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La famille qui plantait des arbres

Le chat Othello, Stéphane, Arno, Valérie, Mathilde et Charlotte dans la plantation de chênes © MP
ENVIRONNEMENT. La famille Sécher a planté une forêt à côté de sa maison : une belle initiative qui évoque la nouvelle de Jean Giono “L’homme qui plantait des arbres”.

Chez l’écrivain provençal, c’est un berger solitaire qui plante chênes et bouleaux sur une terre désertique, plusieurs décennies durant, ramenant ainsi son coin de montagne à la vie pour les générations suivantes. À Saint-Laurent-des-Hommes, c’est une tribu entière qui s’est attelée à la tâche : Stéphane et Valérie Sécher, leurs enfants Quentin, Mathilde et Charlotte et leurs compagne et compagnon Valentine et Arno.

Le temps du Covid, plus long que celui des cerises, a permis la maturation et la mise en œuvre d’un projet resté dans un coin de la tête de Stéphane depuis l’adolescence, période où il se demandait  ce que son passage sur Terre pouvait apporter à notre planète. Il a trouvé la réponse : « Je fais partie d’une génération d’ultra consommateurs qui a participé à la détérioration de la nature, jour après jour, alors avec Valérie, nous tentons une rédemption à travers cette plantation avec l’idée de transmettre aux générations futures. Et je vais vous dire, qu’est-ce que ça fait du bien ! » Il ajoute aussi avec humour : « Je fais ma crise de la cinquantaine. Certains se remarient, d’autres achètent une voiture de sport, moi je plante des arbres. »

Le choix des arbres

Il y a beaucoup de chaque membre de cette tribu dans le choix des arbres et arbustes : des essences originales et rustiques pour Stéphane (alisier, arbousier, néflier…), « le tilleul de mon enfance et son parfum apaisant » pour Valérie. Mathilde a souhaité rendre hommage à son arrière-grand-mère avec un mirabellier, mais a aussi choisi un cerisier du Japon « pour l’esthétique et parce que j’aime le rose. » Charlotte et Arno travaillant tous deux dans la gestion et la maîtrise de l’eau, ils ont opté pour des arbres ripisylves (que l’on trouve aux abords d’un cours d’eau) avec un aulne et un saule. Quentin et Valentine enfin, très investis dans le zéro déchet et l’échange avec notre Mère Nature, ont préféré un ginkgo biloba, un eucalyptus et un bouleau pour leurs vertus médicinales. Kiwis, noyer, vigne, érables, pruniers et pêchers complètent cette œuvre chorale à proximité immédiate du jardin.

Conseils avisés

La véritable forêt se trouve dans la parcelle attenante.  « Pour réaliser la plantation, je me suis appuyé sur mon ami Benoît qui travaille à la coopérative forestière Alliance Forêts Bois, au service logistique transport bois rond et gestion opérationnelle de clients bois, à Villamblard. Je voulais absolument des feuillus. Il a analysé le terrain et m’a confirmé que je pouvais mettre du chêne, j’étais super heureux », raconte Stéphane. 300 chênes (pédonculés, rouges et sessiles) ont été plantés sur un demi-hectare, un terrain agricole donné par son papa paysan. Après préparation du sol grâce au matériel familial, Alliance Forêts Bois a pris le relai pour assurer la plantation. Stéphane et Valérie précisent : « Côté tarif, c’est simple, il faut compter environ 1 € par plant, 1 € par piquet, 1 € par protection et 1 € de main-d’œuvre soit 4 € pour chaque arbre ». La prestation comprend une garantie malfaçon que détaille Benoît Lacombe : « Nous donnons des conseils aux propriétaires pour l’entretien de la plantation car les trois premières années sont essentielles dans son développement. Nous effectuons une visite lors du premier automne ; si les pertes sont élevées du fait d’aléas indépendants du client, nous essayons d’en déterminer la cause et les plants peuvent éventuellement être remplacés gratuitement. »

Quentin, Mathilde et Charlotte en plein effort © Valérie Sécher

Montaigne écrivait « si la vie n’est qu’un passage, sur ce passage au moins semons des fleurs ». Le narrateur de Jean Giono disait du berger « la société de cet homme donnait la paix ». La tribu Sécher donne quant à elle de la vie et de l’espoir pour l’avenir sans autre intérêt que le bien commun.

Myriam POUPARD

• Pour découvrir ou se remémorer “L’homme qui plantait des arbres” de Jean Giono, voici un lien vers l’adaptation sous forme de film d’animation réalisé en 1987 par l’illustrateur canadien Frédéric Back et conté par Philippe Noiret.

Un groupe coopératif forestier

Alliance Forêts Bois est le premier groupe coopératif forestier de France, créé et administré par des propriétaires forestiers privés. Il compte 16 agences, 680 collaborateurs et 43 200 adhérents.

Trois types de services sont proposés :

  • l’exploitation et l’achat de bois sur pied aux propriétaires privés et la revente aux industriels (scieries et papeteries),
  • le boisement et le reboisement comprenant la préparation des sols, l’entretien et l’amélioration, le nettoyage, les fournitures forestières… Cela représente 1 arbre planté toutes les 2 secondes,
  • le conseil pour gérer et rentabiliser durablement les forêts de ses adhérents (aspects règlementaires, administratifs et fiscaux).

Benoît Lacombe précise que « le changement climatique nécessite une adaptation dans le choix des essences dans la mesure où l’on plante à échéance de coupe de 40 ans au plus tôt (pour le pin). Les châtaigniers, épicéas et sapins souffrent de plus en plus. Nous commençons à les remplacer par des chênes rouges d’Amérique, des acacias et le pin reste l’essence la plus adaptable : il pousse sur du caillou, je trouve cela extraordinaire ! Il a mauvaise presse car on croit que c’est la seule espèce plantée, mais le pin maritime ne se trouve qu’en Dordogne, dans les Landes de Gascogne et au Portugal. » Quelle que soit l’opinion de chacun à son sujet, rappelons que les forêts ont doublé leur surface en 150 ans dans notre département et qu’elles sont constituées à 75 % de feuillus et 25 % de résineux.