Le centre international de l’art pariétal de Montignac, alias Lascaux IV, devait à l’origine « proposer avant tout une expérience contemplative du fac-similé de la grotte, avec une mini-tablette délivrant des commentaires très historiques assez classiques », témoigne Marie-Stéphane Gourbat, sa responsable des ressources humaines. Le choix « d’une transmission vivante » a plutôt été fait par le gestionnaire, la Semitour. « Une visite réussie c’est avant tout une émotion transmise. Les guides doivent se l’approprier et 98 % des personnes en ressortent émues. » À chacun d’adapter la partie scientifique mise au point il y a des années par le référent préhistoire Denis Tauxe, enrichie par l’équipe de Lascaux.
Pour les dix ans de son ouverture, le site met en avant ce choix de médiation humaine dans le cadre de la semaine des métiers du tourisme. La DRH évoque le recrutement des médiateurs culturels (on ne dit plus guides),« qui ne repose pas sur les connaissances, car elles peuvent s’acquérir lors de nos sessions de formation. Ce qui compte, c’est ce que la personne dégage : son sourire, son attitude, son regard, sa capacité à provoquer quelque chose chez les visiteurs. Un préhistorien fade ne va pas intéresser, contrairement à quelqu’un avec un petit sourire au coin de l’œil ».
L’expérience de la visite
Pauline Maslen, responsable du site depuis un an et demi après être passée par la plupart des postes, en témoigne. « Les visiteurs apprécient beaucoup plus qu’on leur raconte quelque chose, que le médiateur soit un véritable accompagnateur. Dans les commentaires que nous recevons, les prénoms des guides sont souvent évoqués pour les remercier. » Leur enthousiasme ou leur humour restent liés à leur expérience de la visite de Lascaux. La Semitour reçoit en permanence des candidatures spontanées qui sont étudiées.

Les saisonniers reçoivent une semaine de formation pour préparer leur discours qu’ils adaptent avec leur touche personnelle. « Nous avons eu des étudiants en médecine ou en droit qui s’en tiraient mieux que des étudiants en histoire ou en préhistoire. » Lascaux IV emploie une quinzaine de médiateurs à l’année et deux fois plus l’été avec les saisonniers. Quelques visites sur des créneaux très creux, pour des familles avec enfants en bas âge ou avec des langues rares peuvent être proposées avec des audioguides. Il existe aussi une visite en langue des signes sur tablette pour les personnes sourdes qui le souhaitent.
Les emplois saisonniers
Dans l’équipe des guides, certains ont une notoriété qui dépasse celle des visites. Gwenn Rigal est l’auteur d’un livre, “Le temps sacré des cavernes” (Éditions José Corti) qui fait le tour de toutes les hypothèses connues sur l’art des cavernes. Il assure des visites longues dans Lascaux 2, le plus ancien fac-similé. Les visites thématiques avec guides en costumes et flambeaux sont aussi très appréciées. Bref, la mise en scène et l’investissement des médiateurs dans le fac-similé puis dans l’atelier, l’espace d’interprétation, font souvent la différence entre une usine à touristes et un site culturel.
« Nous prenons aussi des stagiaires de troisième déjà passionnés par l’archéologie qui viennent parfois de très loin pour Lascaux », souligne la directrice. Ainsi peuvent naître des vocations. Dans les métiers du tourisme, l’expérience de terrain est importante. Pauline Maslen, entrée à Lascaux il y a plusieurs années en alternance pour sa formation en master touristique, est passée par la plupart des services, de la billetterie à la boutique.
Pour le recrutement des emplois d’été, les candidats les plus motivés et enthousiastes ont davantage de chances. Ils doivent s’adapter à ces métiers des loisirs qui imposent de travailler quand les autres sont en vacances. Le problème de l’hébergement en haute saison a été résolu par la Semitour, qui a aménagé un village de gîtes pour ses saisonniers et alternants. Un moyen de fidéliser ses meilleurs éléments.
La première entreprise touristique du Périgord
La Semitour revendique une fréquentation annuelle de 800 000 visiteurs pour l’ensemble de ses huit sites culturels de Dordogne (Lascaux 2 et 4, parc du Thot, grotte du Grand Roc et gisement de Laugerie basse, châteaux de Biron et de Bourdeilles, abbaye de Cadouin), plus trois sites d’hébergement et de loisirs (Rouffiac, Saint-Estèphe et Cadouin). L’ensemble représente la première entreprise touristique de Dordogne. Lascaux, qui reste le site le plus visité du département, tient le rôle de locomotive touristique.









