Le trentenaire se raconte sans artifices, avec une sincérité tranquille où perce, en filigrane, une passion profonde. Chez lui, tout passe par le mouvement, une énergie débordante et une curiosité presque viscérale. Comprendre, toujours. Ce qui échappe à l’œil, ce qui se cache derrière les apparences. Démonter pour mieux reconstruire. Vidéaste avant tout, photographe par passion, il explore le détail comme d’autres racontent des histoires, là où tout se joue sans jamais vraiment se montrer.

Ancré dans son Périgord natal, profondément attaché à Périgueux malgré quelques parenthèses ailleurs, Florian nourrit son regard des paysages et des mémoires locales. Il en extrait une esthétique singulière, à la fois héritée et réinventée, où la tradition dialogue avec une approche contemporaine de l’image. Avant de s’éprendre des images, Florian explorait un autre univers : celui de l’informatique, puis, un jour, au skatepark, caméscope en main, tout bascule. En filmant, il découvre une autre manière de regarder le monde. C’est finalement dans le silence suspendu de la période Covid qu’il redéfinit son avenir. Tandis que le monde ralentit, Florian, suit son instinct et c’est là qu’il commence à prendre de la hauteur.
Un regard qui prend de la hauteur
Florian Houliat n’a pas besoin de longs discours pour se définir. Chez lui, tout commence par une pulsion simple, presque viscérale : comprendre. Comprendre comment ça marche, ce qui se cache derrière, démonter pour mieux reconstruire. « Je suis vidéaste, principalement et photographe aussi. » Mais très vite, les mots débordent du cadre technique. Florian est un curieux insatiable, un explorateur du détail, de ceux qui ne regardent jamais un tour de magie jusqu’au bout trop occupé à chercher le secret.
Il y a dans son parcours une fidélité à son territoire, la Dordogne. Périgueux, toujours. Même lorsqu’il s’en éloigne, il n’en part jamais vraiment. Trois années dans le Lot-et-Garonne, comme une parenthèse discrète. Un retour naturel, presque évident. Son histoire est profondément enracinée dans le Périgord. Boulazac, les alentours. Les souvenirs affleurent comme des images déjà montées : les dimanches à flâner à Brantôme, les marchés animés de Sarlat, les silhouettes des châteaux, et surtout ces lieux chargés de mémoire grottes et sites préhistoriques qui nourrissent encore aujourd’hui son regard.

Chez Florian, l’esthétique n’est jamais gratuite : elle est héritée, réinterprétée. Enfant, pourtant, ce ne sont pas encore les images qui l’appellent, mais le langage silencieux des machines. L’informatique devient son premier terrain d’exploration, un monde fait de câbles, d’écrans et de mystères à déchiffrer. Son père travaillant dans l’informatique, Florian est très tôt plongé dans cet univers. Des heures à bidouiller, connecter, comprendre sans mode d’emploi, formé à l’école du système D. Puis un jour, presque par hasard, le réel s’invite : un skatepark, des amis, un BMX, et un caméscope familial. “C’est là que j’ai commencé à faire mes premières images.” Le déclic. Pas encore une vocation, mais déjà un fil qu’il ne lâchera plus.
Rédemption

Il faudra attendre le confinement pour que tout bascule. Un moment suspendu. ”Comme beaucoup, j’ai découvert ce que ça faisait de se lever le matin sans avoir la boule au ventre à l’idée d’aller travailler dans un environnement où je n’étais pas à ma place, ça été un vrai déclic. » Une révélation : celle de ne plus vouloir revenir en arrière. Avant, il y avait eu les tensions au travail, l’épuisement, puis la rupture, un licenciement, une bataille aux prud’hommes. « En 2021, j’ai traversé une période très difficile sur le plan personnel, un moment de rupture dans ma vie. En parallèle, j’étais aussi en plein questionnement professionnel. Mais à ce moment-là, je n’avais pas le choix : il fallait avancer, notamment pour ma fille. Ça a été un vrai moteur. C’est dans ce contexte que j’ai vécu un moment assez marquant. Je suivais un YouTubeur basé à Angers, qui lançait un énorme complexe avec skatepark, lancer de hache, parcours type Wipeout… Un univers assez fou. Un jour, je lui ai simplement répondu à une story en lui proposant de venir filmer en drone. Contre toute attente, il a répondu… et il était chaud. Je me suis retrouvé à quitter mon Périgord avec un ami Seb. Moi, qui avais très peu bougé, je me retrouvais dans un skatepark exceptionnel, à voler au-dessus de riders incroyables, entouré de gens qui vivent de la création de contenu. Ça a été une vraie claque. La découverte d’un nouveau monde. Ça m’a même valu une invitation à l’inauguration du complexe, avec ses proches et d’autres créateurs. À ce moment-là, j’ai vraiment ressenti ça comme une récompense après des années compliquées : me retrouver enfin dans un environnement qui me correspond. Quelques temps plus tard, on est revenus avec une vraie équipe pour gérer la diffusion en direct d’un gros événement skate et BMX. Une vraie production, un cap franchi. Et le petit moment qui fait plaisir : dans une de ses vidéos, il a dit en “ gros” qu’il ne s’attendait pas à ce que nous soyons à ce niveau-là. Là, tu te dis que tout le boulot, les galères… ça commence à payer. »

