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Tout quitter : le choix d’une mère pour son enfant différent

Clément et sa maman ©Corinne Battais
MON FILS MA BATAILLE. En quittant la Bretagne pour s’installer en Périgord, Corinne Battais a fait un choix courageux. Pendant des années, jusqu’en 2024, elle a mis sa vie entre parenthèses. Par amour. Par nécessité aussi. Son fils Clément, 26 ans, vit avec un autisme sévère. Alors elle est devenue maman aidante, un rôle exigeant, souvent invisible, qui demande une énergie sans limites.

• Écouter l’histoire familiale de Corinne au micro d’Isabelle

 

Aujourd’hui, Corinne a 60 ans et ce qui frappe d’emblée, c’est son sourire. Pas un sourire de façade pour masquer les épreuves. Non ! Un sourire vrai. Celui d’une femme qui a traversé des années de combat, de fatigue, et qui se tient debout. À travers son histoire, Corinne Battais nous offre bien plus qu’un témoignage : une leçon de vie, faite de courage, de dignité et d’amour inconditionnel.

Un enfant pas comme les autres

Nous sommes en 2000. Corinne est normande, son mari Pascal à ses côtés, ensemble, ils vivent en Bretagne et sont déjà parents d’une petite fille, Ophélie. Puis arrive Clément et une vie qui bascule.Très tôt, le couple comprend que ce bébé n’est pas comme les autres. Il ne réagit pas comme sa sœur. Corinne s’en souvient encore : « Il n’y avait pas de regard, pas d’interaction ». À huit mois, Clément ne tenait pas assis.
À 17 mois, le diagnostic tombe : Clément est autiste. Une annonce redoutée, mais paradoxalement porteuse de soulagement. « On se doutait qu’il souffrait d’un handicap, raconte Corinne, quand le diagnostic est tombé, on a été soulagés enfin, il y avait un mot sur son état. »
Pourtant, les mots restent difficiles à manier. Dire « mon enfant est handicapé », Corinne n’y parvient pas. Comme si cette expression enfermait son fils dans une case trop étroite. Elle préfère dire que Clément est différent. Un mot plus juste pour elle, qui laisse la place à l’humanité, à la singularité, et surtout à l’amour.
Le petit garçon souffre d’un autisme très lourd, L’autisme n’est pas une réalité unique, c’est un spectre. C’est d’ailleurs pour cela que l’on parle aujourd’hui de troubles du spectre de l’autisme, les TSA. Une appellation qui dit la pluralité des profils, la diversité des besoins, la singularité des parcours.

Un même mot, des réalités différentes

Car derrière un même mot se cachent des vies très différentes. Chaque personne autiste à sa façon d’être au monde. Les manifestations varient : dans la communication, les interactions sociales, les comportements, le degré d’autonomie, les capacités cognitives et les sensibilités sensorielles. Il n’existe pas une seule forme d’autisme, mais plusieurs réalités. Parmi elles, certains enfants et adultes vivent avec un autisme associé à une déficience intellectuelle. La communication verbale est alors très difficile, parfois absente. Le quotidien nécessite un accompagnement constant, et l’autonomie reste limitée. On parle souvent d’autisme sévère. Une expression qui tente de décrire l’intensité des besoins, sans jamais pouvoir résumer la richesse d’une personne. Car même là, au-delà des mots et des diagnostics, il y a une histoire, une sensibilité, une humanité.

© Corinne Battais

En 2002, Corinne prend une décision qui change sa vie : elle quitte son travail pour se consacrer entièrement à son fils Clément. Devenir “maman aidante-aimante” n’est pas un choix anodin. Chaque journée est rythmée par les soins constants que nécessite son enfant : alimentation, hygiène, déplacements… Un engagement total, guidé par l’amour et la nécessité de répondre à ses besoins spécifiques. Mais derrière cette attention constante se cache une réalité plus complexe. Ophélie, sa grande sœur, observe les efforts de sa mère et comprend que Clément a besoin d’aide, mais elle ressent aussi que le temps qui lui est dédié se réduit peu à peu. Malgré tous ses efforts pour aimer et accompagner ses deux enfants avec équité, Corinne ne peut offrir à Ophélie la même disponibilité. La petite fille souffre d’un manque d’attention et de moments partagés, d’un temps familial fragmenté, qu’aucune bonne intention ne parvient totalement à combler.

Délicate adéquation

Dans cette famille, l’amour se mesure aussi dans les absences, dans ces minutes volées à l’un pour répondre aux besoins de l’autre, et révèle la délicate équation d’un parent qui doit répartir son attention entre deux enfants aux réalités profondément différentes. Dans sa maison, Corinne ouvre une boutique de décoration et de prêt-à-porter, un espace où chaque objet et chaque vêtement reflète son goût et son énergie. Mais cette entreprise ne l’éloigne jamais de son rôle de mère : elle continue de s’occuper de Clément.
Les années passent, et Clément grandit. Mais avec son âge, la gestion de sa maladie devient chaque jour plus exigeante. Les gestes quotidiens, jadis maîtrisés avec routine, se compliquent, tout demande davantage d’attention et d’énergie. Pour Corinne et son conjoint, le besoin de répit se fait de plus en plus pressant. Un institut capable d’accueillir Clément, même temporairement, offrirait un soulagement essentiel, une respiration pour ce couple qui vit à plein temps avec la maladie. Mais les places sont rares, les structures insuffisantes, et l’institution reste un rêve inaccessible.

