Dans cette décision, il y a quelque chose de profondément humain. Une volonté de ralentir dans un monde qui s’accélère, de redonner du sens à la notion de confort physique. Pour Célia, entreprendre ne se limite pas à créer une activité : c’est répondre à un appel intérieur, celui d’accompagner, de prendre soin, de créer des espaces où l’on se retrouve à nouveau. La trentenaire fait le choix du courage et de l’engagement. Elle ne cherche pas seulement à réussir, mais à être utile, dans une société où la pause, la détente et la reconnexion à soi deviennent essentielles.
La révélation

Enfant, elle observe, fascinée, la coquetterie de sa maman, ce n’est pas un simple rituel : c’est déjà, pour elle, une forme d’expression, presque un langage. Très tôt, une évidence se dessine elle aussi veut sublimer, révéler, prendre soin des autres. Le chemin se dessine naturellement. Un CAP, puis un bac en esthétique à Saint-Augustin, à Bordeaux, viennent poser les premières pierres de son projet. Elle poursuit avec un BTS en management commercial, consciente que la passion ne suffit pas, qu’il faut aussi apprendre à construire, à gérer, à entreprendre.
Avant cela à la maison, les doutes s’invitent. Son père, inquiet, ne voit pas cette vocation d’un bon œil. Il craint un avenir incertain, des débouchés trop fragiles pour sa fille. Là où il perçoit un risque, elle ressent une certitude. Puis la vie impose une épreuve. Son père disparaît avant de voir jusqu’où cette passion allait la mener. Une absence lourde, mais aussi une force qui l’accompagne désormais. Aujourd’hui, avec émotion, elle confie : « Je suis sûre qu’il serait très fier de moi. » Et dans cette phrase, il y a tout le chemin parcouru, les doutes et cette promesse tenue, envers elle-même. Elle tient bon. Elle avance, déterminée, portée par une conviction intime et un objectif clair : ouvrir un jour son propre institut de beauté.
Revenir à Bergerac

Elle fait ses premiers pas en alternance, dans un centre spécialisé en épilation définitive à Bordeaux, elle apprend, affine ses gestes, développe son regard, construit son expérience. Chaque étape la rapproche un peu plus de son rêve. Quand son alternance s’achève, une page se tourne. Pour Célia, une évidence s’impose : revenir à Bergerac, retrouver ses repères, sa famille, cette ville qui l’a vue grandir. Mais entre l’envie et la réalité, le chemin se révèle plus sinueux que prévu. Trouver un emploi sur place n’est pas chose aisée.
Alors, en attendant, elle saisit une opportunité à Saint-Médard-en-Jalles, dans un institut de parfumerie au cœur d’un centre commercial. Une parenthèse professionnelle précieuse, elle y découvre une autre facette de son métier, enrichit ses compétences, enchaîne les formations, affine son savoir-faire. Pendant un an, elle apprend encore, toujours, avec cette même détermination en filigrane. Mais au fond d’elle, Bergerac ne l’a jamais quittée.
Matinées de la création

Un an plus tard, elle sent que le moment est venu. Le bon timing. Celui qu’on ne peut pas toujours expliquer, mais qu’on ressent profondément. Revenir, oui mais cette fois pour se lancer. Pour créer. Pour oser. Une phrase lui revient, comme un écho : celle d’un professeur en BTS. « Ne vous lancez pas trop tard. Aujourd’hui, vous n’êtes pas habituée à un gros salaire, vous avez moins à perdre à votre âge. » Un conseil simple, presque pragmatique, mais qui résonne comme un déclic. Alors elle le fait. Elle participe aux Matinées de la Création à Bergerac organisées par la CCI, un rendez-vous clé pour les futurs entrepreneurs. Là, elle structure son projet, pose des bases solides, rencontre des interlocuteurs essentiels. Étude de marché, informations sociales et fiscales, aides disponibles, réglementation : chaque étape se précise, chaque question trouve un début de réponse. Elle s’entoure, elle apprend, elle se prépare.

