Accueil BIEN ensemble J’ai testé pour vous : la médiation équine

J’ai testé pour vous : la médiation équine

©Amandine Ribeyreix
ÉQUITHÉRAPIE. Utilisée avec une visée thérapeutique et/ou sociale, la médiation équine (ou équitation comportementale) s’adresse aux personnes, enfants, adultes, personnes âgées, présentant des difficultés psychologiques, cognitives, physiques ou d’insertion sociale. La rencontre avec Cécile Mouillon, qui la pratique depuis de nombreuses années, m’a convaincu de tester les qualités de communication de sa jument Ness. Une heure de face-à-face où le langage verbal est quasi absent, durant laquelle on perçoit que le moindre geste est porteur de sens; de quoi revoir toute sa communication non verbale.

Avant de démarrer la séance, quelques indications s’avèrent fort utiles pour qui ne connaît pas le cheval. Soucieux en permanence de sa sécurité et de l’approche potentielle d’un prédateur, il guette tous les signaux environnants et forme un groupe avec ses semblables.
Il n’y a pas véritablement de hiérarchie chez les chevaux, même si certains d’entre eux peuvent être qualifiés de leaders protecteurs.
En équitation comportementale, nul besoin d’être un cavalier expérimenté. Les séances peuvent se dérouler à pied, avec simplement une longe et un mousqueton pour donner des instructions. L’un des objectifs étant de percevoir, grâce à la médiation du cheval, nos modes de communication non verbaux, nos comportements pas toujours adaptés, et de comprendre comment les modifier.

Le rôle capital de nos émotions

La première condition indispensable est de demeurer dans l’instant présent, un vrai challenge pour les humains que nous sommes. Enfermé dans la prison du temps, l’homme anticipe ce qu’il fera demain ou regrette ce qu’il a fait hier. Le cheval ne vit qu’un seul instant situé dans l’ici et maintenant. Il est donc important de laisser défiler ses pensées sans s’arrimer à l’une d’entre elles, de veiller à conserver une posture solide, ancrée dans le sol, en respirant calmement et tranquillement.
Enfin, il est primordial de comprendre le rôle des émotions : doté d’une forte intelligence émotionnelle, le cheval ressent les émotions des autres, leurs intentions sous-jacentes, ce qui lui permet d’assurer sa survie.

Au lieu de la masquer, de l’étouffer, il faut alors saisir l’utilité de l’émotion : qu’il s’agisse de libérer de l’adrénaline face à la peur, pour fuir ou pour combattre, d’accepter un changement de situation, elle sert à nous mettre en mouvement.
Face à un cheval, on peut éprouver tout un panel d’émotions qu’il convient d’accepter, de reconnaître et de laisser passer. Ne connaissant pas la notion de bien ou de mal, il ne réagit pas pour nous, mais pour lui, par rapport à ce qu’il ressent de notre attitude.

L’importance de l’intention

Forte de ces explications, munie d’une longe et d’un mousqueton, j’ai suivi les instructions de Cécile et me suis mise à marcher une dizaine de minutes sans m’occuper de Ness, en respirant calmement, en adoptant une posture droite; jetant l’air de rien  un coup d’œil pour me rassurer et découvrir… que Ness me suit, ce qui est plutôt encourageant au départ. La prise de contact est bonne.
La suite de l’exercice consiste à me placer au centre du manège et à lui demander, sans utiliser le langage, d’aller dans la direction que je lui indique, puis de la faire changer de sens; enfin de lui ordonner de trotter puis de galoper.
C’est là que les complications commencent : être clair dans son intention. Facile à dire…

Alors que je commence à comprendre qu’il faut que j’agisse et intervienne au niveau de son épaule, voilà qu’elle va dans le sens opposé à celui que je lui ai indiqué. Je dois rectifier le tir et pour cela, lui montrer par un léger mouvement la direction voulue. Concentrée, je me rapproche de plus en plus de Ness sans m’en apercevoir ; soudain elle s’arrête. Cécile m’explique alors qu’en me plaçant devant elle je bloque son espace ; mon attitude lui indique exactement le contraire de ce que je veux.

Chasser le naturel, il revient au trot

Je reviens au centre du manège et recommence. Ne pas oublier la posture, ne pas être en apnée, rester concentrée. Ness trotte à présent et je pense avoir les choses en main. Cécile me rappelle alors à l’ordre ; je me suis déplacée sans y prêter attention et je recommence à passer devant la jument, pire, je me mets à trotter ! J’apprends alors que c’est au leader protecteur que je suis sensée être de faire bouger l’autre, pas le contraire. À plusieurs reprises, Ness teste mes compétences en avançant très lentement. je dois lui prouver ma capacité à me détendre, à me faire confiance, à la laisser faire et si besoin, à lui rappeler la consigne, doucement mais fermement.
Au terme de la séance, je retiens que le fait de me placer devant elle pour lui montrer ce que je veux revient à empiéter sur son espace.
Traduit en comportement social, cela révèle chez moi une nature perfectionniste associée à une volonté d’aider en faisant à la place de l’autre. Une bonne intention apparente dévoilant des difficultés à déléguer; en empêchant l’autre de prendre sa place, il peut en déduire qu’il n’est pas capable.

En conclusion, même si nous sommes plus ou moins conscients de nos comportements, nous ne savons pas toujours décrypter les effets qu’ils peuvent avoir sur les autres, et c’est en cela que la médiation équine peut nous apprendre à réguler et à mieux maitriser notre rapport à autrui.

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