier dans l’ordre national du Mérite, grade républicain auquel elle a été promue en mai dernier. La cérémonie s'est déroulée à Plazac, bien sûr, le village qui se rappelle encore à ses souvenirs dans son dernier livre, “Cahier de l'oubli”.

Parents, amis et voisins ont rejoint non pas la bibliothèque communale, qui porte son nom, mais la salle des fêtes pour accompagner la grande et noble dame de 90 ans dans cette cérémonie de reconnaissance si méritée, après le décret présidentiel du printemps dernier la nommant dans cet ordre.

Le sourire dans la voix, l’autrice a rappelé l’importance de la transmission, dans le geste-même de cette décoration remise par une personnalité déjà gradée, en l’occurrence Marie-Claire Germanaud, qui a elle aussi consacré une grande partie de sa vie « aux livres, à la littérature française, à la langue, à la culture ». Et, avec élégance, avant d’écouter son propre chemin de vie, Thalie a souhaité éclairer le parcours de l’ancienne directrice de la bibliothèque centrale de prêt de la Dordogne, ses missions pour la francophonie et jusqu’à la bibliothèque François-Mitterrand de la BNF.

Un esprit libre

L’oratrice, en retour, a mis en lumière trois constantes de Thalie : le fort ancrage dans le Périgord, et particulièrement Plazac ; sa passion pour tout ce qui a à voir avec la liberté, « Thalie est un esprit libre, sans préjugés » ; sa passion pour l’écriture. C’est la combinaison des trois, tout au long de son itinéraire, « qui en fait une personnalité si marquante et attachante. »

L’amour de la liberté est une tradition familiale, héritée d’un grand-père, Jacques-Hippolyte, avocat radical-socialiste, dreyfusard et promoteur du divorce. Thalie a passé son enfance dans la propriété plazacoise, elle y fixera et gardera les heures sombres de la guerre dans une mémoire intacte, riche du souvenir maternel venant en aide au maquis. Le retour vers Paris, à la Libération, la confrontera justement à une liberté entravée, dans un pensionnat versaillais, dont elle sera renvoyée.

Voyageuse sur tous les continents, journaliste pour la radio, Thalie n’a jamais cessé d’écrire depuis ses 18 ans : autrice pour le jeune public, elle compte dans l’équipe fondatrice de Jeunes Années, magazine publié par les Francas ; et écrit une quinzaine de titres à partir de 1956 pour les éditions Flammarion – Père Castor et Hachette.

Une œuvre entre le Périgord et l’universel

© S.B.T.

Son retour à Plazac, en 1989, s’accompagne d’un ancrage de ses écrits dans un Périgord qu’elle n’a jamais vraiment quitté (Ricou et la rivière en 1983, Nous de Peyrac en Périgord, en 1987, Un Périgourdin aux Indes en 1997, Contes de la forêt Barrade en Périgord en 1998). La rencontre avec les éditions Fanlac lui permettent alors d’ajouter huit livres à son œuvre : Le Bahau, en 2003 ; L’Inlassable course des rivières vers la mer, et Lune noire, en 2006 ; la trilogie, réunie dans un coffret, qui témoigne de son attachement à la liberté de conscience, à travers une fresque protestante : La Guerre comme des anges en 2008, La Guerre comme des hommes en 2009, et La Guerre comme des démons, en 2011 ; 31 Contes du Bouddhisme, en 2016, qui reflète son intérêt pour une spiritualité très présente autour de Plazac et de la côte de Jor ; et Cahier de l’oubli, qui vient de paraître.

Alice, Françoise et Bernard Tardien étaient bien sûr au rendez-vous de cette soirée d’hommage pour présenter les livres que Thalie de Molènes a publiés chez Fanlac.

© S.B.T.

Et quatre voix du voisinage se sont unies pour « interpréter » la première nouvelle de Cahier de l’oubli, une traversée de Plazac et du Périgord à travers la figure de Marcel Secondat, autre enfant du pays.

Les sept bontés qui ne coûtent rien

« Un modèle d’aventure, d’engagement, de don de soi. » Avant cette conclusion, la députée du Périgord noir, Jacqueline Dubois, a choisi de citer deux extraits de son œuvre pour caractériser la personnalité de l’autrice et témoigner de son écriture. Ricou et la rivière d’abord, pour évoquer sa double passion pour le Périgord et la jeunesse.

L’autre extrait « témoigne de la richesse de votre cœur » à travers les sept bontés qui ne coûtent rien, puisées dans ses contes bouddhistes. « Un message pour notre société : une générosité qui ne coûte ni effort, ni argent, à la porte de tous. » Parmi elles, le regard bienveillant porté à ses aînés, la générosité de l’air avenant, l’offrande d’un langage aimable, la bonté des attitudes prévenantes ou encore la liberté des sentiments généreux. « Merci d’avoir ouvert la porte de votre esprit. »