Une épreuve, paradoxalement, un point de départ. Il décide de tout miser sur l’image. Il cofonde sa société. Au départ, tout tient presque à une impulsion, une idée lancée à la volée, sans plan ni certitude, une discussion, et ce message envoyé comme on lance un défi avec un ami, Seb : « Mec, on achète un drone et on se fait les mariages l’été prochain ». Le drone, ils l’achètent. Les mariages, eux, n’auront jamais lieu. Mais parfois, ce sont justement ces chemins avortés qui ouvrent les bonnes portes. Fin 2021, avec Seb, l’intuition prend forme. Ils fondent La Forge Digitale, avec une envie simple mais ambitieuse : tout proposer, tout explorer. Vidéo, photo, graphisme, visites virtuelles, drone, création de sites web… Ils touchent à tout, testent, expérimentent, cherchent leur place dans un monde en pleine mutation.
Curiosité et “collabs”
Puis, en 2024, un nouveau virage. Florian choisit de continuer seul, non pas comme une rupture, mais comme un recentrage. Une manière d’aller au bout de sa vision, sans détour. Aujourd’hui, il n’y a plus de dispersion. Plus d’hésitation, une direction nette, assumée, créer des images et y consacrer toute son énergie. Son parcours n’est pas académique, autodidacte, nourri par l’expérience. Un BEP vente en point de départ, puis le graphisme, Photoshop, et peu à peu la bascule vers la création visuelle. Chaque étape s’additionne, rien ne se perd. Le commerce pour comprendre les gens, le graphisme pour construire l’image, la vidéo pour raconter. Puis il y a ces moments suspendus qui valident tout. Comme ce matin de mai 2021, dans un champ encore humide, à filmer un poulain qui vient de naître, une scène simple, presque fragile et cette certitude soudaine : « C’est ça que je veux faire. »

Florian avance aussi grâce aux autres. Des rencontres clés, il y a d’abord celles qui ouvrent des portes, presque sans bruit. Cédric, de Pxinfos, fait partie de ces figures déterminantes : déjà présent dans son réseau, il devient un véritable relais, permettant à Florian et à Seb de tisser des liens avec de nombreuses entreprises de Périgueux et de ses alentours. Les évidences. Seb, bien sûr, son ancien associé, compagnon de route des débuts, avec qui tout s’est construit dans l’élan, les essais, les intuitions partagées et les rencontres qui s’inscrivent dans la durée, presque naturellement. Élora arrive ainsi, au détour d’un tournage, présentée par un client comme une aide ponctuelle, très vite, elle trouve sa place. Depuis 2022, elle n’est jamais vraiment repartie, elle évolue, apprend, s’affirme, leurs collaborations se multiplient, portées par une complicité de travail devenue essentielle.
Des collaborations, des évidences humaines, au milieu, une constante : l’envie de surprendre : ”J’essaie toujours de faire ce que les autres ne feraient pas, ou n’oseraient pas faire. S’il faut accrocher une caméra sur une roue de voiture, passer en drone dans un trou de 30 cm, grimper sur un échafaudage ou me faire soulever dans le godet d’un engin de chantier… je le fais. Ce qui m’intéresse, c’est le contre-pied, le côté surprenant, inattendu. Je veux que les gens se demandent « Mais comment c’est possible ?” Je veux qu’ils soient dans la même situation que moi face à un magicien : fascinés… » Mais avec cette envie irrépressible de comprendre ce qu’il y a derrière. Dans sa tête, tout va très vite, trop vite parfois. Les idées fusent, s’entrechoquent. « Un centre commercial un jour de Black Friday », dit-il en souriant. Le défi n’est pas de créer, mais de canaliser ! D’aller au bout.
S’adapter sans perdre le sens
Face aux formats courts imposés par les réseaux, il s’adapte, pragmatique.
“Au début, j’étais assez réfractaire, déjà rien qu’au format 9:16. Mais aujourd’hui, c’est devenu le standard, et on voit même les durées se raccourcir de plus en plus, C’est compliqué, mais je m’adapte, j’ai même orienté une partie de mon activité autour de la création de contenu pour les réseaux, parce que d’un point de vue business, c’est plus rapide à produire, plus rapide à livrer, et donc plus rentable. Par contre, en termes de satisfaction personnelle, ce n’est pas forcément là que je m’épanouis le plus. C’est pour ça que je développe en parallèle des projets plus ambitieux, notamment avec Élora, sur des formats plus longs et plus construits. Et au-delà du travail, je ressens aussi l’impact sur ma propre consommation de contenu. J’ai plus de mal à me poser devant un film ou une série. Ça change clairement notre manière de consommer, et notre rapport à l’attention”.

