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Voyager par la voix, traduire le monde

Ludovic Jean-Garreau et Pascale Loubiat entourent Nadia Maspeyrat, chargée de la régie sur Etranges Lectures © E.L.
EN V.O. Étranges Lectures : depuis plus de vingt ans, cette manifestation pionnière dans le domaine de la traduction continue d'évoluer et de surprendre son public fidèle.

Alors que la 24e édition est bien lancée, Ludovic Jean-Garreau, responsable du service Médiation et partenariats, et Pascale Loubiat, animatrice de la Bibliothèque départementale de prêt, racontent comment ils font vivre ce voyage littéraire à l’échelle du territoire.

• Pouvez-vous revenir sur les origines d’Étranges Lectures ?

Ludovic Jean-Garreau. La manifestation existe depuis plus de vingt ans. Elle est née à Périgueux, à la médiathèque Pierre Fanlac, à l’initiative d’un traducteur, Vincent Fournier. L’idée était de mettre en avant la littérature étrangère traduite, avec une attention particulière portée à la traduction elle-même.

Très vite, la Ligue de l’enseignement a proposé d’associer des comédiens aux traducteurs. C’est ce qui a donné ce format singulier : faire entendre les textes, dans leur langue d’origine et dans leur version française.

• Comment cette initiative s’est-elle développée à l’échelle du département ?

Pascale Loubiat. Nous avons été parmi les premières manifestations en France à nous consacrer à la traduction. Dès la deuxième année, la Bibliothèque départementale a été sollicitée pour diffuser la programmation sur tout le territoire.

Ludovic Jean-Garreau. L’objectif était clair : aller au-delà de Périgueux, toucher aussi les petites communes. Et surtout, proposer une forme d’“étrangeté” dans les textes : par la langue, le pays ou l’univers du livre.

• Comment se déroule une séance ?

Ludovic Jean-Garreau. Le format dure environ une heure : un temps de présentation par le traducteur, puis une lecture par des comédiens. Nous tenons à conserver un passage dans la langue originale, pour en restituer la musicalité.

Au fil du temps, nous avons constitué un réseau de traducteurs, d’auteurs et d’éditeurs, ce qui enrichit beaucoup les rencontres.

• Vous intervenez aussi en milieu carcéral. Comment ces séances sont-elles reçues ?

Pascale Loubiat. Très tôt, les établissements pénitentiaires du département ont souhaité accueillir Étranges Lectures. Cela fait partie intégrante de la manifestation, et fait l’objet d’une labellisation unique au niveau national.

Ludovic Jean-Garreau. C’est une forme d’ouverture sur le monde. Et ce qui est frappant, c’est que certains détenus sont originaires des pays évoqués dans les textes. Ils apportent un regard très précis, parfois même sur la traduction.

• À quel public s’adresse la manifestation aujourd’hui ?

Étranges Lectures à Lamonzie Saint-Martin, avec Karolina Ramqvist (autrice Suédoise), Léa Chanceaulme (comédienne), Véronique Durand (bibliothécaire, conférencière), Catherine Estines (pour l’interprétation) © D.R.

Ludovic Jean-Garreau. Principalement à un public adulte, mais nous développons des actions en direction des lycéens.

Pascale Loubiat. Nous proposons désormais des séances spécifiques et des ateliers de traduction, en partenariat avec l’ALCA. Les élèves découvrent concrètement ce que signifie traduire : faire des choix, interpréter, parfois hésiter.

• Le Prix des lecteurs fait aussi partie du dispositif…

Pascale Loubiat. Oui, c’est un axe important. Aujourd’hui, une soixantaine de bibliothèques y participent, contre une dizaine au départ. Cette année, le vote est ouvert jusqu’au 30 avril.

Ludovic Jean-Garreau. Cinq romans sont proposés chaque année. Les lecteurs votent, et le lauréat est annoncé au printemps. C’est une manière de rendre la lecture collective, partagée à l’échelle du territoire.

• Comment construisez-vous la programmation ?

Une invitation à écouter la littérature autrement, entre langues, cultures et imaginaires © E.L.

Ludovic Jean-Garreau. Nous travaillons avec un comité de lecture d’une dizaine de personnes. Il faut trouver un équilibre entre les zones géographiques, les langues, les styles.

Pascale Loubiat. Nous partons d’une vingtaine d’ouvrages, puis nous affinons. La contrainte principale reste la disponibilité des traductions en français.

• Dans un contexte où l’intelligence artificielle progresse, quel regard portez-vous sur le travail des traducteurs ?

Ludovic Jean-Garreau. La traduction ne se limite pas à transposer des mots. Il s’agit de restituer l’esprit d’un texte, un contexte, une sensibilité.

Pascale Loubiat. C’est aussi ce que le public vient chercher : cette incarnation. Le traducteur devient passeur, presque interprète.

• En quelques mots, que représente Étranges Lectures aujourd’hui ?

Ludovic Jean-Garreau. Un moyen de découvrir le monde autrement, par la littérature.

Pascale Loubiat. Et surtout, une invitation à écouter. À prendre le temps d’entendre une langue, une voix, une histoire venue d’ailleurs.

• Cette interview est le fruit de la chronique “24 minutes pour une rencontre” de Périgord’In sur RLP, disponible en podcast

Les prochains rendez-vous

La prochaine lecture aura lieu le 24 mars à 18h30 à la médiathèque de Périgueux, autour de La Première femme de Jennifer Makumbi, présentée par sa traductrice Céline Scheller.

Une séance est également prévue pour les lycéens le 26 mars à 10h, puis deux rendez-vous en réseau, à 18h30 : le 26 mars au cinéma Lux du Buisson-de-Cadouin et le 27 mars au cinéma Le Studio de Saint-Aulaye.