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Une seconde infinie avec Rébecca Dautremer

© S.B.T.
IMMERSION. Le délicieux petit monde coloré de Rébecca Dautremer s'expose en grand à l'espace culturel François Mitterrand, à Périgueux, et le rêve éveillé prend même une autre dimension avec la machinerie qui donne du relief à son œuvre et une voix à ses personnages.

C’est un émerveillement qui va durer jusqu’à Noël et un peu plus. Une exposition inédite, constellation délicate qui fait briller le travail de Rébecca Dautremer sous quelques-unes de ses nombreuses facettes, sélection faite dans sa bibliographie récente : Des souris et des hommes, roman graphique mettant en images l’œuvre de Steinbeck dans sa quasi-totalité pour révéler les personnages dans leur humanité malmenée, planter des décors que l’auteur décrit pourtant à peine et s’amuser avec de délirantes petites surprises, Le Bois dormait, Cavale, Midi pile, Jacominus… ou plus ancienne, comme Babayaga (2003). Tout un univers dédié à la jeunesse, pour mieux éblouir les grands enfants que nous restons. La créativité de l’illustratrice va bien au-delà des albums qu’elle publie depuis vingt ans puisque son talent porte jusqu’au cinéma, avec le film d’animation Kerity, la maison des contes (2009), et jusqu’à la scène, avec le spectacle Jacominus et moi – La conférence ébouriffée, présenté lors du Festival BD en Périgord à Bassillac-et-Auberoche.

L’aventure d’une seconde

Le temps des vacances de Toussaint, puis celles de Noël pour les retardataires, est idéal pour traverser en famille l’œuvre exposée à l’espace culturel départemental et admirer dans leur grand format originel les illustrations publiées surtout chez l’incontournable Gautier-Languereau, en fidélité aux premiers pas, mais aussi chez Sarbacane ou Flammarion.

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La grande surprise, qui donne un caractère exceptionnel à ce rendez-vous périgourdin avec l’artiste diplômée des Arts Décos de Paris, c’est l’espace dédié à Une toute petite seconde, une fresque originale dont on peut observer le moindre détail à travers le dessin et la peinture présentés en perspective, le tout corrélé à deux étranges et magiques dispositifs, imaginés avec son père, féru de menuiserie et capable de fabriquer ces objets qui n’existaient pas avant cette folle idée : une roue pour faire défiler la centaine de personnages qui peuplent cette seconde et une boîte à sons qui leur donne la parole « avec les voix du juke-box familial » pour se raconter dans une ambiance sonore. « J’ai saisi l’opportunité de cette exposition pour aller plus loin que la seule présentation de planches et montrer ce qui deviendra un livre en accordéon, un leporello, avec un arrêt sur image dans la vie de Jacominus : une seconde et cent personnages, identifiés, qui racontent ce qu’ils font à ce moment précis. » Les histoires s’imbriquent à la manière d’un domino, en une sorte d’instantané choral. Le rêve prend alors forme, le dessin gagne du volume, du mouvement, de la voix. Déjà très intenses par les couleurs et le choix des cadrages, passion pour la photographie oblige, les œuvres de Rébecca Dautremer s’animent artisanalement, dans une intimité partagée.

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Puissance du regard et de l’expression

Rébecca Dautremer chemine entre les contes et les grands classiques qui jalonnent la littérature pour imprimer un regard et un style inégalé, elle mélange les genres, alterne les techniques, multiplie les références, joue avec les rythmes entre série d’esquisses et énergie du premier jet. L’artiste qui pensait se « révéler » avec la photographie, au détour de bains successifs dans le labo, continue de résonner à la lueur de cette technique : « j’imagine ce qu’il y a devant mes yeux ». Heureuse de voir sortir l’illustration de la condescendance dans laquelle elle fut un temps tenue, elle se délecte de la renaissance et du rayonnement de cet art, qu’elle se félicite d’avoir appris à l’ère « d’avant le digital, dans les années 90, en appréciant le papier, la gravure, la plaque sous la presse, la sérigraphie, l’encre partout… Je n’ai jamais lâché ces origines ». L’artiste n’est pas passée au numérique et reste attachée à la matière — y compris l’objet photographique —, même écornée, jaunie, déchirée. Vivante.

Cet immense talent, récompensé par de nombreux prix, remporte un succès public autant que critique, avec des publications dans le monde entier. Ce qui lui permet d’aller jusqu’au bout de son exigence, avec des « objets livre » qui sont aussi beaux que ce qu’ils contiennent… « à une époque où on est tous sur un petit écran un peu pourri, tant qu’à conserver le livre, autant qu’il soit beau : quand on l’offre à un enfant, il devient alors un petit trésor. »

Le bonheur de se retrouver pour un vernissage, comme avant © S.B.T.

• Jusqu’au 30 décembre, espace culturel François Mitterrand, place Hoche, Périgueux. Prêts de l’artiste et de la galerie Robillard.

Une autre exposition à visiter, en proximité : Camille Lavaud aux Archives départementales.

Enquête de culture

Jusqu’au 19 novembre, le Conseil départemental de la Dordogne et la Ville de Périgueux enquêtent sur les habitudes culturelles des Périgourdins afin de renouveler les offres, y compris numériques. Musique, cinéma, théâtre, télévision, lecture, jeux vidéo, internet et plus encore entrent dans nos “pratiques culturelles et numériques”’ quasi-quotidiennes. Pour mieux les connaître et les comprendre, l’étude en cours directement auprès de la population passe par un questionnaire en ligne : 7 minutes suffisent pour y répondre de façon anonyme.