Accueil BIEN commun L’histoire du haut des clochers

L’histoire du haut des clochers

Les lauréats de l'édition 2025 réunis avec le jury dans la grande salle des Archives
Les lauréats de l'édition 2025 réunis avec le jury dans la grande salle des Archives © H.C.
À TRAVERS LES ARCHIVES. Tous les deux ans, les passionnés d’histoire du Périgord peuvent soumettre leurs travaux à un jury qui encourage leurs recherches. Le cru 2025 est très éclectique.

Le nouveau directeur des archives départementales de la Dordogne, Henri Pinoteau, a découvert une particularité de son institution : elle soutient les Clochers d’or, le seul prix en France qui récompense les recherches d’histoire locale sur un département. À l’origine, en 1992, réservé aux seules monographies communales, le concours s’est étendu à tous travaux historiques bien documentés, si possible sur des sujets inédits.

Les prix 2025 ont été remis le 21 janvier dans la grande salle de lecture de la rue Littré à Périgueux devant un parterre d’érudits. La cérémonie était présentée par le président du jury Daniel Lacombe, à la fois professeur d’histoire et expert en mycologie. Il y avait quelques belles découvertes dans cette édition.

Le grand prix du conseil départemental, remis par l’élue à la culture Régine Anglard, est revenu à Catherine Poms Paoletti. Elle a creusé l’histoire de la commune de Sigoulès en Bergeracois, d’abord sur ses origines, alors qu’elle était une bastide anglaise. L’ancienne institutrice qui a enseigné jusqu’en Afrique et en Asie, a retracé la vie tumultueuse de ce bourg protestant puis croquant, ainsi que celle de ses habitants. Pour cette authentique monographie dans la lignée des Clochers d’or, elle a mené de longues recherches aux archives de Périgueux.

Des synthèses et des détails

Pour le deuxième prix Jean-René Bousquet, du nom du fondateur du concours, Bernard Reviriego, ancien pilier des Archives départementales, était ravi d’être de retour dans ces murs, pour la première fois au palmarès du concours. Auteur de plusieurs livres tous plus documentés les uns que les autres, il présentait “Fusillés et morts au combat en Dordogne 1940-1944”. Cet énorme livre de référence est le résultat d’un travail de recherche et d’enquête monstrueux. Au-delà des faits et des chiffres, l’auteur a tenu à faire revivre les victimes de ces exactions. Il résume très bien son objectif : « J’aime les synthèses, mais il me faut aussi des détails ».

Brigitte Delluc, avec l'ancien maire de Saint-Félix de Villadeix où se trouve le site de la Peyrouse
Brigitte Delluc, avec l’ancien maire de Saint-Félix de Villadeix où se trouve le site de la Peyrouse © H.C.

L’érudite Brigitte Delluc, dont le nom est lié à la Préhistoire en Dordogne ainsi qu’à la Shap, la Société historique et archéologique du Périgord, a coordonné avec Bernard Cougoul un ouvrage collectif sur le site de La Peyrouse. Situé sur la commune de Saint-Félix de Villadeix on y trouve à la fois une vaste cité gauloise, une chapelle reproduisant en miniature la cathédrale Saint-Front, un ancien couvent et un centre pour aveugles sourds et muets.

Pas moins de quinze auteurs ont participé à cette fresque que Brigitte Delluc a brossé en quelques minutes, donnant envie de vite feuilleter le livre éclectique.

Un pionnier du rail dans le monde

Ludovic Gaillard, un ingénieur du Périgord révélé par un livre primé aux Clochers d'or
Ludovic Gaillard, un ingénieur du Périgord révélé par un livre primé aux Clochers d’or

Natif de Sorges, Ludovic Gaillard (1838-1910), est un inconnu qui aurait pu être célèbre. Formé au lycée de Périgueux, il a débuté comme assistant sur la construction du tunnel près de Thiviers. Il a par la suite travaillé pour réaliser la traversée en chemin de fer des Pyrénées puis sur des chantiers du monde entier pour la compagnie d’Emile Gouin. Il devint le numéro deux de la société des Batignolles, future société planétaire dans le ferroviaire. En Dordogne, il a développé la papeterie familiale et construit une cité ouvrière à Nanthiat. Son nom a pourtant été oublié en Dordogne où aucun lieu ne porte son nom. Les recherches de Noëlle Duvernois, Patrick Spinosa et l’éditeur François Baudez ont permis l’édition d’un livre qui répare déjà cet oubli.

Les visites des présidents de la République en Périgord ont été documentées dans un livre dû au prêtre Gautier Mornas et au journaliste Sébastien Bouwy. Un ouvrage bien illustré qui a trouvé sa place dans les librairies de Dordogne qui l’ont plébiscité.

Parmi les neuf lauréats, certains n’étaient pas présents à la remise des prix : Philippe Grandcoing, professeur en classes prépa à Limoges qui raconte avec le généalogiste Bernard Aumasson l’étrange histoire du squelette de Montcigoux dans “Là où mentent les morts, les vies d’Ernest de Fontaubert”. Marie-Laurence Brunet Chalmel, pour son roman historique “Alba terra, terre blanche, Aubeterre-sur-Dronne” qui se passe aux marges du Périgord. L’Alsacienne Pascale Kuntz a remonté sa généalogie en Périgord dans “ Polyphonie autour d’un arbre”. Enfin, le journaliste Clément Bouynet a été distingué pour “Périgord Ici et maintenant”, regard multiple sur les identités périgordines.

Ce concours invite à se plonger dans les histoires du Périgord, voire dans les recherches en archives pour développer leur connaissance.

Un reflet de l’édition locale

Les Clochers d’or constituent souvent également une vitrine pour l’édition locale. Par exemple quatre des livres de ce palmarès 2025 (“Fusillés et morts au combat”, ”La Peyrouse”, ”Les présidents en Périgord”, ”Polyphonie autour d’un arbre”) ont été publiés par Secrets de pays, une petite maison d’édition du Bergeracois animée par Jacky Tronel.

Jacky Tronel va arrêter l'édition mais continue sa revue
Jacky Tronel va arrêter l’édition mais continue sa revue © H.C.

Ce féru d’histoire a cependant annoncé qu’il arrête cette activité éditoriale très prenante et difficile à rentabiliser. Mais il poursuit sa belle revue du même nom sous forme associative. Pour éviter les confusions, précisons que les éditions Esprit de pays créées par Jean-François Tronel ont été reprises par Florent Piednoir. 

La vieille maison Fanlac reprise par Alice Tardien n’a qu’un seul titre cette année “Périgord ici et maintenant”. Le groupe régional La Geste très prolifique n’en a présenté qu’un avec “Ernest de Fontaubert”. “Ludovic Gaillard” est édité par un auteur éditeur,  “Alba terra” est publié par Vérone, un spécialiste du compte d’auteur et “Histoire de Sigoulès” a été auto-édité.

Les éditeurs locaux, très actifs en Dordogne il y a quelques années, sont de moins en moins nombreux.