Accueil BIEN commun Les Patrimoniales de la vallée du Salembre : un élan collectif

Les Patrimoniales de la vallée du Salembre : un élan collectif

© Jean-Marie Bourland
TRACES D'HISTOIRE. Les Patrimoniales de la vallée du Salembre réunit des passionnés de vieilles pierres, soucieux de les protéger et surtout ravis de les faire revivre. Le projet du moment de l'association : refaire une beauté au colombier de Saint-Germain-du-Salembre.
© coll. particulière

Jean-Marie Bourland, ancien agriculteur aujourd’hui à la retraite, né à Saint-Germain-du-Salembre, est l’un des trois coprésidents de l’association Les Patrimoniales de la vallée du Salembre. Il fait partie de ceux qui ont choisi d’agir plutôt que de regarder disparaître. Jour après jour, il s’investit dans le devenir de sites abîmés par le temps, convaincu que le patrimoine n’est pas un vestige du passé, mais une responsabilité collective pour l’avenir. “Nous avons choisi les Patrimoniales avec mon épouse, une fois à la retraite, en 2018, sur les conseils d’une amie, Monique Gatot, mais aussi parce que nous avons toujours aimé le patrimoine et l’histoire. L’un n’allant pas sans l’autre.”

Petit patrimoine, grand intérêt

Trous de boulins © IBF

L’histoire de l’association prend racine dans une initiative intercommunale. Dès 2011, puis renforcée en 2013 par la communauté de communes regroupant Chantérac, Saint-Aquilin et Saint-Germain-du-Salembre, elle décide d’agir face à la dégradation progressive du petit patrimoine local. À l’origine, un site patrimonial particulier, menacé par le temps, sert de déclencheur et met en lumière la nécessité d’une action structurée. Pour commencer, la ”comcom” choisit de porter ce projet sous la forme d’une compétence directement gérée par des élus. L’objectif est alors concret et pragmatique : réparer et préserver le petit patrimoine, en commençant par des éléments emblématiques de la vie rurale, comme les lavoirs.

© Patrimoniales SGDS

Mais au fil des années, une évidence s’impose. Pour que cette démarche prenne pleinement sens et s’inscrive dans la durée, elle doit être portée par celles et ceux qui vivent ce patrimoine au quotidien. Au bout de la deuxième année, la ”comcom” décide donc de confier le projet à des habitants des trois communes, tous passionnés par l’histoire locale et la sauvegarde des sites anciens. L’association est alors créée sous le statut de loi 1901.

Une équipe fondatrice ancrée dans le territoire

La première présidence est assurée par Martine Léchelle, élue de Chantérac. Elle est accompagnée de Gladys Ceaux, élue de Saint-Germain-du-Salembre, qui occupe le poste de vice-présidente. À leurs côtés, Joël Beyney et Serge Laruë-Charlus, non élus mais fortement investis, deviennent également vice-présidents, représentants respectivement Saint-Aquilin et Chantérac. Cette équipe fondatrice incarne l’esprit de l’association : un équilibre entre élus et citoyens, entre institutions et engagement bénévole, au service d’un patrimoine commun.

Serge Larüe-Charlus, Joël Beyney, Jean-Marie Bourland © IBF

Cette gouvernance évolue avec le temps En 2023, à la suite du retrait de Martine Léchelle, l’association fait évoluer son mode de fonctionnement. Un choix fort est alors posé : celui d’une présidence collégiale, avec trois coprésidents, Joël Beyney pour Saint-Aquilin, Jean-Marie Bourland pour Saint-Germain-du-Salembre et Serge Larüe-Charlus pour Chantérac. Une manière de réaffirmer le caractère collectif, équitable et territorial de l’engagement patrimonial. L’association repose sur une équipe de bénévoles unis par la passion. Cathy Regottaz, Monique Gatot, Didier Guichard et Christian Pommier comptent parmi les habitants profondément ancrés dans ces trois communes, majoritairement retraités, animés par une passion commune pour le patrimoine local. Mais l’engagement ne se limite pas aux pierres : la convivialité et le lien humain jouent un rôle essentiel. Restaurer ensemble, c’est aussi partager, transmettre et faire vivre un esprit collectif.

Le colombier de Saint-Germain-du-Salembre

Le colombier de Saint-Germain © IBF

L’association s’est lancée dans la restauration d’un colombier, à ne pas confondre avec un pigeonnier. Le pigeonnier désigne une construction destinée à abriter des pigeons ; généralement de taille modeste, il est souvent intégré à une ferme ou à une maison rurale, au sol ou sur pilotis. Le colombier est lui aussi un pigeonnier, mais d’un tout autre statut : plus vaste, souvent circulaire et monumental, il relevait sous l’Ancien régime d’un privilège seigneurial. Réservé à la noblesse, il constituait un marqueur de prestige et de richesse.

