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Jourdie Ross, une artiste à la campagne

Jourdie avec la série La découverte du rêve
Jourdie avec la série La découverte du rêve © Jourdie Ross
ART & TABLE. Les productions de Jourdie Ross sont exposées depuis le 20 février à Montignac, dans le cadre du restaurant RO.BO de l’Hôtel de Bouilhac. Un travail contemporain, inventif, à l’image de la démarche du couple chef-sommelière Nick et Sina Honeyman. L’exposition sera longtemps visible puisqu’une partie des toiles restera dans l’établissement.

Des artistes en tous genres vivent en Périgord et travaillent leur art discrètement, sans qu’ils soient toujours connus de leur voisinage. Jourdie Ross est née aux États-Unis il y a 36 ans, dans l’État de Californie, mais elle est en France depuis 13 ans. Son prénom, qui sonne agréablement à nos oreilles, est une des multiples formes de Georges — on pense à Jordi en catalan.

Une Américaine sur la côte de Jor

Jourdie travaillant sur la série Un rappel de la chance que nous avons
Jourdie travaillant sur la série Un rappel de la chance que nous avons © Jourdie Ross

Jourdie a appris le français à l’école mais elle l’a maîtrisé pendant ses études supérieures à Paris et le pratique aujourd’hui avec une grande aisance et précision. Même si ce domaine la passionne toujours, ce ne sont pourtant pas ses études d’agroécologie qui l’ont conduite en Périgord, mais son goût pour la méditation. Elle a d’ailleurs pour cette raison passé trois mois en Inde avant de venir rejoindre comme stagiaire le centre bouddhiste tibétain Dahgpo Kagyu Ling de Saint-Léon. Cette période fut pourtant très créative puisqu’elle a rempli des carnets de dessins chaque jour. La rencontre d’avec son futur mari et la venue de ses deux enfants l’ont fixée pour de bon dans la région ; elle a installé son atelier en bas de la côte de Jor.

Comment devient-on artiste peintre ?

C’est l’histoire d’une passion liée à une histoire familiale. Le père de Jourdie, architecte, a toujours écrit à propos de son activité et sa mère, créatrice en tous genres, se consacrait au textile et au design. Pour l’un et l’autre, tous les arts faisaient partie du quotidien. On vivait avec la peinture, la musique, la lecture et, très tôt, Jourdie avait décidé d’être peintre comme d’autres enfants rêvent d’être pilote de chasse. Très tôt, on peut s’inventer un destin et, parfois, on s’efforce de faire coïncider sa vie avec ses vœux. Pourtant, elle craignait d’être « frivole » en s’adonnant à l’art, c’est pourquoi, dans un premier temps, elle a partagé son temps entre pratique de la peinture et de la cuisine. Elle a en effet travaillé comme cuisinière pâtissière dans des restaurants inventifs, sans imaginer qu’elle retrouverait plus tard ici, avec la cuisine de Nick Honeyman (lire plus bas), un peu de cet accord parfait.

Le cadre nécessaire et inspirant de la nature

L'eau et ce qui en découle II
L’eau et ce qui en découle II © Jourdie Ross

Jourdie Ross vit dans la nature, le plus possible éloignée des pressions technologiques qui font oublier le vivant autour de soi et son développement au rythme des saisons. Son travail est profondément ancré dans la nature, le retour cyclique des saisons, le mouvement de l’eau et du végétal.

Elle se plaît à dire qu’«on peut avoir de grandes idées sur la vie mais finalement elles ne s’expérimentent que par l’instant. Le fait d’être auprès des saisons et de voir ce temps qui passe et d’avoir un rappel constant du changement constant interroge forcément la notion d’impermanence, le caractère précieux de la vie qui se loge dans l’instant T ». Cela donne par exemple des séries de dessins que l’artiste s’applique à réaliser chaque jour, qui révèlent un instant T tout en construisant autre chose au fil de l’année.

Éléments prélevés

Série 365 jours de dessin, le mois de janvier en progrès
Série 365 jours de dessin, le mois de janvier en progrès © Jourdie Ross

Les sujets retenus sont toujours liés précisément à ce que chacun peut rencontrer en observant son environnement dans la campagne : vieilles maisons, portes de granges, arbres, prés, insectes, oiseaux de jour et de nuit, bords et courbes de rivière… La rivière est clairement un sujet majeur d’inspiration, fil conducteur dans le temps et lieu propice à la vie et à la création dans la vallée de la Vézère. Jourdie Ross représente sur de grandes toiles non apprêtées des mouvements répétés de la Vézère : grandes courbes peintes avec en partie des matériaux préparés comme le faisaient les artistes de la Préhistoire, en pilant des pigments minéraux naturels — ocre, brou de noix artisanal — ce qui donne au tableau son aspect très singulier, sans exclure les pigments modernes (acryliques, vinyliques, encre). Ce n’est pas la couleur de l’eau, changeante selon la saison et le lieu où elle s’écoule, qui est retenue mais la forme qu’elle prend dans son parcours pour rejoindre la Dordogne.

Chantal TANET et Tristan HORDÉ

De la toile à la table, un pont jeté entre deux arts

Pour revenir au projet d’exposition dans le restaurant de Nick et Sina, ce fut l’occasion pour Jourdie de rentrer dans cet univers créatif, de trouver un fil conducteur — celui de la découverte — qui fasse honneur à leur travail et à leur expérience. Cela donne une série de dessins de création, autour de la création de Lascaux, et de dessins de découverte, du côté des « découvreurs » de la grotte et de leur chien Robot.

Un évènement similaire avait eu lieu en 2024 au Petit Léon, le premier restaurant du couple, à Saint-Léon-sur Vézère, étoilé au Michelin.

Faire vivre la culture dans un milieu toujours rural n’est pas facile, il est à souhaiter que cette rencontre créative et de découverte entre l’artiste peintre et le chef étoilé ne s’arrête pas à l’exposition en cours. Nourritures terrestres et spirituelles sont faites pour s’accorder.