Alors Corinne continue. Elle poursuit son rôle d’aidante, avec la même dévotion, le même amour, mais aussi avec la fatigue et la solitude que cette responsabilité impose. « Il y a des instants de peine immense, mais j’ai réussi à tenir le coup. La foi m’a donné de la force », ajoute-t-elle, comme pour expliquer cette énergie silencieuse qui lui permet de tenir, de ne jamais fléchir face aux difficultés, et de continuer à être là, chaque jour, pour son fils.

En Périgord : foncer pour un futur meilleur

©IBF

Dans ce quotidien rythmé par les soins constants, Corinne incarne une détermination silencieuse : elle ne peut déléguer ce qu’elle sait indispensable pour son enfant, même si chaque instant lui rappelle le manque de soutien et de répit qui pèse sur toute la famille.

Ophélie, l’aînée de la fratrie, quitte la Bretagne pour s’installer en Périgord. Mais, loin de sa région natale, son esprit reste attaché à son petit frère. Elle cherche désespérément une institution qui pourrait accueillir Clément et, après quelques essais, elle découvre un lieu à Atur : l’établissement Héliodore.
Sans perdre de temps, elle appelle ses parents. Et là, tout s’accélère. Il n’y a pas de place pour l’hésitation. Il faut tout quitter, agir vite, pour que Clément puisse bénéficier de cette opportunité rare. « Il ne faut pas réfléchir, il faut foncer , dit-elle avec une conviction qui ne laisse aucune place au doute. Si on se pose trop de questions, on n’avance pas. »
Ce moment marque un tournant pour la famille : une décision prise dans l’urgence, portée par l’amour et l’instinct, qui ouvre à Clément la possibilité d’un accompagnement adapté et soulage, ne serait-ce qu’un peu, la charge immense qui pèse sur ses parents depuis tant d’années.

Équipes formées et attentives

Corinne est agréablement surprise. « En Dordogne, tout semble plus facile, plus accessible. Les associations et les établissements spécialisés sont plus nombreux, et ils accueillent les enfants autistes avec des équipes formées et attentives. Les structures d’accompagnement se développent là où, en Bretagne, elles restaient trop rares. »
Le couple trouve une maison à Mensignac et le Périgord devient symbole d’un nouveau départ. Pascal, le mari, continue de travailler à 600 kilomètres de là, ne rejoignant sa famille qu’une fois par mois. Pour Clément, la vie se réorganise également. Il passe désormais deux jours par semaine avec sa mère, le lundi et le mardi. Bien qu’il n’exprime pas sa joie, son bonheur se lit dans ses gestes, ses regards, dans ce lien unique qu’il partage avec Corinne. Les départs, parfois difficiles, sont acceptés avec sérénité. Les routines se transforment en rituels rassurants, et chaque instant passé ensemble devient un refuge pour la mère et l’enfant, dans un quotidien rythmé par l’amour et la résilience.

Une boutique, un lien social

©IBF

Corinne a besoin de créer du lien social, elle ouvre une boutique de déco Ma Maison Cosy, à Saint Astier, en novembre 2025.
L’année 2026 s’annonce comme un tournant pour cette famille. Après de longues années de déplacements et de contraintes, Pascal prendra sa retraite après le mois de juin. Il pourra enfin rejoindre Corinne et leurs enfants et partager pleinement le quotidien de la famille, jusque-là marqué par la distance et les absences. De son côté, Corinne envisage un nouveau projet, si l’opportunité se présente, elle souhaiterait trouver un autre local à Saint-Astier pour ouvrir une boutique-salon de thé. Un lieu où l’on pourrait échanger, discuter, partager des instants simples et chaleureux. « J’ai beaucoup à donner, confie-t-elle. Écouter et aider, c’est dans mon ADN. »

De 2002 à 2026, la vie de cette famille a été façonnée par l’amour, la résilience et l’adaptation constante aux besoins de Clément. Entre les journées rythmées par les soins, la gestion d’une boutique, les départs et retrouvailles, chaque instant a été une épreuve autant qu’un témoignage d’engagement. Aujourd’hui, l’horizon s’éclaire. Pascal pourra enfin être présent au quotidien, Corinne entrevoit un projet qui lui permettra de continuer à donner et à écouter, et Clément bénéficie d’un accompagnement adapté à ses besoins. La famille, plus soudée et apaisée, regarde vers l’avenir avec une énergie nouvelle, convaincue que l’amour, la foi et la détermination peuvent transformer les difficultés en force et en espoir. Dans ce récit, il n’y a pas seulement des gestes d’aide ou des décisions logistiques : il y a une histoire d’amour inconditionnel, d’abnégation silencieuse et de persévérance, qui rappelle que même face aux défis les plus lourds, la force d’une famille se mesure à sa capacité à avancer ensemble.

Enfant autiste : les démarches pour obtenir des aides

En France, l’accès aux aides pour un enfant autiste passe d’abord par la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH). Le dossier, à déposer dans le département de résidence, comprend un formulaire unique, un certificat médical récent, les bilans disponibles et un projet de vie décrivant l’impact du handicap au quotidien. Le diagnostic n’a pas besoin d’être définitif.
La MDPH peut ouvrir droit à l’Allocation d’éducation de l’enfant handicapé (AEEH), versée par la CAF, avec des compléments selon les besoins, et, dans certains cas, à la Prestation de compensation du handicap (PCH).
Elle oriente également vers des structures de soins et d’accompagnement (CMP, SESSAD, IME, PCO). Les parents peuvent enfin bénéficier de congés spécifiques, de l’AJPP et, localement, d’aides complémentaires proposées par les collectivités ou les associations.