Daté a priori du XVIᵉ siècle, cet édifice singulier est privé de toiture depuis au moins un siècle. Anciennement propriété du seigneur local et aujourd’hui communal, ce bâtiment symbolique, longtemps laissé à l’abandon, fait désormais l’objet d’un ambitieux projet de renaissance. À Saint-Germain-du-Salembre, le patrimoine emblématique reste bien sûr le château, construit au XIIᵉ siècle sur le site d’une villa gallo-romaine, dans la continuité d’une motte féodale appelée le Chatelard, qui le surplombe encore. Avec l’église, il constitue le témoignage fondateur du village, les premières pierres autour desquelles s’est construite l’histoire locale.

En quête de chantier-école

Croquis de la restauration du colombier © IBF

Une restauration ne se fait jamais en un jour. C’est une succession d’étapes : l’initiative du projet, les premiers contacts, la recherche de partenaires locaux, les échanges avec des entreprises, des propriétaires forestiers pour la fourniture des arbres destinés à la charpente, la présentation du projet à la mairie puis aux habitants, avant l’organisation concrète du chantier. L’association travaille en lien avec des entreprises locales, souvent engagées par des dons de matériaux ou un soutien logistique. Elle bénéficie également de l’appui des Compagnons, notamment pour les plans de charpente et la recherche d’un chantier-école, ainsi que de la Fondation du Patrimoine, qui apporte conseil et accompagnement, notamment pour l’ouverture d’une souscription.

© IBF

La principale difficulté actuelle reste justement la recherche d’un chantier-école. Pour le reste, l’association souligne une grande satisfaction face à l’engouement spontané suscité dès le début du projet, aussi bien auprès des bénévoles que des partenaires. Jean-Marie Bourland décrit Saint-Germain-du-Salembre à travers son patrimoine : “Malheureusement, le patrimoine artisanal, agricole et industriel des XIXᵉ et XXᵉ siècles a presque entièrement disparu. Nous essayons donc de mettre en avant ce qu’il reste : le patrimoine naturel, avec la forêt, la faune et la flore, mais aussi le patrimoine médiéval. Il en subsiste des traces fortes : deux mottes féodales, une église, un château… et bientôt, nous l’espérons, un colombier rajeuni, symbole de ce renouveau” (au début du mois, une publication du chantier du colombier a fait 8000 vues sur FB et Instagram). Une souscription devrait voir le jour cette année, ouvrant la voie à une mobilisation du public.

Passeur de mémoire… aussi en tant que grand-père

Saint-Germain-du-Salembre © col. particulière

Au-delà de son engagement associatif, Jean-Marie Bourland est aussi un passeur de mémoire au quotidien, dans le cercle le plus intime : celui de sa famille. Avec ses petits-enfants, la transmission se fait par petites touches, sans jamais forcer. « Nous évitons de les submerger », explique-t-il. L’essentiel est ailleurs : susciter l’envie, nourrir la curiosité naturelle, donner le goût de comprendre plutôt que d’imposer un savoir.

Cette transmission douce a récemment pris une dimension très concrète. Sa petite-fille Noëlla, alors en classe de première, devait réaliser un travail scolaire sur le patrimoine de sa commune. Elle est venue poser des questions à son grand-père. Le résultat ? Une excellente note. Mais l’émotion ne s’arrête pas là. Dans son devoir, Noëlla a pris soin de citer ses sources. Parmi elles, un nom inattendu et profondément symbolique : Papi.
« J’étais doublement ravi », confie Jean-Marie Bourland. Touché par la réussite scolaire, mais surtout par ce geste simple et fort, preuve que la transmission avait porté ses fruits. Car transmettre le patrimoine, ce n’est pas seulement restaurer des pierres : c’est faire en sorte que l’histoire continue de vivre dans les générations suivantes.

Les rendez-vous des Patrimoniales

L’association Les Patrimoniales de la vallée du Salembre propose plusieurs temps forts au début de l’année 2026, ouverts à tous les curieux et passionnés de patrimoine.
– Visite de l’ensemble pictural de l’église de Saint-Méard-de-Drône samedi 14 février (9 h 30 devant l’église, un café d’accueil sera offert avant le début de la visite).
– Conférence samedi 14 mars : le patrimoine vernaculaire de la Double et du Landais, animée par Marc Bonnier, à 15 h, suivie d’un échange avec la salle à 16 h 30 (salle des fêtes de Saint-Aquilin)
– Avril : actions de sensibilisation dans les écoles Au printemps, l’association poursuit son travail de transmission auprès des plus jeunes, à travers plusieurs interventions en milieu scolaire.
L’association est à la recherche de nouveaux bénévoles, passionnés de patrimoine, curieux ou simplement désireux de participer à une aventure humaine et conviviale. Toutes les bonnes volontés sont les bienvenues : 06 52 31 17 65 -patrimonialesdusalembre@gmail.com

Patrimoine en danger : les Français en première ligne

Ils sont 67 % à le dire : il y a urgence. Urgence à protéger, entretenir et restaurer ce patrimoine qui raconte l’histoire des villages, des pierres et des hommes. Face au temps qui abîme, qui fissure et qui efface, les Français ne veulent plus rester spectateurs. Mieux encore, 55 % d’entre eux se disent prêts à s’engager concrètement : offrir de leur temps, parfois de leur argent, pour préserver ces lieux chargés de mémoire. Un attachement sincère, palpable, qui s’incarne sur le terrain.