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Le troubadour d’Expoésie

La fameuse grenouille de la place Saint-Louis avec Hervé Brunaux qui prépare le 25e festival
La fameuse grenouille de la place Saint-Louis avec Hervé Brunaux qui prépare le 25e festival © HC
FÉROCE MARQUISE. Écrivain, journaliste, rocker, Hervé Brunaux porte à bout de bras le festival périgourdin de poésie depuis vingt-cinq ans. Sa renommée dépasse les frontières.

Dans le petit monde culturel périgourdin, Hervé Brunaux est connu comme le loup blanc. Avec son association Féroce marquise, une allusion à la marquise de Merteuil du roman libertin du XVIIIe siècle “Les liaisons dangereuses”, il a lancé en 2002 le festival Expoésie. « En Périgord, on a une tradition de la poésie depuis les troubadours, mais elle vit depuis et il y a un renouvellement avec de plus en plus de femmes », souligne le créateur.

Hervé Bruno lors de la première édition Archives Expoésie
Hervé Bruno lors de la première édition Archives © Expoésie

La première édition s’est installée sur la place Saint-Louis, animée par quelques amis très créatifs (comme Bruno Guiot, Michel Gendarme et Thierry Dessolas) et des personnalités déjà connues dans la littérature poétique comme Julien Blaine, venu de Provence, et Alain Hélissen, d’Alsace. Un salon des revues témoigne du foisonnement de la création.

« Avant le festival, nous avions commencé à Périgueux en créant la revue Ouste, au début des années 1990, alors qu’on n’avait même pas encore d’ordinateur. Nous avions participé au premier Printemps des poètes. J’avais aussi créé une revue culturelle qui s’appelait Ici en Périgord, avec le photographe Arnaud Loth dans le coup. » À l’époque, Hervé Brunaux (né en 1964), participait au groupe de rock périgourdin Les Séminoles, qui connaissait un certain succès en dégageant une sacrée énergie. Ces jeunes musiciens avaient même pu faire quelques concerts au-delà de la Dordogne.

Tout est poésie

Les pavés de la rue de la Sagesse évoquent Expoésie
Les pavés de la rue de la Sagesse évoquent Expoésie © HC

Expoésie est dès l’origine un festival hybride avec des expositions d’art plastique, des films, des performances et tous les genres représentés. « On montrait que la poésie n’était pas qu’un truc intellectualiste, perché sur les plus hautes cimes. On pouvait trouver des choses accessibles et même drôles, des poètes vivants. Entre Maurice Carême et Expoésie, il y avait un fossé.» Comme l’indique encore l’un des pavés encastrés dans la rue de la Sagesse par le sculpteur Jean-François Demeure pour le festival : « Tout est poésie ».

Hervé Brunaux, son directeur, défend cet espace de liberté : « Dès le début nous avons prouvé que nous n’étions pas dans une fourmilière pédante et trop sérieuse. Dans les années 2000, nous faisions découvrir à Périgueux la poésie sonore, la poésie action, la poésie scénique… Comme poète invité dans les festivals, je rencontrais de nouveaux créateurs et le mélange des genres… Beaucoup de choses se sont passées avec l’arrivée du numérique. »

Une performance de Ben au musée du Périgord Archives Expoésie
Une performance de Ben au musée du Périgord © Archives Expoésie

Localement, le festival semblait assez confidentiel, mais rayonnait à l’extérieur. Des gens venaient de partout, de toute la francophonie, même des Italiens, des Espagnols… Avec les performances et la poésie visuelle, la langue n’était plus une barrière. Le festival s’invitait vite dans le musée du Périgord, dans le lieu associatif À l’Art notre, rue de la Sagesse (aujourd’hui disparu) et dans des lieux étonnants à travers la ville. Des invités très célèbres comme les plasticiens poètes Ben ou Jacques Villeglé une pointure dans le monde de l’art, Serge Pey, Antonio Segui, John Giorno, ont marqué le festival.

Vivante et gourmande

Le festival continue en 2026 avec sa 25e édition, même si son directeur tire la langue : « chaque année je me dis que c’est la dernière fois tellement c’est difficile à organiser, avec beaucoup d’administratif ». Salarié par l’association Féroce marquise que préside Patricia Dagand, il travaille toute l’année pour composer son affiche, trouver subventions et mécénats pour se financer en tirant toutes les sonnettes possibles. Pas facile. « Heureusement, durant le festival, je peux compter sur une bande d’une vingtaine de bénévoles très actifs. Cette année nous aurons le renfort de deux jeunes des Beaux-Arts qui viennent avec enthousiasme. »

L'enlèvement de la grenouille en 2011 Collection particulière
L’enlèvement de la grenouille en 2011 © Collection particulière

Il veut continuer à faire un « festival de poésie vivante et gourmande », parfois amusante ou coquine. Une année, il avait rebaptisé une partie du festival Sexpoésie avec des lectures de textes torrides. En 2011, pour le festival Art et Eau, il avait monté un canular poétique grandeur nature avec l’enlèvement de la statue emblématique de La Source, place Saint-Louis, que tout le monde surnomme La Grenouille à Périgueux. De faux terroristes armés de pistolets à eau avaient assuré le suspense avec la complicité de la presse durant tout le temps du festival.

Quand il ne travaille pas sur le festival, Hervé Brunaux est journaliste et auteur. Il a publié 25 livres très éclectiques, comme une histoire mettant en scène Irène et Frédéric Joliot-Curie, venus se réfugier en Périgord avec des produits radio-actifs durant la seconde guerre mondiale, une version romancée du hold-up du train de Neuvic en 1944, l’histoire d’une résistante et d’une collaboratrice, plusieurs romans, des guides sur la Dordogne, sur ses jardins ou sur les vins de Bergerac… Et évidemment un peu de poésie.

L’affiche de cette édition

Du 10 au 21 mars, la 25e édition du festival Expoésie investira plusieurs lieux de la ville avec des invités qui ne laisseront pas indifférents. La plupart des rendez-vous sont ouverts gratuitement et les soirées concert sont à petits prix.

Michel Batlle plasticien invité d'honneur cette année
Michel Batlle plasticien invité d’honneur cette année © DR

• Le peintre toulousain Michel Batlle (et non pas Battle) sera au Maap avec ses œuvres trouvant le lien entre le corps et l’esprit, illustrant le concept de psychophysiographie qu’il a inventé.

• Durant deux jours, le Siel, le Salon international des éditeurs libres, s’installera au musée, avec de nombreuses animations, performances et lectures.

• Le centre culturel de la Visitation, désormais rebaptisé Cabu (du nom du dessinateur tué dans l’attentat de Charlie Hebdo), accueillera plusieurs expositions, dont celles de lycéennes de Bertran-de-Born et les installations de Natacha Sanzoz utilisant notamment la laine.

• L’espace Britten rue de Varsovie, accueillera la musique de Delphine Barbut avec les images de F.J. Ossang, les créations de Joël Bastard, de Marc Guillerot et de Jean-Louis Maury.

• Le petit théâtre Le Palace Ralph Finkler verra la performance plastique d’Olivier de Sagazan (le père de la jeune chanteuse Zaho de Sagazan) avec son spectacle “Transfiguration” qu’il joue à travers le monde.

• Des films seront projetés au cinéma CGR avec Ciné Cinéma, avec les films du poète et réalisateur F.J.Ossang.

• Et bien d’autres artistes à découvrir en ligne sur le site du l’association du festival ou sur sa brochure en ligne.

• Le numéro 34 de la revue Ouste va sortir pour le festival avec 170 pages, il sert un peu de catalogue avec des textes et des visuels des participants au festival.