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Les mondes oniriques de Miss Clara

©MissClara
RÊVE RÉALITÉ. Il y a des moments où l’on voudrait s’échapper, quitter le sentier balisé, emprunter un chemin de traverse pour retrouver le monde onirique de nos enfances perdues, ce royaume où chaque fragment de papier, chaque lambeau de tissu, chaque bout de crayon devient un trésor, cette capacité rare à s’émerveiller d’un rien, à tisser de la magie avec l’ordinaire. À la manière de Claire Guiral, plus connue sous le nom de Miss Clara.
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Après des études d’arts plastiques à Bordeaux et dix années passées comme graphiste dans un studio photo, Claire Guiral s’est tournée vers l’illustration jeunesse, laissant ses créations délicates se frayer un chemin dans le regard des lecteurs, que ce soit à travers des livres pour enfants, des cartes postales, ou des reportages consacrés à son travail sur des chaînes de télévision et dans des magazines, en France comme à l’étranger.

Miss Clara, c’est son nom d’artiste, est reconnue et respectée dans le monde de l’art. Dans son univers, les petites poules rousses, les princesses enluminées ou les reines des neiges ne sont jamais de simples figures : elles deviennent des compagnes d’évasion, des silhouettes qui invitent à rêver, comme lorsque l’on ouvrait un livre dans la lumière douce d’un après-midi d’enfance.

Le surnom de l’enfance

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“Miss Clara n’est pas un simple pseudonyme de scène, mais le surnom que me donnait ma grand-tante paternelle lorsqu’elle me voyait, enfant, absorbée à bricoler, à assembler, à inventer de petits objets merveilleux”. Institutrice en Dordogne, cette grande-tante avait naturellement associé cette forme anglaise et légère de son prénom à la fantaisie de ses créations naissantes. C’est ainsi que, par jeu et par affection, ce nom est resté, et que Claire Guiral a décidé d’en faire sa signature artistique un nom qui évoque autant l’enfance que la magie de ses mondes imaginaires

Elle dit souvent qu’il n’est pas facile de parler de son travail sans images. Elle pourrait dire qu’elle est une “artiste bricoleuse”, qu’elle crée toutes sortes de petites choses poétiques et surannées en papier. Elle se souvient très précisément d’une discussion, dans la maison de ses grands-parents en Dordogne, où chacun semblait s’accorder sur son avenir d’artiste alors qu’elle n’avait pas encore dix ans dans les années 70. À l’époque, cette idée l’inquiétait. Elle avait été profondément marquée par les récits de la vie de Van Gogh et de Bernard Palissy. Elle n’avait aucune envie de mourir folle et pauvre. Pourtant, elle savait déjà qu’elle avait un besoin quotidien, presque vital, de créer.

“Artiste bricoleuse”

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Clara est convaincue que la source de son inspiration plonge dans l’enfance. Les contes de fées qu’on lui lisait et ceux qu’elle lisait seule ont façonné son rapport aux couleurs et à l’esthétique. Son goût pour les choses anciennes et patinées, pour les fleurs, elle le doit à sa grand-mère, qui vivait à Neuvic-sur-l’Isle, dans une vieille maison aux murs épais, extrêmement rustique, tapissée de rouges profonds. Elle se souvient encore du rouge du sentier de tuiles, du vert-de-gris et du turquoise sur la muraille ocre où courait la vigne. Là encore, elle était très jeune, mais tout était déjà en place : il ne restait plus qu’à travailler, à développer.

Ce qu’elle crée, elle le puise au plus profond d’elle-même, dans ses souvenirs, mêlés à ce qu’elle a rêvé, lu ou vu dans les livres, sur une brocante, sur internet. L’enfance occupe une place centrale dans son travail. Très souvent, ce qu’elle crée permet à celui qui regarde de se reconnecter à son enfant intérieur. L’œuvre devient alors un point de rencontre entre l’artiste et le spectateur, un moment de communion et cela, dit-elle, “est infiniment précieux et profondément gratifiant”.

