Mercredi 11 février, 18h, La Coquille, la tempête Nils s’apprête à coucher les arbres sur sa route et grossir les rivières, mais les rangs sont à peine clairsemés à l’espace culturel pour valider – à l’unanimité — l’avant-projet de charte* du Parc naturel Périgord-Limousin, la troisième depuis sa création, pour la période 2026-2041. Les élus délégués du comité syndical (75 communes dont 43 en Dordogne, 7 intercommunalités, Départements Dordogne et Haute-Vienne, Région Nouvelle-Aquitaine) ont fait un tour d’horizon des enjeux stratégiques et des orientations collectives pour continuer ensemble — et même davantage, avec 15 candidatures pour un périmètre étendu, notamment vers la Charente — et renouveler la labellisation qui arrive à échéance au mois d’août (le parc n’aura alors plus d’existence légale pour produire des avis, mais continuera bien sûr à fonctionner et à rester visible lors de cette période de transition, avec ses chargés de mission, et l’attribution du poste vacant dédié à la forêt).
« Parmi les réussites de la précédente charte, le programme Life sur la haute Dronne, qui a permis de la classer en rivière sauvage, elle a bénéficié de toutes les attentions ; l’éducation au développement durable, avec une cellule mobilisée pour amener des classes à une réflexion environnementale, est une réussite absolue. On a eu plus de difficultés vis-à-vis du monde agricole, le parc les aide à répondre aux enjeux et à la mise en place de dispositifs pour la préservation de la ressource en eau, la prairie, la forêt… Nos chargés de missions ont porté honorablement nos actions. C’est très constructif. »
Pascal Méchineau

Le processus de révision (très lourd) voulu par la Région, porté par Pascal Méchineau, vice-président du Parc chargé du dossier, et la présidente du Parc, Anne-Marie Almoster Rodrigues, est lancé depuis novembre 2021 dans un esprit de coconstruction. Autant d’occasions de dialogues, car en 15 ans les liens peuvent se relâcher ou changer, avec des intercommunalités qui ont monté en puissance, pour travailler entre les structures et avec les habitants pour aller plus loin, avec des réunions publiques et un très original travail de concertation citoyenne mené avec La Fabrica, en 2024 : sur 1000 habitants tirés au sort, une centaine s’est déplacé pour témoigner de leur perception du parc, leur vécu, ce qu’ils en attendent, une matière première riche pour tisser cet avant-projet. Objectif : entraîner un maximum de gens, notamment les publics éloignés, dans l’aventure collective du parc. « Nous sommes le premier parc à avoir mis en œuvre ces ateliers et ce type de contributions » insiste Pascal Méchineau, qui résume ainsi l’enjeu actuel : « d’où on vient, où on en est pour savoir où on va, poser des jalons ». Des regards extérieurs (Cerema, etc.) ont aussi permis de dresser des diagnostics.
Adaptation collective et réfléchie
Les enjeux sont nombreux, et les récentes mobilisations du monde agricole montrent que les sujets sont sensibles : effondrement de la biodiversité, modèle d’exploitation forestière, maintien de l’emploi et d’activités durables, tensions sur les ressources, questions de mobilité, évolution des modes de vie et de travail, des pratiques de consommation, d’accès à l’alimentation et au numérique.
Le Parc propose une trajectoire autour de trois grandes ambitions interconnectées, déclinées elles-mêmes en 9 orientations et 32 mesures pour une période de 15 ans. Première priorité : mieux connaître, protéger et restaurer les richesses naturelles et culturelles de ce territoire reconnu pour la qualité de ses paysages, de ses milieux naturels et ressources, et pour son identité culturelle.
Mobilisation éclairée
Les autres actions du projet de territoire reposent sur le socle de ce patrimoine commun à préserver. Le deuxième défi concerne la nécessaire adaptation aux changements climatiques, avec la sobriété au cœur de l’accompagnement des transitions, dans une démarche « volontaire, éclairée et collective » et non une contrainte. « Nous avons été le premier parc en France à créer une mission structurée et dédiée », souligne sa présidente. La troisième ambition insiste sur le développement d’une culture de territoire et « sur des actions collectives pour relever ensemble les grands défis environnementaux, économiques et sociétaux à venir », dans un souci de “faire commun”.
Rien ne pourra se faire sans l’implication et la mobilisation des acteurs principaux du Parc : le déploiement d’actions-tests orchestrées par le syndicat les invitera à se (re)connecter au territoire, à nourrir un sentiment d’appartenance sur la base d’une culture commune du Périgord-Limousin, « pays de l’arbre et de l’eau ».
Un parc attractif
Parce que certains thèmes sont loin de mettre tout le monde d’accord, la stratégie pour la transition énergétique et l’éolien en particulier, la concertation reste ouverte à partir de la cartographie d’un « champ des possibles ». L’agenda de révision de la charte est établi de longue date, mais ce rendez-vous pour voter l’avant-projet tombe en période d’élections municipales, avec des élus qui changeront peut-être. Cependant, l’engagement pour cet outil collectif pourra bénéficier d’aménagements : « Nouveau projet, nouvelle équipe, nouveau souffle pour repartir pour 15 ans« , note Estelle Debomy, chargée de mission, qui travaille avec des délégués toujours très investis et apprécie de « travailler en synergie, en complémentarité, en appui ».
