Il fait partie de ces professeurs dont les anciens étudiants parlent encore avec chaleur des années plus tard. À la retraite depuis 2015, puis émérite jusqu’en 2023, Bernard Lachaise prolonge sa carrière de professeur d’histoire contemporaine à l’université de Bordeaux, en multipliant les publications et les conférences. Ses sujets tournent souvent autour du Périgord, où il a ses racines. À Verteillac, il occupe la maison de ses grands-parents et il rappelle à ceux qui le croient Bordelais qu’il est né dans ce bourg du nord-ouest de la Dordogne, il y a 70 ans.
Issu d’un milieu modeste, il est un pur produit de la méritocratie scolaire. « J’ai suivi l’école primaire dans la commune, puis au lycée à Ribérac, avant l’École normale d’instituteur à Périgueux. J’ai ensuite pu continuer l’université à Bordeaux, passer le Capes et l’agrégation, puis un doctorat. Durant ma carrière, j’ai enseigné à tous les niveaux scolaires. » Il a enfin réussi le plus haut diplôme universitaire, le HDR, habilitation à diriger des recherches, sésame pour devenir professeur d’université en Histoire. Il a dirigé une quinzaine de thèses de doctorants durant sa carrière universitaire.
Des portraits de personnalités liées à la Dordogne
Devenu l’un des spécialistes du gaullisme, il a étendu ses recherches à des personnages de tous bords avec une préférence pour les Aquitains. Bernard Lachaise a travaillé sur Jacques Chaban-Delmas, homme d’État et maire de Bordeaux, passé à l’époque de la Résistance par la Dordogne, où il a pris son nom de guerre. Il a retracé la vie d’Yves Guéna, l’ancien maire de Périgueux qui fut plusieurs fois ministre et a organisé un colloque national à Périgueux en 2022, lors du centenaire de la naissance de cet homme d’État.

On lui doit également des ouvrages sur Robert Boulin, ancien ministre et maire de Libourne, et sur Jean Charbonnel, celui de Brive. Bernard Lachaise s’est aussi intéressé à François Mitterrand en suivant ses attaches aquitaines de Jarnac en Charente, où il était né, à Latche dans les Landes, où il avait sa résidence secondaire. Sans oublier ses passages en Périgord (lire plus loin).
L’historien a retracé les relations entre de Gaulle et l’Aquitaine, notamment ses vacances de jeunesse en Dordogne sur la propriété de la Ligerie, à Champagne-et-Fontaine, près de Verteillac. Il évoque dans ce livre les passages de Charles de Gaulle dans le département, dont ceux de mars 1945 et de 1961. La visite du général, vers la fin de la guerre, illustre d’ailleurs la couverture d’une histoire de la Dordogne dans la Seconde Guerre mondiale, codirigée par Bernard Lachaise.
Des histoires de la Dordogne

La vie de l’ancien professeur est aujourd’hui entièrement tournée vers les recherches. « J’aime aller dans les archives, trouver des documents et des photos ». Ses livres sont ainsi agrémentés de documents parfois inédits. Il rencontre avec plaisir des anciens élus de Nouvelle Aquitaine et d’ailleurs pour documenter leur histoire et leurs liens avec les personnages sur lesquels il écrit des biographies. Sur ses engagements personnels en politique, il répond par son parcours d’historien. « J’écris des bouquins d’histoire et pas de politique. Je choisis des personnages qui m’ont séduit par leur parcours. » Par exemple, le spécialiste du gaullisme n’a nulle envie de travailler sur le chiraquisme, et il n’a eu aucun mal à se plonger dans l’histoire du socialisme pour ses recherches sur Mitterrand.

L’un de ses premiers livres, publié aux éditions Fanlac, a été une biographie du radical socialiste Yvon Delbos, Périgordin du Montignacois, qui fut de nombreuses fois ministre sous la troisième puis la quatrième République. Grâce à ses recherches, il a fait découvrir les facettes du Nontronnais Alcide Dusolier, à la fois écrivain, journaliste et sénateur de la gauche républicaine en Dordogne durant 26 ans, à la fin du XIXe siècle. Il a même mené des recherches autour de Joséphine Baker et ses relations avec le Général de Gaulle, à qui elle écrivait très souvent depuis les Milandes, où elle habitait en Dordogne.
Bernard Lachaise a coordonné des ouvrages collectifs sur l’histoire du Périgord : celui chez Fanlac puis chez Cairn en 2022. Avec Anne-Marie Cocula, il a aussi dirigé l’histoire de la Deuxième Guerre mondiale en Dordogne, en 2020. Il travaille actuellement sur une grande histoire du gaullisme qui devrait intéresser un éditeur d’envergure nationale.
L’ancien enseignant avoue que le contact avec les étudiants lui manque. Certains passés par des écoles de journalisme ou Sciences Po font de belles carrières. Le professeur est plutôt fier quand il constate qu’ils ne l’ont pas oublié.
François Mitterrand en Dordogne

Le nouveau livre de Bernard Lachaise retrace les liens de François Mitterrand avec l’Aquitaine et donc avec la Dordogne, où il a passé une partie de son enfance. C’était en bordure de la rivière Dronne, à Nabinaud, côté charentais, à deux pas de Ribérac en Périgord. « Cette enfance, je l’ai surtout vécue en pleine campagne dans la propriété de mes grands-parents… sans électricité, sans eau courante, les commodités à cent mètres de la maison au demeurant fort confortables, j’ai appris là ce que sont les heures, la courbe des jours, les saisons… » Dans ce texte cité par Bernard Lachaise, François Mitterrand se souvient des voyages en voiture à cheval pour aller au marché de Ribérac ou pour des courses à Aubeterre-sur-Dronne.
Il vient aussi en Dordogne en 1990 pour le cinquantenaire de la découverte de la grotte de Lascaux, qu’il considère comme l’une des merveilles du monde : « J’aime ainsi plonger dans les siècles des siècles et dans les millénaires. »

Avant toute chose, il adore le Périgord pour la nourriture, car il aime “graillouter” comme il l’écrit lui-même. Il parle d’un “graillou” dans le restaurant de la Madeleine à Sarlat ou au Vieux Logis à Limeuil. De ses soirées privées à Saint-Pierre-de-Chignac, chez son ami périgordin l’ancien ministre Maurice Faure, il parle uniquement du menu préparé par Henriette : « omelette aux truffes, filet de bœuf, salade à l’huile de noix » ou le soir « une omelette aux truffes suivie d’une volaille truffée, puis du cabécou et enfin, un millassou aux pommes ou aux poires ». Pour se rappeler les plats de son enfance, il recrute un temps une cuisinière périgordine à l’Élysée. Danièle Mazet-Delpeuch lui faisait plaisir avec du foie gras en gelée de pineau, des cassolettes d’escargots et des truffes qu’il appréciait.
Bernard Lachaise parlera de Mitterrand et de son livre “Mitterrand et l’Aquitaine, de Jarnac à l’Élysée”, publié aux Éditions Mémoring, vendredi 23 janvier à 18 heures lors d’un apéritif littéraire à la médiathèque de Ribérac (entrée libre). Le samedi 24 janvier à 15 h 30 il sera au château de Beaurecueil pour une conférence au coin du feu. Réservations recommandées au 06 75 16 44 45. Il sera aussi à Belvès le 7 mars à 17 heures pour une conférence. Il dédicacera son livre dans de nombreuses librairies de Dordogne.