Dans cette démarche, il y a plus qu’un projet professionnel. Il y a une volonté de revenir là où tout a commencé, pour y bâtir quelque chose qui lui ressemble. Avec courage, lucidité et cette chaleur humaine qui ne l’a jamais quittée. Célia se souvient encore de cet avertissement, posé sans détour : « La Chambre des métiers me prévient que c’est un secteur bouché. Ça va être compliqué, il faut prouver que mon projet tient la route, ma famille a des craintes pour moi, il faut avoir les épaules solides, je suis passée par des hauts et des bas . » Des mots francs, presque dissuasifs, mais qui, loin de l’arrêter, viennent renforcer sa détermination. Elle les accueille comme un défi.
Parenthèses nordiques

Au fil de son parcours, Célia s’accorde aussi des parenthèses essentielles. Direction l’Islande, puis la Finlande. Là-bas, elle découvre bien plus qu’un art de vivre : une véritable philosophie du bien-être. Le sauna et le spa y occupent une place centrale, aussi bien dans les foyers que dans les espaces publics. On n’y vient pas seulement pour se laver, mais pour se retrouver, se recentrer, apaiser le corps autant que l’esprit. Dans la chaleur enveloppante du sauna, Célia ressent cette sensation rare de paix intérieure. Un moment suspendu, simple et profond à la fois. Une évidence naît alors : et si elle pouvait recréer, à sa manière, cette convivialité chaleureuse, ce lien entre détente et partage ? « Ça m’a donné envie d’allier un endroit convivial où l’on aime se retrouver et où l’on se fait du bien. Un lieu où l’on profite, où l’on discute, un peu comme dans un bar… mais autrement. »

De cette intuition naît un concept singulier avec : Vino’sens. Un espace hybride, à la croisée du bien-être et de l’épicurisme. Deux rituels y prennent vie, dont un, particulièrement original, pensé comme une expérience sensorielle complète. Le parcours commence par le sauna, pour préparer la peau, dilater les vaisseaux et favoriser l’absorption des actifs. Puis viennent les bains, enrichis d’ingrédients inspirés de la bière et du vin. La bière est choisie pour ses propriétés antioxydantes, apaisantes, bénéfiques contre les rougeurs et le stress, tout en fortifiant ongles et cheveux. Le raisin, lui, révèle ses vertus anti-âge : il stimule la production de collagène, hydrate et tonifie la peau. Un concept qui intrigue autant qu’il séduit. « Les clients pensent souvent qu’il y a de l’alcool dans l’eau, dans la bière ou le vin. Ils sont très étonnés quand on leur explique la composition des bains : on retrouve les ingrédients, mais sans aucun processus de fermentation, le côté convivial c’est que vous pouvez déguster de la bière ou du vin en même temps accompagnée de planches gourmandes. »
Un produit, une culture

À Bergerac, rue Neuve d’Argenson, Vino’sens ne propose pas seulement un soin. Il s’agit d’une expérience, un moment de partage et de reconnexion, où le bien-être devient aussi un plaisir à vivre ensemble..puis, il y a le territoire. Impossible d’ignorer Bergerac, cette terre où la vigne façonne les paysages autant que les identités. Ici, le vin n’est pas seulement un produit, c’est une culture, un héritage vivant. La jeune entrepreneuse l’a bien compris, pour donner du sens à son concept, elle choisit de s’ancrer localement, de tisser des liens avec ceux qui font la richesse du vignoble. Elle part à la rencontre de plusieurs châteaux, présente son idée, explique sa démarche. L’accueil est à la hauteur de son engagement : enthousiaste, curieux, immédiatement positif. Les domaines répondent présents, séduits par cette approche innovante qui valorise autrement leurs produits, loin des sentiers battus. Ces collaborations donnent une dimension supplémentaire à son projet. Elles l’inscrivent dans un écosystème, créent des passerelles entre bien-être et patrimoine, entre tradition et modernité. À Bergerac, avec Célia et sa salariée Keïna, le vin est à l’honneur, il se réinvente aussi là où on ne l’attend pas.









