Accueil BIEN aimé Tout d’humain, rien de cliché

Tout d’humain, rien de cliché

Virginie par © Fred Perrier
PHOTOGRAPHIE. Nouvelle arrivée dans le collectif “Elles font l'art en Nouvelle-Aquitaine", Virginie Roussel est sur plusieurs fronts photographiques ce printemps, avec la parution de l'album Essentielles et une exposition "vélo" qui roule très bien, stationnée à La Bicicleta de Souillac après une étape à la gare Doisneau de Carlux. Et elle ne se lasse pas de s'impliquer dans le développement de l'entrepreneuriat au féminin en Dordogne, avec les Premières Nouvelle-Aquitaine.

Virginie Roussel a fait aux côtés de Véronique Iaciu, directrice artistique du festival du Périgord noir et instigatrice du collectif féminin dédié à l’art en Nouvelle-Aquitaine, des prises de vue décalées de l’édition du festival 2021, lors d’une randonnée interactive avec des musiciens, de quoi casser une image parfois trop classique. Elle est aussi intervenue lors de l’académie de musique pour des images captées au-delà de la scène et du salut final des artistes. « C’est vraiment ma spécialité d’aller dans les coulisses pour montrer ce qu’on ne voit pas d’habitude. »

Voyageuse fixée en Périgord

Vélo Ghat, photo prise en Inde, à Bénarès, l’une des deux photos de Virginie entrées dans le fonds du Musée La Gare Robert Doisneau © Virginie Roussel

Arrivée en Dordogne pour suivre son compagnon, Virginie avait déjà failli prendre un poste à Périgueux lorsqu’elle terminait son master, à Bordeaux, mais une bourse d’étude pour partir à Montréal l’a finalement décidée à promener son appareil ailleurs…  Puis, après un périple de traversée de l’Asie durant un an, des étapes dans le Jura et en Normandie, le Périgord a refait surface… « Je pensais que c’était pour six mois, nous sommes toujours là. » Entré comme apprenti dans une entreprise de ferronnerie d’art, son compagnon, Thomas Holt, est aujourd’hui le dirigeant d’Atelier d’œuvres de forges, à Hautefort : pendant cinq ans, le créateur lui a transmis son savoir-faire pour la reprise. « Tout le monde pense que c’est son fils », sourit Virginie. Fils spirituel, qui vient de recevoir un coup de cœur de l’économie pour son travail sur la rénovation des atriums et des escaliers de La Samaritaine. Virginie ne manque pas de porter son regard sur ces œuvres d’art qui renaissent.

Elle a toujours pratiqué la photo sans penser en faire un jour son métier. « C’est le Périgord qui m’a offert cette occasion. En arrivant, j’ai travaillé dans le tourisme et la communication, pour des remplacements, ensuite je pouvais devenir directrice d’un camping, mais j’ai finalement travaillé pour le cinéma de Périgueux ; j’ai progressivement diminué mon temps de présence pour lancer mon activité, vendre mes photos “pour accrocher autre chose que des taxis jaunes ou des galets sur ses murs” ». Après pas mal d’expositions à Périgueux, Virginie Roussel est entrée dans la coopérative d’entrepreneurs Iriscop, qui s’installe cette année à Montignac, « une façon de me jeter dans le grand bain de l’entrepreneuriat, mais avec des brassards ».

Carol Lassaux, du Savon Ivre, l’une des Essentielles de l’album © Virginie Roussel

Photothérapie

Celle qui a reçu comme conseil de se spécialiser dans un registre photographique répond plutôt que sa dimension, c’est l’humain : elle aime les gens… en général et en particulier. « J’aime la vie, le mouvement, mettre les gens en réseau et photographier ces liens qui me sont naturels, il ne faut pas d’événement prévu pour m’appeler, juste vouloir capter un instant pour traverser le temps… Je n’ai pas de filtre particulier, plutôt un regard non jugeant et j’aime prendre le temps : je suis ravie quand j’arrive à changer le regard sur la photographie. Je rencontre pas mal de gens qui aiment la photo, mais n’aiment pas être dessus : j’ai envie d’être la personne qui va leur donner leur image. »

Brigitte, du Petit Boudoir Fleuri, chez elle, dans son univers © Virginie Roussel

Un chemin qui permet de valoriser, sans intrusion. « Une personne m’a contactée parce qu’elle ne s’aimait pas et faisait un travail sur elle-même. On lui avait conseillé de se confronter à un objectif. Cette mise à portée de regard s’est faite sur trois ans, il fallait aussi que j’accepte cette légitimité. Finalement, une seule séance a suffi, elle est arrivée avec un col roulé et des bottes. » La mise à nu s’est faite en moins de 2 h et Virginie se dit encore « chamboulée » par cet effeuillage dont elle n’a pas pu maîtriser le rythme, qui s’est accéléré quant cette femme a vu ce que Virginie pouvait faire d’un simple coin de nuque. Elle s’est alors présentée dans une intimité libérée. Et cette photo de femme allongée sur un lit est la pièce maîtresse des trois œuvres que Virginie Roussel confie à une exposition collective consacrée au nu, qui devrait bientôt voyager au Canada, après une présentation à l’Artothèque de Trélissac. « Avoir (à voir ?) ces photos lui a ensuite permis d’accepter un portrait, un plan sur ce visage qu’elle cachait plus que tout. Je ne dévoilerai bien sûr pas à qui appartiennent ces nus présentés en exposition, mais la personne a assisté aux vernissages et entendu combien on la trouvait jolie : elle ne croyait pas être cette personne dont on demandait le 06. » Photothérapie ? « Oui, mais je ne travaille pas dans l’artifice, avec de longues séances de maquillages : tout est reproductible, on est soi, y compris le lendemain. »

© SBT

Virginie fait circuler un travail réalisé avec un imprimeur et une relieuse locale, un papier d’art confectionné en accordéon pour une quarantaine de photos : pour cette commande familiale, il lui importait que la grand-mère regarde son petit-fils et non pas l’objectif, et toute l’ambiance est saisie dans cet état esprit.

Curieuse !

La photographe a choisi de s’investir dans l’entrepreneuriat au féminin et partage son expérience avec le réseau des Premières en Nouvelle-Aquitaine. Elle en assure la coordination en Dordogne avec Natalia Héraut et Laura Laburthe. Par ailleurs, avec Marine Petit, journaliste à Dordogne Libre, Virginie est chef d’orchestre d’une publication qui sera présentée le 24 mai à Périgueux : ce magazine “Essentielles” montrera le parcours de 22 Périgourdines pour 2022, il est financé par celles qui y sont mises à l’honneur. L’œil de Virginie s’est arrêté un jour sur une édition ”Loving“, déjà consacrée à Bergerac et à Arcachon, en se demandant pourquoi pas à Périgueux ? La rencontre avec Olivier Schwob, l’éditeur, s’est faite à l’automne et voilà la parution qui fleurit ce printemps : cet album réunit des portraits de femmes liées à la Dordogne, pour montrer « ce qu’elles ont dans le ventre, ce qui fait qu’elles se lèvent le matin ». Et Virginie sait de quoi elle parle !