Approches transversales
La question des ressources financières reste posée — avec des baisses prévues chez toutes les collectivités impliquées, obligeant à des priorisations et des avancées par paliers — pour aborder les thématiques, sept commissions appelées à se réunir sous trois approches plus transversales et systémiques : biodiversité, milieux naturels agricoles et forestiers, zones humides, paysages / culture, éducation au territoire, alimentation, implication des habitants / transitions écologiques, développement territorial, dynamiques socioéconomiques locales). La dimension participative devrait être rapidement renforcée, les habitants consultés.
Dans cette approche fondée sur la cohérence d’ensemble, difficile de dire ce que peut apporter le Parc à chacun de ses adhérents (des ingénieries techniques et financières, par exemple le soutien aux dossiers pour le label Villes et villages étoilés… ), sûrement cela dépend-il un peu de ce que chacun veut bien lui apporter.

* La charte est le contrat qui concrétise le projet de protection et de développement durable élaboré pour le territoire du Parc. Après enquête publique, elle est approuvée par les communes, la Région et Départements concernés. La charte fixe les objectifs à atteindre, les orientations de protection, de mise en valeur et de développement du Parc, et les mesures pour les mettre en œuvre. De quoi assurer la cohérence et la coordination des actions menées par les collectivités publiques.
• Les étapes
L’évaluation de la charte 2011-2026 qui s’achève et le diagnostic du territoire, réalisés en 2022 et 2023, sont le préalable indispensable au renouvellement. Celui-ci est conçu sur un nouveau périmètre d’étude, avec des communes désireuses de rejoindre le projet. L’année 2024 a permis de mener une concertation publique où les habitants, acteurs
socio-professionnels, élus des communes et intercommunalités ont pu s’exprimer, parfois en contestation ou contre-propositions.
L’an dernier a été chargé, avec la structuration et la rédaction du projet de territoire par l’équipe du Parc, avec l’appui du comité technique (techniciens du syndicat mixte, de la DREAL et la Région) et le suivi d’un comité de pilotage (sous-préfet coordinateur et services de l’État, Région, départements Dordogne et Haute-Vienne, établissements publics de coopération intercommunales). Résultat : l’avant-projet consolidé présenté au vote le 11 février, pour dépôt auprès de la Région et instruction par les services de l’État.
Voilà déjà un sacré chemin parcouru, mais les responsables du Parc sont encore loin de toucher au but. Dès fin octobre, des experts du Conseil national de la protection de la nature (CNPN) et de la Fédération des Parcs naturels régionaux de France feront une visite de terrain pour évaluer la solidité et la cohérence du futur projet, suivie en décembre d’une audition pour approfondir certains points du projet et préparer l’avis qui sera rendu par le CNPN. En Juin 2027, le préfet rendra un avis motivé sur le projet de charte, lequel a force de droit et s’imposera au Parc dans la procédure (possibilités de modifications du projet de charte).
L’automne 2027, l’Autorité environnementale sera saisie par le Parc (pour modifications éventuelles), puis l’enquête publique devrait être menée en décembre. Après les conclusions des commissaires enquêteurs, la charte pourra là-encore intégrer des modifications. Suivra une consultation interministérielle de mai à août 2028 (agriculture, défense, énergie, culture, direction générale des collectivités locales, etc.). pour vérifier qu’aucune disposition soit “manifestement illégale”. Enfin, de septembre 2028 à janvier 2029, les collectivités seront consultées pour approbation de la charte et adhésion au syndicat mixte du Parc (départements, intercommunalités et communes). L’aboutissement d’un long travail. Restera à la Région à délibérer, en mars 2029, pour valider officiellement le projet de charte et le nouveau périmètre de classement du Parc. Le nouveau classement du Parc naturel régional Périgord-Limousin ne sera effectif qu’en juin, quand le dossier complet (projet de charte, plan de Parc, avis et délibérations d’approbation) est envoyé au Premier ministre, qui signera le décret de renouvellement du classement (avec le ministre de l’Environnement).
• Une longue histoire
À ceux qui se demanderaient encore à quoi sert un parc régional, les animateurs de celui du Périgord-Limousin rappellent qu’il est issu de la volonté même des acteurs de terrain : associations, élus, habitants soucieux de préserver et valoriser les atouts de leur territoire et lui donner un nouvel élan. Ici, l’origine remonte aux années 1980, avec une conscience de la qualité de milieux naturels diversifiés et des menaces de dégradation qui pesaient sur eux. Le tissu associatif a revendiqué les valeurs écologiques et patrimoniales pour développer le territoire, entraînant la mobilisation des élus. Engagée officiellement en 1992, la procédure de création a abouti au classement du Parc naturel régional Périgord-Limousin en mars 1998.









