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Ancienne ferme et nouveau cirque

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DE LONDRES AU PÉRIGORD. Depuis 2003, Abigail et Paul ont progressivement déplacé la carrière internationale qu'ils menaient à Londres vers les hauteurs de Alles-sur-Dordogne. Ils y ont transformé une ancienne ferme en centre de création dédié aux arts du cirque, et à l'enseignement du yoga. Depuis dix ans, ce lieu de vie et de culture contribue à l'attractivité de ce coin de campagne.

Sur la petite route qui relie Le Buisson-de-Cadouin à Alles-sur-Dordogne, frôlant le nid-d’aigle et son panorama sur la vallée, le regard s’arrête au pied d’une colline où un centre de création est annoncé. “Les Joncailles”, à la croisée des jonquilles de ce printemps et des rocailles arrachées à ce coin de terre, accueille ce que l’art du cirque a de contemporain et d’international. L’ancienne ferme a trouvé un avenir surprenant. Son architecture a été modernisée dans l’esprit des environs pour composer des espaces d’hébergement (une vingtaine) et de création. Une vaste halle de répétition (9 m de haut pour le travail aérien) et de spectacle (70 places) a été construite de toute pièce, inspirée des séchoirs à tabac qui constellaient autrefois la vaste plaine de Alles. Le centre de création, qui repose sur des fonds privés, est équipé pour recevoir des compagnies en résidence. Une association lui est adossée pour proposer des cours, de yoga notamment.

Une richesse pour les environs

Paul, Abigail et le maire de Alles-sur-Dordogne © SBT

Le maire, Michel Calès, présent pour la septième sortie de résidence de la Guildhall School for music and drama MA performance and design course (Londres), se réjouit de cette présence et de l’ouverture proposée aux habitants, notamment le lien établi avec les scolaires. Le voisinage a appris à conjuguer culture et agriculture, dans une curiosité réciproque, même si l’élu sait que de nombreux habitants ne connaissent pas encore ce lieu. « La barrière de la langue est levée car Abigail et Paul parlent mieux français qu’avant. Leur présence est une grande richesse pour la commune et au-delà, quand on voit la qualité et le niveau des représentations. » L’évolution de la structure vers un statut français devrait ouvrir de nouveaux champs de collaborations.

Apprendre hors les murs

Ce 1er avril à 18h, le public découvre le travail de l’école anglaise, interprété par des artistes invités. Ce spectacle conclut un cycle d’un mois d’initiation à la scénographie, la lumière, le design, tout l’environnement d’un théâtre physique. « On part vraiment de rien, d’une idée, et on travaille ensemble pour réaliser quelque chose qui fonctionne dans cet espace, explique leur professeure de théâtre. S’extraire de Londres pour vivre ensemble ici, en vase clos, procure une intensité. C’est un challenge, les élèves changent beaucoup en un mois. Ils sont évalués sur cet exercice et apprennent beaucoup avec Abi et Paul, des professionnels reconnus qui apportent des conseils très personnalisés, sur la dimension artistique mais aussi la production, pour pouvoir vivre ce ce métier. »

Paul et Abi

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Abigail et la professeure de l’école londonienne © SBT

Le spectacle “Unearthed” (Sorti de terre) aborde la relation de l’homme avec la nature… Ce qui correspond parfaitement au parcours du duo britannique à l’origine du centre de création (CDC). L’inspiration d’Abigail et Paul puise aux sources de cet environnement, choisi dès la première visite lors de leur quête immobilière : coup de cœur immédiat. Leur carrière internationale, si elle poursuit sa route, a pris racine dans ce coin de Périgord. D’abord ponctuellement, à partir de 2003, le temps de rénover la ferme tout en poursuivant leur activité à Londres, puis en s’y installant dix ans plus tard.

