
Biberonné à l’humour bien de chez nous, Patrick François faisait déjà rigoler tous ses copains de classe. Il avait presque appris à lire dans l’almanach Vermot, la bible des blagues à la célèbre couverture rouge. Son père l’a très tôt habitué à la lecture du Canard enchaîné et au décryptage des contrepèteries de l’Album de la comtesse, lui qui porte un prénom propice au décalage des sons. Salut Patrick est le titre d’un site spécialisé. Il y a une dizaine d’années, après une carrière dans les services de la Sécurité sociale, il s’est lancé dans une nouvelle vie dédiée à la rigolade et à l’animation de sa chère commune d’Escoire, où il habite.
Il s’est investi dans l’association Humour et Culture, HEC, à Escoire et Ha !Ha, !Ha ! à Thenon. Il alterne un festival d’humour tous les deux ans avec un salon du polar. L’humour revient à Escoire les 25 et 26 avril, comme à chaque fois avec des trucs un peu bizarres. Cette année il y aura un championnat de pétanque avec des boules carrées.
Pour cette édition 2026, il a invité un grand maître des anagrammes et des palindromes, ainsi qu’un spécialiste des anecdotes historiques sur les écrivains. Les disciples d’Alphonse Allais sont souvent au rendez-vous.Il organise aussi avec ses complices Marc Balland et Michel Loiseau des salons du livre illustré au Lardin et à Thenon.
Une terre d’humour
À 72 ans, il continue plus que jamais à prendre les choses en riant. Sur les conseils de ses amis, il vient de publier son 23e, toujours aux bien nommées Éditions Hahaha. Il a mené de grandes recherches pour retrouver toutes les traces d’humour possibles en Périgord. De Cro-Magnon jusqu’à nos jours, il a traqué les bons mots des écrivains, des artistes, des personnalités. « Le dénominateur commun, ce sont des citations qui concernent des personnes nées en Dordogne ou qui y sont passés… Elles sont toutes réelles… Sauf quelques unes que j’ai inventées. » José Correa lui a dessiné la couverture, avec un homme primitif inspiré de la statue de Paul Dardé au musée des Eyzies.

Il a référencé 160 noms, avec quelques illustres comme Montaigne qui écrivait : « Sur le plus beau trône du monde, on n’est jamais assis que sur son cul » ou « On construit des maisons de fous pour faire croire à ceux qui n’y sont pas enfermés qu’ils ont encore leur raison ». Mais Patrick François n’a rien trouvé de drôle chez son ami sarladais La Boétie. Du philosophe bergeracois Maine de Biran, il a retenu « Le cœur humain n’a que deux ressorts, l’ambition et l’amour ».
Pour l’écrivain Eugène Le Roy il cite : « Les gens, principalement ceux qui sont fortunés, aiment mieux n’avoir qu’un enfant et le faire riche ». Quant à l’essayiste Léon Bloy, il voyait « le monde moderne, une Atlantide submergée dans un dépotoir » et médisait : « On ne peut pas être et avoir été, mais si, on peut avoir été un imbécile et l’être toujours ».
Tout le monde connaît le cri du général Daumesnil sur sa jambe de bois, défendant le château de Vincennes : « Je vous rendrai ma place quand vous m’aurez rendu ma jambe ».
Une liste sans fin
L’auteur n’a pas oublié les femmes liées au Périgord. George de Peyrebrune romancière née à Sainte-Orse écrivant sous ce pseudonyme masculin, s’amusait : « Les plaisanteries crues ne faisaient pas rougir les filles, sinon de plaisir ». Sa consœur Rachilde de Château l’Évêque, se présentant alors comme homme de Lettres, écrivait : « On a tort d’être femme de Lettres. Il y a toujours mieux à faire. Pour les unes la prostitution, hygiène de la société. Pour les autres le mari… Je suis androgyne des Lettres ». La comédienne bergeracoise Hélène Duc évoquait sa vie : « Je n’ai parlé à personne depuis quatre jours. J’aime bien être seule, sauf quand cela dure trop longtemps ». Joséphine Baker défendait sa liberté sur scène : « Je joue aux billes avec mes yeux. J’allonge mes lèvres quand ça me plait. Je cours à quatre pattes quand cela me plait. Je secoue tous les regards. Je ne suis pas une pelote à épingles après tout ».
Chez les artistes, le chanteur comique Gaston Ouvrard né à Bergerac a écrit la célèbre chanson « Je ne suis pas bien portant », bien connue des poilus de la Grande Guerre sous son couplet « J’ai la rate qui s’dilate »… Autre sommité de l’humour populaire, Jean-Charles né à Saint-Aulaye devenu célèbre avec La foire aux cancres, où il récoltait les perles : « Le carré est une figure qui a un angle droit dans chaque coin », « Poème, texte où chaque ligne commence par une majuscule » et « les trois grandes époques de l’Humanité sous l’âge de pierre, l’âge de bronze et l’âge de la retraite ».
La liste est encore longue, de Talleyrand-Périgord à San-Antonio, de Mitterrand à Chirac, de Marguerite Duras au Mime Marceau !
Sur la radio aussi

Patrick François est aussi un fidèle des ondes de Radio Libre en Périgord ou il vient de dépasser les 500 émissions de ses chroniques du Patou, bourrées de ses blagues. Quand il n’a pas de panne de micro, il revendique sa filiation avec Coluche et Pierre Desproges. Il rend aussi régulièrement hommage à son ami disparu, le journaliste inclassable Alain Bernard, pour lequel il a fait le siège de la mairie de Périgueux pour obtenir une plaque souvenir sur le marché de Périgueux.
Sa petite entreprise ne connaît pas la crise : il amortit chacune de ses publications au cours des nombreux salons du livre et signatures dans les librairies et et les bibliothèques et même des maisons de retraite. Avec sa faconde et ses livres de bons mots, d’histoires déjantées ou de contrepèteries à décrypter vendus à petits prix, il connait un certain succès. D’une plume alerte, il y a aussi commis quelques romans policiers, évidemment bourrés de blagues.
Comme auteur, son expertise est reconnue dans le petit monde des spécialistes en contrepèteries. Il s’ingénie toujours à en glisser dans ses écrits. Il ne faut jamais dévoiler la solution et laisser deviner où elles sont cachées, en inversant des lettres ou des syllabes. Attention, ne pas tenir compte de la grammaire et de l’orthographe, l’important ce sont les sons. Ces contrepèteries sont souvent un peu graveleuses et avec des mots d’argot. C’est plus fort que lui, « je suis tombé dans la marmite de la rigolade tout petit », s’excuse ce moulin à paroles.
• Son dernier livre “Périgord terre d’humour” édité par l’association Ha,Ha, Ha ! Basée à Thenon est vendu (15 euros) dans les librairies de Périgueux, de Trélissac, de Ribérac, du Bugue et de Thenon. Patrick François assurera des dédicaces le 14 mars chez Marbot à Périgueux et le 18 mars à l’Espace culturel Leclerc à Trélissac, de 10 à 18 heures. À Thenon sa librairie associative est ouverte les mardis, jeudis, vendredis et samedis de 9 heures à midi.








