La truffe est à peine sortie de l’ère des chasseurs-cueilleurs de nos ancêtres du Périgord. La production de ce champignon emblématique reste mal maîtrisée et empirique, malgré les efforts tentés depuis plus d’un siècle pour créer une véritable trufficulture.
Les propriétaires sont ravis quand 20 % des arbres plantés dans une truffière donnent des champignons au bout de quelques années et pour une durée limitée. Tout ceci après avoir investi beaucoup de temps et d’euros pour préparer le terrain, le clôturer, entretenir le sol et les arbres, apporter de l’eau l’été et faire intervenir un chien…

La découverte et la vente des précieux diamants noirs ayant pu échapper à ses différents prédateurs, aux sécheresses et au gel, fait allumer des dollars dans les yeux. Mais ses revenus ne couvrent quasiment jamais les frais engagés, malgré des prix de vente qui semblent importants (autour de 1000 euros le kilo en pleine saison). La truffe noire, alias tuber melanosporum, qui porte aussi le nom de truffe du Périgord, même quand cette variété est cultivée au bout du monde, est l’une des plus fameuses images du département. « Tout ce qui peut améliorer cette filière sera bon », résume Johan Sees, le directeur du service agriculture au conseil départemental de la Dordogne.
Des fonds européens
Un programme européen de développement horticole par l’utilisation de robotique et d’intelligence artificielle a attiré l’attention au Département et à la chambre d’agriculture de Dordogne. Le projet Fructhor IA a été lancé par l’Espagne, le Portugal et le sud-ouest de la France pour trouver des solutions innovantes avec des chercheurs et des ingénieurs d’entreprises. Un fonds européen de développement régional (Feder) de 1,3 million d’euros a été attribué à l’opération.

Plutôt que l’horticulture intéressant les autres partenaires, la Dordogne a ciblé la filière truffe pour ces recherches, en organisant un déplacement du groupe de travail de 16 personnes sur le terrain en Dordogne. Les scientifiques et techniciens du groupe ont découvert la trufficulture avec un regard neuf sur la truffière de Serge Sauve à Coulounieix-Chamiers avec Cali, le chien de Fabien Barbary.
En circulant à travers les arbres à la recherche des dernières truffes de la saison, ils ont découvert les problématiques des producteurs : le travail des sols sans les tasser, la taille des arbres à deux reprises dans l’année et la question éternellement débattue de l’apport d’eau.
Robots et exosquelettes
Les participants n’avaient apporté aucun matériel, mais étaient venus avec leur curiosité de chercheurs de solutions en fonction des technologies qu’ils maitrisent. Les réponses peuvent venir de robots intervenant autour des arbres truffiers ou d’exosquelettes, ces prothèses mécanisées qui allègent les opérations difficiles. Des capteurs pourraient déterminer les besoins des plantes et des logiciels d’intelligence artificielle faciliteraient les décisions en analysant de nombreux paramètres. Pourquoi pas aussi trouver des solutions de détection olfactives, pour remplacer les chiens de recherche, qui ont eux-même déjà remplacé les cochons trop gourmands en truffes.

Serge Sauve, agriculteur retraité et trufficulteur passionné, a accueilli le groupe en partageant son savoir-faire : « J’ai appris la trufficulture en parlant avec les anciens et en observant la nature ». Depuis une vingtaine d’années, il a planté des centaines d’arbres qu’il entretient avec du matériel récupéré et adapté : une minipelle pour le sol, une citerne d’eau pour arroser l’été, un mélangeur pour préparer le réensemencement indispensable des arbres, avec de la vermiculite et des spores de truffes, un taille-haie pour les grosses tailles…
À défaut d’intelligence artificielle, Serge Sauve note avec soin les résultats de chaque arbre numéroté sur un cahier. Il en tire les conclusions avec son savoir-faire : « cette année, avec la sécheresse, j’ai dû arroser quatre fois. Ça m’a bien réussi, puisque ma récolte a été bien meilleure que d’autres». La chienne border collie Cali, en gambadant à travers la truffière, a trouvé quatre petits spécimens, récompensés par des petits bouts de fromage par son propriétaire. Avant de repartir, les visiteurs ont pu goûter du beurre de truffe sur une tranchette de pain avec une goutte de monbazillac. Robots et IA éventuels devront être programmés pour l’accueil à la périgordine.
Truffes en folie à Sorges

Comme chaque année fin janvier, Sorges a fêté la truffe autour de son petit musée et de son marché. La quatrième édition de cette manifestation désormais baptisée “Truffes en folie” s’est répartie sur trois jours d’animations à travers le village.
Elle avait été précédée d’une journée de rencontres sur la truffe avec des spécialistes reconnus comme Jean-Claude Pargney auteur de livres de référence, Claude Murat, Jean-Marc Olivier, Damien Berlureau et l’équipe de techniciens de la fédération des trufficulteurs de Dordogne Julien Bosselut et Romane Orsolini.