Paul Cockle apporte son expertise de conception et de production, d’élaboration de plan d’affaires, de stratégie de collecte de fonds… parce que planifier les procédures opérationnelles est indissociable de la définition d’une politique artistique. Il intervient à distance : ce mentorat en ligne concerne la gestion de production et la stratégie marketing, la réservation de tournées et la programmation, et bien sûr la création artistique. Sa mission de conseil, en lien avec des partenaires, porte sur une assistance complète pour le développement de spectacles. Le partenariat avec un producteur mondial de spectacles (contact noué lors d’un travail commun pour le Dôme du Millénaire, à Londres) permet en effet de contribuer aux nouvelles œuvres de cette grosse machine internationale. Abigail Yeates, directrice-animatrice de spectacle est aussi chorégraphe et enseignante de yoga. Elle poursuit une démarche holistique en associant développement personnel et professionnel. Elle enseigne ici (et à Limeuil) avec une autre professeure de yoga, coordonne aussi des cours de cirque pour les enfants.

La liberté de créer

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Lors d’un stage au Centre national des arts du cirque de Châlons-en-Champagne, Abigail a adoré le lien qui unit la France à ses artistes et, avec son mari, ils ont alors nourri le projet de quitter Londres. Dans le maillage officiel d’une quinzaine de pôles cirques nationaux en France — dont celui de Boulazac, près de Périgueux — ils ont voulu tenter ce centre alternatif et privé. La structure d’ensemble combine une forme associative, pour les cours et un petit festival, et une entité commerciale, cette dernière « nourrissant » la liberté de l’autre. « Nous avons accueilli une résidence durant plus d’un mois, ce début d’année, avec dix artistes internationaux venus créer un spectacle qui circule maintenant sur un bateau, en Méditerranée. C’est très inspirant et reposant pour eux d’être ici, après des séances intensives. » Abigail, danseuse passée à la danse aérienne pendant dix ans, et chorégraphe, fait évoluer son art au fil de ses expériences. Elle projette de réaliser un “film dansé » dans la campagne du Périgord, un projet personnel qui comble son incessante envie de créer. Sans empêcher sa contribution aux grosses machineries : tout récemment encore, lors de répétitions effectuées ici pour un show électrique destiné à un casino, en Chine.

Des événements enracinés en Périgord

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Abi et Paul disent avoir la chance de travailler avec des artistes, chorégraphes, dessinateurs, réalisateurs, producteurs, formateurs et s’attachent à partager ces relations avec « la communauté culturelle locale » au fil d’un programme diversifié ouvrant à toutes les formes d’art vivant lors de retraites, stages et résidences. Le centre multiplie les expériences d’éducation et de formation innovantes. Qu’il s’agisse de stages pour les jeunes ou de formations professionnelles, de “nature and nurture” (nature et aide au développement personnel) ou de danse aérienne DADA (Dordogne aerial dance atelier) avec des ateliers techniques et créatifs en habiletés aériennes, danse, acrobatie, yoga, masterclasses de production et de gréement (prochain rendez-vous du 8 au 13 juin), la création tire parti d’un environnement paisible et des bons produits locaux, notamment pour des plats ayurvédiques. Tous les deux ans, un événement festif ajoute à la fidélité du centre dans son paysage : le micro-festival estival “Redfest” allie le cirque, la danse et le théâtre. La prochaine édition est prévue en août 2023, la crise sanitaire l’ayant éloignée de celle de 2019. On y retrouve, sur les temps de convivialité, les délicieuses préparation d’Anita Pentecôte.

“Unearthed”, un mois en coulisse

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Les évolutions techniques récentes aux Joncailles ont permis à des spectateurs de Londres de suivre en streaming le spectacle de la Guildhall School. Un triptyque pour quatre artistes appliquant leurs performances physiques à la partition écrite pour eux par les étudiants de cette école londonienne, transplantés en Périgord le temps de cette création. Premier tableau : un duo ajuste sa relation, tout en tension et résistance, pour inscrire sa place dans la nature…. une question d’équilibre, de forces et de faiblesses. Deuxième tableau : une fraternité se noue lors d’un orage d’été, éprouvant les personnalités dans la relation de groupe. Enfin, le printemps repousse l’hiver dans une nature triomphante, qui remet l’homme à sa place : un dernier tableau prétexte à des prouesses techniques, sur une musique originale. Cerceaux, jongleries, pluie de cordes : tous se jouent avec humour et sensibilité des codes orchestrés en coulisses par la jeune promotion… notée sur le travail accompli après ce mois d’immersion en Périgord.