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Qualité de l’eau : un juste milieu entre prévention et réparation

©C.Ribeyreix

Sollicité par le PNRPL, Gilles Guibaud, enseignant-chercheur auprès de l’université de Limoges (Laboratoire E2lim) a récemment expliqué, lors d’une Web-conférence, les enjeux liés à l’utilisation de ces produits. Il a notamment mis l’accent sur les difficultés pour traquer les pesticides, liées à leur dégradation, leur dispersion dans l’environnement, ainsi qu’aux mécanismes d’échanges entre les sols, les milieux aquatiques, et l’air.

De nombreux défis

Avec 75 % des eaux de surface et 60 % des eaux souterraines contaminées, la réduction des pesticides est un enjeu de santé publique. Pour autant, « d’un bout à l’autre de la chaîne, la responsabilité doit être partagée » a indiqué le conférencier, « entre les agriculteurs que l’on a incité à augmenter, optimiser la production ainsi que les rendements, et les consommateurs ». Vouloir manger en quantité des produits de belle apparence nous rend complices d’un système que nous critiquons. D’où la nécessité de réfléchir à la société de demain, en n’occultant pas l’enjeu d’un secteur,l’agrochimie, pesant plus de 2 milliards €.

L’urgence d’agir

Si 90 % des usages agricoles ont un impact de deux tiers sur les milieux aquatiques, les 10 % d’usages non agricoles ont une incidence non négligeable d’un tiers. Même l’agriculture biologique, utilisatrice de produits phytosanitaires minéraux comme le cuivre ou le soufre, peut avoir une conséquence délétère sur l’environnement. « Bien que naturels », a souligné l’enseignant-chercheur, « ces produits restent des molécules chimiques potentiellement actives. L’usage répété du cuivre par exemple sur un même territoire va, au fil des années, contaminer les sols jusqu’à en limiter les usages ultérieurs. Quant au souffre, il peut porter atteinte à la faune auxiliaire nécessaire pour lutter contre certains nuisibles ».

De l’épandage à la présence dans l’eau

Les temps de transfert dépendent des caractéristiques physico-chimiques des molécules, des modalités d’utilisation du matériel, mais également des conditions environnementales : climatologie, nature des sols et proximité du réseau hydrographique. Le facteur pluie reste un paramètre important à prendre en compte. Lorsqu’il pleut, les pesticides sont acheminés de manière plus ou moins importante, selon leur affinité pour l’eau (pesticides ioniques) ou pour les sols (pesticides métaboliques). Ils se retrouvent dans les eaux de surface de façon plus intense mais courte, et dans les eaux souterraines avec une diffusion moins notable mais plus lente

Un contexte local spécifique

Notre territoire présente une multitude de petits cours d’eau et de faibles débits ne favorisant pas la dilution des pesticides. Si la polyculture-élevage a un faible recours à l’usage des phytosanitaires par rapport à d’autres types de cultures, il n’est cependant pas sans effet sur la qualité des eaux et le réseau hydrographique.

Évolution du climat, accentuation des périodes de plus en plus fréquentes et longues de sécheresse, entraînent une accumulation des pesticides qui se retrouvent lors des premières pluies massivement concentrés dans les eaux.

L’ANSES a publié des listes de pesticides dits « pertinents » donc potentiellement à risque, à rechercher dans les eaux potables. Les captages à faible profondeur n’ayant pas ou peu de traitement, sont tout particulièrement vulnérables. Un traitement spécifique serait compliqué à mettre en place économiquement puisque concernant un faible nombre d’abonnés.

Quelles solutions ?

Il est techniquement possible d’éliminer les molécules chimiques notamment avec des traitements à base de charbon actif. « Mais ces solutions », a insisté le conférencier, « ont un coût qui peut être lourd pour de petits captages contaminés. L’investissement dans des équipements et leur fonctionnement occasionneraient ainsi une augmentation non négligeable de la facture des abonnés. Sur le plan technique, il faut aussi prendre en compte l’évolution des molécules phytosanitaires. Si les molécules mères sont parfaitement connues aujourd’hui et ont des durées de vie de plus en plus courtes, les métabolites (en se dégradant, la molécule mère produit une dizaine de molécules appelées métabolites) peuvent s’avérer plus persistantes et plus mobiles dans les sols et dans l’eau, avec des conséquences toxicologiques avérées ou suspectées ».

Les analyses actuelles de captage d’eau potable se concentrent sur les molécules mères pour plusieurs raisons : il est indispensable d’identifier les métabolites, de mieux les connaître ainsi que les risques qu’elles présentent pour la santé. Dix années ont été nécessaires pour que toutes les chaînes se mettent en place concernant des métabolites incriminées.

Les fermes DEPHY au service de la qualité de l’eau et de la biodiversité

Axe majeur du plan Ecophyto, le dispositif Dephy regroupe 3000 exploitations en France, toutes filières de production confondues. Son objectif repose sur l’expérimentation, la valorisation et le déploiement de techniques et systèmes agricoles réduisant les usages de produits phytosanitaires, tout en préservant la performance, et promouvant des techniques économiques, environnementales et sociales performantes.

Ingénieur réseau auprès de la Chambre d’agriculture de la Dordogne, Didier Mery accompagne le réseau Dephy-noix soit douze exploitations réparties sur l’ensemble de la zone nucicole départementale.

Le technicien salue des résultats positifs. Depuis 2016, six d’entre elles se sont converties au bio. Au sein de ce réseau, les exploitants échangent, testent et expérimentent de nouvelles méthodes, sans remettre en cause leur équilibre économique.

©C.Ribeyreix

Complètement convertis au bio depuis 2018, Thierry et Anne Mezurat ont centralisé l’intégralité de leur exploitation, à Lisle, soit 15 ha (Moulin du Petit Claud). Déjà engagés depuis longtemps dans l’utilisation de produits homologués bio, ils ont intégré le réseau Dephy et apprécient le fait de pouvoir partager des pratiques, les éprouver, afin de réduire l’impact environnemental de leur exploitation.

Les pièges à phéromones par exemple, sont une alternative de lutte contre les prédateurs de la noix, en libérant des hormones sexuelles de synthèse pour attirer les mâles des nuisibles visés, limitant ainsi la reproduction, la fécondation et la ponte. Pour eux, ces pièges ont une efficacité équivalente avec un prix identique, tout en représentant un gain de temps. Ils ont aussi pris l’habitude de réduire les tontes autour des arbres, préservant ainsi la biodiversité et diminuant les risques de maladies, propagées par la prolifération des champignons. Ils ont également opté pour le fractionnement des engrais, évitant ainsi des pousses trop rapides d’arbres vulnérabilisés, constituant un terrain favorable au développement de maladies. En n’utilisant les engrais qu’en cas de réel besoin, ils parviennent en réduisant leur utilisation à baisser les coûts.

Les objectifs 2022-2026 du réseau Dephy tendent vers la fin de l’utilisation des insecticides grâce aux méthodes alternatives, et la réduction des herbicides. Une ambition partagée par les 48 fermes périgourdines engagées dans ce projet.