Accueil BIEN ensemble Trouver la clé de sa résilience (2/2)

Trouver la clé de sa résilience (2/2)

Aline ©BEP
Lors du salon Handi Mod’Emploi, pendant l'atelier Résilience animé par Nathalie gras, psychologue clinicienne à l'EDP de Clairvivre, Sébastien et Aline ont témoigné de leur parcours de vie. Ils nous montrent que l’on peut après un fracas, se reconstruire progressivement. En faisant le deuil de la personne que l’on a été et en acceptant celle que l’on est devenue. Pour autant, cette nouvelle personne n’est pas moins que celle d’avant, elle est simplement différente. C’est cette différence qui la rend désormais plus forte.

L’histoire de Sébastien commence en 2017 par un mal de dos et l’impossibilité de sortir de son lit. Puis, c’est le coma et un diagnostic implacable. Un staphylocoque doré a attaqué le bas de sa colonne vertébrale. C’est l’effondrement. Il est désormais paralysé et ne pourra plus marcher.

Mourir à soi pour renaître

Le divorce entamé avec son épouse durant la période de rééducation, rend la situation encore plus complexe. Après son installation dans un appartement adapté, il traverse trois ans de galère et se bat pour récupérer l’usage de ses jambes. Il ne parvient pas à faire le deuil de cette mobilité perdue. Si l’idée de disparaître l’effleure plusieurs fois, il s’accroche pour ses trois enfants.

« C’est à ce stade que l’acceptation du traumatisme est primordiale, rappelle la psychologue. La capacité de se dire, je suis fracassé, de ne pas se mentir pour accepter, s’accepter. Pour cet ancien travailleur du bâtiment, il faut accueillir et projeter cette nouvelle image de soi, d’homme, de père ».

Accompagné par Cap emploi, Aspire work, Sébastien comprend qu’il ne travaillera plus dans le bâtiment. Ensemble, ils balisent les métiers vers lesquels il peut désormais se tourner. Il est vital pour lui de se lever le matin pour aller travailler.

Sébastien
©BEP

« Aujourd’hui je kiffe tout ! »

Alors qu’il va porter un énième CV et s’apprête à renoncer, la rencontre de deux salariés sur le parking de Cofidur change le cours de son destin. Il apprend qu’il existe dans cette structure des métiers s’exerçant en posture assise ; mieux, une formation de monteur câbleur en électronique va démarrer au centre de Clairvivre.

Sébastien confesse aujourd’hui qu’il a eu de la chance d’avoir cette épreuve. Comme si son inconscient lui répondait en écho, dans ses rêves désormais il est en fauteuil. Longtemps réticent à un accompagnement psychologique, il a récemment enclenché ce travail sur lui pour reconstruire cet homme, ce père, ce compagnon, pour la femme avec laquelle il poursuivra son chemin.

Désormais, il veut aller vers les autres, s’engager pour montrer que l’on peut y arriver. Confronté uniquement aux infirmières, médecins et aides-soignants, il lui a manqué ce dialogue avec des pairs ayant surmonté les épreuves. Lorsque son projet professionnel sera abouti, il sera un tuteur de résilience pour les autres.

Aline est restée trente ans dans un groupe de la grande distribution. Partie du bas de l’échelle, elle a gravi progressivement les échelons, pour devenir manager d’une équipe. En 2017, la pression liée à son poste, conjuguée au divorce avec son mari, et c’est la descente aux enfers. Tout s’écroule, c’est le burn-out.

Aline
©BEP

Seule face à soi-même

Désespérée, isolée, Aline sombre progressivement dans les affres de l’alcoolisme, une maladie complexe, particulièrement pour une femme. Trois ans de galère s’ensuivent, entre l’hôpital psychiatrique, les cures, les rechutes, l’envie de mourir pour que tout s’arrête.

La femme qu’elle était avant, volontaire, travailleuse, n’existe plus.  Elle n’a plus de travail et la honte qu’elle ressent vis-à-vis de son addiction bloque toute possibilité de résilience.

Elle sait au fond d’elle-même, parce qu’elle a été éduquée ainsi, que sa renaissance passera nécessairement par le travail. Vivant en Haute-Savoie, elle décide en 2019 de rejoindre ses parents installés en Corrèze, chez lesquels elle réside quelque temps avant de trouver un appartement.

Accepter celle que l’on devient

Dès lors, elle reprend petit à petit du poil de la bête.  Son suivi en hôpital de jour à Ussel lui permet de se resocialiser progressivement et de reprendre confiance en elle. Un entretien avec une conseillère Pôle emploi donne un coup de pouce à son projet professionnel.  En juin 2021, elle vient en pré-accueil à Clairvivre (journée mise en place pour recevoir des personnes intéressées pour suivre une formation). Le dispositif de pré-orientation qu’elle suit durant douze semaines, fait émerger des aptitudes et des compétences en comptabilité et un projet de formation d’assistante comptable. Une expérience enrichissante grâce à laquelle Aline reprend confiance en elle. Le stage en entreprise qui suit confirme son orientation.

Si l’entourage a été important pour elle, ses parents, ses amis, les personnes rencontrées sur son parcours, « il n’y avait qu’elle, explique Nathalie Gras, pour impulser une dynamique de reconstruction ». « Aujourd’hui, conclut Aline, je suis fière car je suis parvenue à mes fins. Abstinente depuis quelques mois, je sais que cela reste fragile mais je me vois comme je suis, avec mes fragilités, mes vulnérabilités.

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