Le vidéaste comprend les règles du jeu, sans s’y perdre totalement. Car ce qui l’anime vraiment se trouve ailleurs : dans les récits longs, dans les projets qui prennent du temps. Comme ce documentaire en cours, au cœur d’un site archéologique, où l’humain et l’histoire se mêlent. Florian travaille souvent seul, mais jamais totalement isolé. Il doute, échange, cherche des regards extérieurs. Une lucidité rare dans un métier souvent nourri d’ego ! Lorsqu’il n’y a plus d’inspiration, il ne lutte pas. Il laisse venir. Parce qu’il sait qu’elle revient toujours.
La devise de ce professionnel pourrait être : Créer seul et avancer ensemble. “Dans les faits, je travaille beaucoup seul. Je tourne seul la plupart du temps, je monte seul, et une grande partie de mon temps se passe derrière mon bureau. Le fait d’être un peu éloigné de Périgueux, ces dernières années, n’a pas forcément aidé à créer du lien avec d’autres créateurs localement. Du coup, les échanges passent surtout par les réseaux, on partage des projets, des idées, des retours à distance. Mais en même temps, je ne suis pas quelqu’un de totalement “solo” dans ma manière de créer. J’ai besoin de retours, de validation parfois. Je ne déborde pas de confiance en moi, donc ces échanges sont importants pour avancer et prendre du recul sur ce que je fais.”
L’IA, un outil flippant… et excitant
Dans un métier en perpétuelle mutation, Florian avance avec lucidité. Les technologies évoluent à une vitesse vertigineuse, redessinant sans cesse les contours de la création visuelle. Et au cœur de cette transformation, une évidence s’impose à lui : l’intelligence artificielle ne sera pas une simple évolution, mais un véritable basculement. Florian le sait, l’IA va tout changer : “Elle a déjà commencé à transformer le métier, et je l’utilise au quotidien, mais avec des garde-fous. Mon travail reste mon travail : je filme, je crée, et l’IA vient en support, pas l’inverse. C’est un outil. Un peu comme les forgerons qui sont passés du marteau à main au marteau-pilon : ça change la manière de travailler, mais pas le savoir-faire. Concrètement, je l’utilise par exemple pour générer une voix off temporaire, pour avancer mon montage, caler le rythme, faire valider au client… puis je remplace par une vraie voix humaine. Résultat : je gagne un temps énorme en post-production sans sacrifier la qualité. C’est un outil incroyable, en tant que passionné de technologie, je trouve ça fascinant de vivre ça. J’ai connu l’arrivée d’internet à la maison, et aujourd’hui celle de l’IA. C’est à la fois un peu flippant… et surtout hyper excitant.”

Aujourd’hui, n’importe qui peut créer et partager des images en quelques clics. Pour Florian, cette liberté soulève autant d’opportunités que de questions : est-ce une formidable richesse qui donne voix à tous, ou un vertige qui brouille notre rapport au réel ? C’est une question compliquée. « D’un côté, c’est clairement une richesse. Tout le monde a quelque chose à exprimer, et le fait de pouvoir créer et diffuser facilement permet à énormément de voix différentes d’exister. Les humains sont tous différents, et ça se voit dans les contenus. Mais en même temps… tout n’a pas forcément sa place sur les réseaux. On voit aussi beaucoup de contenus artificiels, superficiels, parfois vides de sens. Et les jeunes générations grandissent là-dedans, avec une vision du réel qui peut être complètement biaisée. Donc pour moi, c’est un outil incroyable, mais qui demande du recul. Comme souvent, ce n’est pas l’outil le problème, c’est la manière dont on l’utilise.”

Ce qu’il construit avec ses clients dépasse la simple prestation. Il crée du lien, connecte, rassemble. Presque malgré lui, il devient passeur. Mais derrière la caméra, il reste une frontière nette. Sa vie personnelle, il la protège. Comme un espace nécessaire, vital. Un équilibre fragile entre création et famille, entre passion et présence. Dans chacune de ses images, il y a un peu de tout ça. Le skatepark des débuts, les galères, les rencontres, les découvertes, et aujourd’hui l’intelligence artificielle, qu’il apprivoise sans jamais s’y soumettre. Un outil, pas une finalité. Car au fond, malgré les évolutions technologiques, une chose ne change pas : ce qui fait une image forte, c’est l’authenticité.
Dans un monde saturé de contenus lisses et calibrés, Florian cherche autre chose. Une vérité brute. Parce que ce sont encore ces images-là qui nous arrêtent. Qui nous touchent et qui restent.
• Découverte du Conquil avec Florian








