Cette année, 109 châteaux, manoirs, gentilhommières ou demeures de caractère (dont 27 nouveaux), participent à l’opération annuelle organisée par le comité départemental du tourisme de Dordogne. Châteaux en fête, c’est une opération de l’avant-saison destinée à faire connaître le patrimoine local aux Périgordins à travers des visites ou des animations. Les habitants du département en deviennent les meilleurs ambassadeurs.

Les nouveaux périgordins qui ont eu un coup de cœur pour s’installer ici, partagent aussi leur enthousiasme. C’est le cas de Roberto et Bruno Courtin qui ont acheté il y a quatre ans une grande demeure néoclassique de style napoléon III dans le quartier de la Prunerie à Marsac. L’un cuisinier dans des palaces, l’autre haut gradé dans la gendarmerie, en avaient assez de la vie à Paris. Ils rêvaient d’une belle région comme le Périgord que Bruno connaissait pour être passé par Saint-Astier. A force de recherches, ils ont flashé sur cette maison cachée dans un petit parc, dont le dernier propriétaire fut Jacques Canton, l’ancien président de la Chambre de commerce et d’industrie de Périgueux. Ils ont décidé de la baptiser La maison au cèdre, en hommage au grand arbre de 400 ans situé derrière la maison.
Un mélange de styles

Ils ont passé plusieurs années à la rénover à leur goût, Roberto étant formé en restauration de mobilier à l’école Boulle. Ils ont choisi d’adopter le style napoléon III en le mixant avec différents styles. Par exemple, au plafond d’un salon, se trouve une reproduction d’une grande scène épique qui vient du musée du Prado à Madrid. Les parquets ont dû être débarrassés des anciennes moquettes, avant d’être traités avec des litres d’huile de lin. Ils sont désormais impeccablement cirés. Il a fallu tout remettre aux normes de sécurité et de confort, de la centaine de prises électriques à une quarantaine de fenêtres à double vitrage réalisées sur mesure.

Ce mélange de styles donne à l’ensemble un côté original, luxueux et douillet. Les propriétaires louent cinq chambres d’hôtes de différentes tailles et proposent une table d’hôtes. « Tout le monde mange autour de la même table, comme en famille. La cuisine est aussi une pièce de vie. Nous privilégions l’idée de partage dans cette maison où nous habitons. Tant pis pour ceux qui sont surpris au début. Ils finissent par apprécier notre accueil et beaucoup reviennent passer encore plus de temps », souligne Roberto. Bruno rappelle que les locations qui se font via des plateformes attirent « 80 % d’étrangers de 27 nationalités différentes ». L’établissement fait le plein tout l’été. Les propriétaires parlent anglais et espagnol, ce qui est apprécié. Du calme malgré la proximité de la ville, un grand parking intérieur discret et une vaste piscine qui incite au farniente sont d’autres atouts. Déjà plus de 600 convives ont été accueillis depuis l’ouverture.
Un témoignage du XIXe siècle

Bruno et Roberto ont adoré le contact trouvé en Dordogne, un endroit où « les gens ont le sourire, se disent bonjour et se parlent », résument-ils. Ils se sont penchés sur l’histoire de leur maison grâce à Marie-France Bunel, cheffe de projet à l’Office de tourisme intercommunal. « Elle a été construite en 1860 par Pierre Lafaye, fils d’un drapier de Bordeaux. Son fils Guillaume Lafaye a été plus tard maire de Marsac », explique celle qui est aussi membre active de la Société historique et archéologique du Périgord. « Cette maison bourgeoise est typique du XIXe siècle en Périgord : elle employait quatre domestiques et un cocher.» Le constructeur est marié à Henriette Montagut d’une famille qui possédait la plus grande partie des terres du Chambon qui borde l’Isle. Des recherches restent à faire pour retrouver le nom de l’architecte de la maison de la Prunerie.

La maison pourra se visiter sur certains créneaux durant Château en fête. Programme à consulter sur le site. Il y aura même un concert les 18 et 19 avril. Sinon, il ne reste qu’à réserver un séjour dans une chambre d’hôte et à la table d’hôte, après avoir regardé les commentaires excellents sur Internet.
C’est Roberto qui officie en cuisine. Il a une passion pour le canard. Pour les petits déjeuners, il confectionne les chocolatines, les chouquettes et les confitures avec les fruitiers du verger.
« Une bulle qui fait du bien »
L’opération Châteaux en fête ouvre la saison touristique qui attire d’abord une clientèle locale et régionale. C’est une belle opération de communication pour les propriétaires du patrimoine. L’association La Demeure historique, qui en fédère beaucoup pour les conseiller et les soutenir, est partenaire, comme le rappelle son délégué départemental Christophe Mangé. Posséder et gérer de tels biens est d’abord une passion.

Du 11 avril au 3 mai, c’est la sixième édition de châteaux en fête. Elle s’étale cette année sur trois semaines pour profiter des vacances et de plusieurs week-ends. Sylvie Chevalier, la présidente du Comité départemental du tourisme qui a créé l’opération, dit tout le bonheur apporté par ces visites et animations « à l’heure où nous sommes impactés par les remous du monde et les crispations intérieures. Elles nous offrent une bulle qui nous fait du bien ».
Le principe est d’accueillir avec le sourire pour partager de bons moments. Selon les moments et les lieux, les visites et animations sont gratuites ou payantes. La proposition fonctionne, puisque chaque année de plus en plus participent. En 2025, 90 000 visiteurs ont été comptabilisés durant ce créneau sur l’ensemble des sites. Le département et plusieurs partenaires mettent 50 000 euros pour la communication qui popularise cette manifestation… Elle fait du bien au Périgord en ouvrant des portes avec le sourire.