L’atelier comme paysage

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Elle a déplacé son atelier de Bordeaux à Lamonzie-Montastruc. “J’ai longtemps vécu à bordeaux mais j‘ai toujours su que je reviendrais en Dordogne, cela aussi était inscrit depuis l’enfance. J’aime ses paysages variés et changeants, la richesse de son architecture, ce mélange de rusticité et d’élégance. Car ici, même une simple grange a sa beauté. Même si cela ne se sent pas directement dans mon travail, j’ai besoin de cette belle énergie de nos paysages, de mon jardin, de nos beaux villages. L’atelier et la maison sont des extensions de moi même et de mes créations, ceux qui le visitent comprennent qu’ils sont en harmonie avec mon univers créatif et ils ont l’impression d’entrer dans une de mes sculpture. »
Miss Clara cultive le mouvement. Elle aime varier les gestes, alterner les rythmes. Travailler des jours entiers, puis ralentir. Pour une même œuvre, elle passe du croquis au modelage avec du papier de récupération, du dessin à la peinture. Il y a les temps de séchage, les pauses imposées. Le temps d’observer. Rien de monotone dans ce va-et-vient : au contraire, une respiration. Elle privilégie les matériaux simples. Le papier, le carton récupéré dans une corbeille, les chutes de vieux tissus. Elle recycle beaucoup, par choix autant que par conviction. Donner une seconde vie à ce qui semblait voué à disparaître.

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Décider qu’une œuvre est terminée reste l’étape la plus délicate. Lorsqu’elle achève quelque chose, elle prend le temps. Elle regarde, cherche à comprendre, s’interroge sur ce qui lui plaît, sur ce qui lui ressemble, puis, un jour, cela s’impose. Elle se dit : “voilà, c’est vraiment moi”. Comme si, dans cette forme-là, elle pouvait enfin se reconnaître pleinement. Les processus varient. Parfois, tout commence par une idée précise : un croquis, une image mentale, puis la réalisation fidèle de ce qu’elle avait en tête. Mais il arrive souvent que le hasard s’en mêle. Un geste imprévu, un incident, une résistance de la matière. Ses mains prennent alors le pouvoir, semblent n’en faire qu’à leur tête. Elle s’éloigne du plan initial pour aller ailleurs, vers autre chose. Personne n’est là pour lui reprocher d’avoir changé d’idée. C’est ça la liberté d’expression artistique.

Nécessité vitale

Créer est pour elle une nécessité vitale, quotidienne. Elle ne peut pas rester longtemps sans créer ; l’interruption lui pèse. “Les vacances, dit-elle, sont presque un problème”. Comme si l’élan devait toujours circuler, sans pause possible. Ses créations ne cherchent pas à expliquer le monde. Elles lui permettent, avant tout, de se comprendre. De se rapprocher de son essence et dans ce mouvement intime, de rencontrer les autres. Ceux qui reconnaissent dans son travail quelque chose de profondément enfoui en eux, une vibration commune.

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Miss Clara pense que chaque créateur avance à sa manière, avec ses propres chemins et ses propres horizons. Les intentions diffèrent : certains dénoncent, d’autres dérangent, bousculent les certitudes ou installent le doute. Elle, en revanche, ne se fixe ni plan, ni ambition précise. Elle crée sans stratégie, portée par le geste plus que par le but. À celles et ceux qui doutent, elle suggère une lecture fondatrice : Lettres à un jeune poète, de Rainer Maria Rilke. Un livre comme une boussole intime. Elle les encourage surtout à persévérer, à travailler, à suivre leur élan jusqu’au bout, quitte à n’en faire qu’à leur tête.
Être artiste, pour elle, revient à cela : “être soi-même, sans détour”.

Lorsqu’on lui demande où elle aimerait exposer, même en rêve, elle répond simplement : “dans la cabane de Peau d’âne, ou dans un beau grenier”. Deux lieux empreints de mystère et de poésie, des espaces où l’imaginaire peut respirer, où ses œuvres pourraient se glisser comme des secrets à partager. Miss Clara n’a pas d’ambition particulière. Son humilité enveloppe sa personnalité comme un voile léger, discret mais présent. Pourtant, au cœur de sa simplicité, une phrase résonne, qu’elle souhaite voir voyager dans notre for intérieur : « Écoute l’enfant en toi ». Un rappel à la fois doux et puissant, une invitation à renouer avec la curiosité, la sensibilité et la liberté de création qui sommeillent en chacun de nous.

• Miss Clara propose des journées portes ouvertes à Lamonzie Montastruc ainsi que des ateliers pour en savoir plus. Rendez-vous sur son site.