Accueil BIEN ailleurs Au fond, c’étaient les coraux…

Au fond, c’étaient les coraux…

© SKLERNER
OCÉANS. C'est une œuvre d'art textile et digitale destinée à sensibiliser aux impacts du réchauffement climatique sur la biodiversité. Avec Reef Saver, “l’artiviste” franco-américaine SK Lerner oriente nos regards vers la dégradation des récifs coralliens : ces écosystèmes subtils souffrent du réchauffement climatique et de la pollution plastique de l’industrie de la pêche. Les menaces qui pèsent sur eux pèsent sur nous tous. L'œuvre est dévoilée actuellement à la Cité des Sciences, à Paris (Biomim’Expo).

S’inspirant directement de la nature, cette représentation artistique d’un récif corallien (la Grande Barrière au large de l’Australie est la plus vaste et seule structure vivante de la planète visible depuis l’espace), réalisée à partir de filets de pêche usagés, pose la question de notre rôle dans leur disparition. Reef saver, allusion à life saver (bouée de sauvetage), est à la fois un signal d’alarme et une solution proposée par l‘artiste.

Plus de 800 heures de travail

© SK Lerner

Concrètement, cette sculpture murale d’1,60 m de diamètre et 0,40m de profondeur est réalisée à partir de filets de pêche usagés en nylon, avec au centre un miroir en perspex bleuté. Une boucle d’animation numérique est projetée pour mettre en scène le blanchissement et visualiser concrètement la décolorisation au regard de la hausse des températures à l’ère industrielle, selon le scénario du GIEC. L’œuvre se regarde ainsi comme un tableau ou un miroir. De face, la perspective interroge notre façon de regarder. La forme circulaire, référence aux bouées comme à la planète, évoque aussi les couronnes funéraires : on se reflète au centre de ce récif pour mieux s’interroger sur notre rôle dans le drame en cours.

3500 mètres de fil de pêche nylon

© SK Lerner

Résolument circulaire, cette œuvre conçue avec des filets de pêche usagés récupérés auprès de pêcheurs artisanaux de sole et de daurade en Région Sud (1000 tonnes par an sont envoyées en déchetterie) sera recyclée dans une filière spécifique de valorisation de filets de pêche : les objets qui en seront issus, numérotés et accompagnés d’un livret explicatif, seront vendus au profit d’une association investie dans la préservation des récifs coralliens. Un documentaire permet de garder une trace de toute la démarche.

« Ma recherche artistique a un but précis : provoquer une prise de conscience et une remise en question du système de consommation dans lequel nous vivons. Le déchet plastique est le symbole de notre ère, de notre société du jetable, d’une société qui ne sait plus gérer ses propres déchets tellement elle en produit. Une démarche ancrée dans l’art en tant que commentaire social, narration d’histoires, création de liens, et surtout, levier de changement. »

Stephanie Lerner, alias SK Lerner, vient d’exposer son œuvre collaborative “Polo le Poulpe” à Bord’eau Village, avec des ateliers créatifs grand public.

Filets plastiques et surpêche

Filets et engins de pêche représentent jusqu’à 70 % en poids des macrodéchets flottants selon l’ONG GhostGear : les filets en nylon (polyamide dérivé de pétrole) sont issus d’un processus de fabrication polluant et énergivore, avec des gaz à effet de serre.

Avec près de 30 % des stocks de poissons pêchés commercialement surexploités, et des fonds marins raclés par le chalutage ou la pêche accessoire, les prises accidentelles sont responsables de la mort de 300 000 petites baleines et dauphins, 250 000 tortues caouannes (espèce menacée) et tortues luth (espèce gravement menacée), des centaines de milliers d’oiseaux marins. 38 millions de tonnes d’animaux marins sont capturées accidentellement, soit 40 % des prises halieutiques mondiales.